La surmédicalisation dans la ligne de mire de la relève en santé

Sédatifs superflus et antidouleurs à profusion font partie de la «surmédicalisation» qu'entend enrayer la prochaine cohorte de professionnels de la santé.
Photo: Matt Rourke Archives Associated Press Sédatifs superflus et antidouleurs à profusion font partie de la «surmédicalisation» qu'entend enrayer la prochaine cohorte de professionnels de la santé.

Sédatifs superflus. Antidouleurs à profusion. La prochaine cohorte de professionnels de la santé veut mettre la hache dans la surmédicalisation monopolisant des ressources qui se font déjà rares dans le réseau public.

Le Forum de la relève étudiante pour la santé au Québec (FRESQue) en a fait le thème de son sommet annuel, auquel ont pris part samedi le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, et les députés Diane Lamarre, du Parti québécois, et Amir Khadir, de Québec Solidaire, à Montréal.

Selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), plus d’un million d’examens et de traitements potentiellement non nécessaires sont effectués chaque année au pays et pèsent lourd sur un système de la santé déjà surchargé.

M. Khadir a porté une partie du blâme sur la rémunération à l’acte des médecins, qui les pousse selon lui à augmenter la cadence. En conséquence, ils se tournent vers les médicaments pour dissiper rapidement les symptômes de leurs patients plutôt que de prendre le temps de les soigner convenablement, a-t-il expliqué.

Québec solidaire propose une refonte globale du mode de rémunération des médecins pour contrer la « logique marchande » qui accable sur le réseau de la santé.

Le ministre Barrette voit là une forme de « pensée magique ».

« Chaque mode de rémunération a ses travers. Il n’y en a pas de parfait. La question est de faire en sorte qu’on puisse les adapter en fonction des besoins des citoyens et ça, ce n’est pas une chose si simple à faire », a-t-il fait valoir.

Gaétan Barrette reproche aux divers « commentateurs » des dossiers en santé de ne livrer que des « messages ponctuels » qui analysent le système en vase clos, sans égard aux contraintes budgétaires.

Il n’a pas manqué de rappeler l’importance de l’équilibre des finances publiques, qui lui ont permis d’annoncer un programme public en psychothérapie, a-t-il rappelé.

Or, les soins de santé mentale constituent justement le noeud du problème à en croire les élus de l’opposition.

 
«Ping-pong»

La porte-parole péquiste en matière de santé, Diane Lamarre, dénonce « un jeu de ping-pong » entre les psychologues et les médecins — qui, en tant qu’uniques « pivots », seraient la cause de bien des délais.

Amir Khadir, lui-même un médecin spécialisé en microbiologie-infectiologie, abonde dans le même sens. Le député de Mercier va jusqu’à soutenir qu’un accès direct à des soins de psychothérapie — sans référence nécessaire — pourrait être offert gratuitement et ce, à coût nul par la Régie de l’assurance maladie du Québec.

Diane Lamarre avance que la prescription exagérée de médicaments découle plus globalement de l’accès difficile aux soins.

« Quand on a attendu trois mois, six mois, pour avoir un rendez-vous avec un médecin et qu’il nous dit juste de surveiller notre alimentation et revenir dans trois mois, ça ne répond pas bien à la demande du patient », a lancé la pharmacienne de formation.

La députée de Taillon propose de sensibiliser les professionnels au surtraitement, de même qu’aux coûts des soins qu’ils prodiguent dès leur formation universitaire.