Santé Canada entend sévir contre les boissons sucrées alcoolisées

Photo: Agence France-Presse

Le gouvernement fédéral pourrait aller encore plus loin pour réglementer les boissons sucrées alcoolisées comme celles de marque FCKD UP, selon le père d’Athena Gervais. L’adolescente de 14 ans est morte tragiquement au début du mois après en avoir consommé, selon ce qu’ont rapporté des témoins.

Santé Canada veut réduire la teneur en alcool et le format de ces boissons qui peuvent contenir l’équivalent de quatre verres de vin.

« Baisser les taux d’alcool, ça paraît, a réagi Alain Gervais. Le format (aussi), mais il y a le coût, il y a la loi sur l’affichage. La publicité s’adresse directement à nos jeunes. Ils se les sont procurés dans un dépanneur où [ces boissons] étaient disposées directement à côté des bonbons. »

M. Gervais était de passage à Ottawa, lundi, pour inciter les élus à resserrer les règles entourant ce type de boissons sucrées à teneur élevée en alcool. Il a brièvement rencontré la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, et a participé à une conférence de presse du Nouveau Parti démocratique (NPD) qui a demandé une étude d’urgence du comité permanent de la santé de la Chambre des communes pour encadrer ce type de boissons alcoolisées.

Le comité à majorité libérale a adopté la motion néodémocrate lundi après-midi. Il procédera donc à une analyse d’au moins trois jours avec des experts et émettra ses recommandations d’ici le mois de juin.

« On veut entendre des experts, des médecins, des travailleurs sociaux, des gens qui travaillent avec les adolescents dans les communautés, a énuméré le député néodémocrate Alexandre Boulerice. Est-ce que cette réponse-là est suffisante ? »

La ministre Petitpas Taylor lancera une consultation de 45 jours pour modifier le Règlement sur les aliments et drogues. Ces modifications toucheraient les produits vendus en portions individuelles dans des contenants non refermables.

« C’est une priorité pour moi et j’ai avisé mon ministère que je veux que ça bouge », a-t-elle affirmé en insistant sur la rapidité de la période de consultation qui se terminera le 3 mai. Les modifications au règlement seraient effectuées à l’automne.

Pas de moratoire

Le Groupe parlementaire québécois demandait la suspension de la vente des boissons sucrées, énergisantes et alcoolisées durant la consultation de Santé Canada et jusqu’à l’entrée en vigueur du nouveau règlement. Le député Luc Thériault n’a toutefois pas obtenu le consentement unanime pour pouvoir déposer sa motion à la Chambre des communes

« Je suis déçu de voir que le gouvernement défie la règle du gros bon sens, s’est-il exclamé. Il y a plus de 2300 jeunes de 12 à 24 [au Québec] qui ont été hospitalisés à cause d’intoxications, c’est énorme ! »

« Suspendre [la vente] d’une boisson avec un haut niveau d’alcool ne va pas résoudre le problème actuel », s’est défendue la ministre Petitpas Taylor.

En plus de modifier son règlement, Santé Canada convoquera également les fonctionnaires provinciaux et territoriaux au cours des prochaines semaines pour évaluer ce qui peut être fait pour mieux encadrer la publicité, la commercialisation et l’étiquetage de ces produits.

La réaction de Santé Canada survient un peu plus de deux semaines après la mort tragique d’Athena Gervais, 14 ans, à Laval. Son corps avait été retrouvé dans un ruisseau derrière son école secondaire quelques jours après sa disparition. Selon des témoignages, elle aurait consommé des canettes de FCKD UP. Cette boisson dans un format de 568 ml contient 11,9 pour cent d’alcool et se vendait moins de 4 $.

« Ça a bougé très rapidement, a souligné son père en faisant référence à la mobilisation des gouvernements. On est content. On s’attendait à ce que ça s’étire plus longtemps. […] On veut que des actions soient posées rapidement aussi. »

Le fabricant de cette boisson, le groupe Geloso, a annoncé qu’il cessait sa production après la mort de l’adolescente.

Le gouvernement du Québec a déjà annoncé la semaine dernière qu’il interdira la vente de ce type de boissons sucrées dans les dépanneurs. Il enjoignait le gouvernement fédéral à sévir lui aussi.