Les jeunes obèses plus prédisposés aux cancers

Une jeune fille lit ses répliques d’une saynète présentée dans le cadre du programme Shapedown, en novembre 2010 à Aurora, au Colorado, destiné aux enfants et adolescents obèses.
Photo: John Moore Getty Images/ Agence France-Presse Une jeune fille lit ses répliques d’une saynète présentée dans le cadre du programme Shapedown, en novembre 2010 à Aurora, au Colorado, destiné aux enfants et adolescents obèses.

La flambée d’obésité et de surpoids qui touche les jeunes adultes américains fait gonfler l’incidence de certains cancers aux États-Unis et fait glisser à un âge de plus en plus précoce la découverte de tumeurs malignes liées au surplus de poids.

Les liens entre l’obésité et le risque accru de souffrir de 13 types de cancers ont déjà été établis en 2016 par l’Agence internationale de la recherche sur le cancer. Mais une récente étude jette un éclairage sur un phénomène nouveau : celui de diagnostics précoces chez les jeunes adultes obèses, et les effets persistants de leur prise de poids sur la probabilité de souffrir d’un cancer plus tard dans la vie.

« On observe que l’incidence de l’obésité chez les jeunes suit celle de certains cancers, qui apparaissent à un âge beaucoup plus précoce », affirme le Dr Nathan Berger, professeur à la Faculté de médecine de la Case Western University, joint par Le Devoir. Le chercheur est l’auteur principal de l’étude récemment publiée dans Obesity, financé par les National Health Institutes (NIH) des États-Unis.

Cette méta-analyse de plus de 100 études réalisée à travers le monde démontre que plusieurs cancers associés aux personnes de plus de 50 ans sont maintenant signalés chez des adultes dans la trentaine et la quarantaine.

En 2016, 10 % des cancers du sein aux États-Unis (et au Canada) ont frappé des patientes de moins de 50 ans et le quart des cancers de la thyroïde ont touché des patients de 20 à 44 ans, signale-t-on. Une étude dévoilée en février par la Société américaine du cancer a aussi rapporté une augmentation rapide de diagnostics de cancers colorectaux chez des adultes aussi jeunes que 20 ans ou 30 ans.

« La plus forte augmentation chez les jeunes adultes est observée pour les cancers du sein, du côlon, de la thyroïde et des ovaires », dit le professeur Berger.

Aux États-Unis, les taux de cancer du côlon chez les 20 à 39 ans ont doublé et sont en hausse de 1 à 2,4 % par année depuis 30 ans. Les cas de cancer du rectum ont quadruplé chez les jeunes.

« Non seulement les risques de souffrir de ces cancers sont plus élevés, mais les pronostics de ces patients sont souvent plus graves, car ils sont diagnostiqués à un stade plus avancé étant donné qu’ils ne répondent pas au profil type des patients dépistés pour de telles tumeurs », précise-t-il.

110 millions

C’est le nombre de jeunes dans le monde à risque de développer un cancer associé à l’obésité.

Au Canada, un jeune sur quatre souffre d’obésité ou d’embonpoint. Quelque 8600 cas de cancer au pays seraient liés à l’excès de poids.

Aux États-Unis, de 15 à 25 % des cancers seraient liés au surpoids et à l’obésité. 

Sources: Obesity, Coalition québécoise sur la problématique du poids, New England Journal of Medecine, Statistique Canada

Effets permanents

Autre observation : plusieurs études démontrent non seulement que les jeunes obèses, présentant un indice de masse corporelle supérieur à 30 (IMC), courent un risque accru de développer des tumeurs malignes, mais que ce risque persiste même après la perte de poids. L’embonpoint vécu tôt dans la vie entraînerait des modifications épigénétiques et métaboliques persistantes, malgré le retour à un poids plus normal.

« Si vous avez fumé au cours de votre vie, vos risques [d’avoir un cancer] demeurent élevés même si vous avez cessé. C’est un peu la même chose pour l’obésité, des dommages persistent et des risques demeurent plus élevés pour certains types de cancers, même s’ils diminuent un peu », affirme le chercheur.

Les thèses actuelles postulent qu’un surplus de poids important favorise notamment l’inflammation chronique, la résistance à l’insuline, perturbe l’équilibre du microbiote intestinal et stimule la production d’hormones sexuelles dans les tissus adipeux, autant de facteurs favorables au développement de cellules cancéreuses et précancéreuses.

« C’est la plus grande préoccupation à l’heure actuelle. Comment prévoir les impacts de la pandémie d’obésité actuelle ? Cela peut prendre une ou deux décennies avant que les cancers se développent. On craint, dans les années à venir, que cela se répercute sur l’incidence de cancers chez des adultes de plus en plus jeunes », explique le Dr Berger.

À son avis, il est non seulement urgent de changer les habitudes de vie pour prévenir l’obésité, mais aussi de sensibiliser les médecins aux nouveaux risques auxquels font face leurs jeunes patients obèses. « Cela suppose que leurs médecins doivent surveiller cela de plus près, par certains dépistages précoces », dit-il.

Les études sont encore trop récentes pour revoir les directives en matière de dépistage systématique, notamment pour les cancers du côlon et du sein, destiné aux patients de plus de 50 ans.

On doit plutôt encourager le développement de méthodes de dépistage non invasives, comme de simples prises de sang, pour détecter les cancers, estime le chercheur, et inclure l’indice de masse corporelle aux banques de données et aux registres sur le cancer.