Ce n’est pas un «cambriolage», disent les médecins spécialistes

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes, la Dre Diane Francœur, regarde vers le directeur des affaires juridiques du syndicat, Me Sylvain Bellavance, et l’ancien premier ministre Lucien Bouchard, qui agit comme conseiller spécial de la FMSQ.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente de la Fédération des médecins spécialistes, la Dre Diane Francœur, regarde vers le directeur des affaires juridiques du syndicat, Me Sylvain Bellavance, et l’ancien premier ministre Lucien Bouchard, qui agit comme conseiller spécial de la FMSQ.

Prenant finalement le micro pour défendre une entente décriée de toutes parts depuis un mois, les médecins spécialistes semblent croire qu’ils obtiendront davantage une fois qu’une étude indépendante aura statué qu’ils gagnent moins que leurs confrères ontariens.

Signée mercredi, l’entente entre Québec et les médecins spécialistes a été dévoilée dans son intégralité jeudi, plus d’un mois après l’annonce initiale de sa conclusion.

Outre une augmentation de 5,2 % au 1er avril 2017 qui coûtera 250 millions par an pour la durée de l’entente, les médecins spécialistes se défendent bien d’être avides d’argent public. On leur verse des sommes dues en raison d’ententes passées, ont-ils rappelé. Ils renoncent même à certains montants et sinon, ils avancent qu’ils acceptent ni plus ni moins qu’un gel.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) sait néanmoins qu’il y a une porte ouverte à de nouvelles augmentations dans l’entente : on leur garantit le droit à une nouvelle négociation s’il s’avère que leurs confrères de l’Ontario sont mieux rémunérés qu’eux. Et ils semblent croire que c’est effectivement le cas. « Notre rémunération dépasserait la rémunération des médecins spécialistes en Ontario ? Je vais être claire, a lancé en conférence de presse la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur. Aucune donnée probante ne l’a démontré. Aucune. »

Les plus récentes données publiées par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) font état d’un écart à l’avantage des spécialistes québécois par rapport à la moyenne canadienne et à l’Ontario. Mais pour la FMSQ, ces analyses sont « basées sur des données incomplètes ». « Par conséquent, leurs résultats ne sont pas toujours représentatifs », a fait valoir la Dre Francoeur. Par exemple, les données de l’Ontario n’incluent pas toutes les sources de revenus des spécialistes de cette province, comme c’est le cas pour le Québec, selon la FMSQ.

L’entente dévoilée jeudi prévoit que ce même organisme, l’ICIS, devra remettre une étude indépendante concernant l’écart de rémunération entre les médecins spécialistes du Québec et des autres provinces canadiennes d’ici le 1er septembre 2019.

Sur ce, le gouvernement et la FMSQ conviennent de négocier. Si l’écart leur est défavorable, la FMSQ doit commencer à recevoir des sommes supplémentaires pour le corriger au plus tard en avril 2020, le tout pouvant s’étaler sur plusieurs années.

Ce rattrapage dont le principe a été convenu il y a plus de 10 ans maintenant n’est pas un « cambriolage surprise », s’est défendu le directeur des affaires juridiques de la FMSQ et négociateur, Me Sylvain Bellavance. « L’objectif était un traitement comparable, ni plus ni moins », a-t-il fait valoir, le tout en tenant compte du fait que les travailleurs québécois touchent en moyenne moins que ceux des autres provinces. Il reconnaît que cela doit aussi être le cas pour les médecins, étant donné notre « richesse collective ».

Montants possibles pour les nouveaux médecins

Il y a au coeur de l’entente une deuxième porte ouverte à une croissance supplémentaire de l’enveloppe budgétaire des spécialistes qui doit atteindre 5,5 milliards en 2023. On prévoit le versement de sommes additionnelles qui pourront être consenties pour tenir compte de l’arrivée de nouveaux médecins dans le système de santé.

L’entente précise entre autres qu’une croissance de 2 % par année de l’enveloppe des spécialistes a été accordée pour tenir compte de « l’évolution de la pratique médicale résultant notamment des effets de la croissance de la population et de son vieillissement, mais principalement de l’ajout net des effectifs médicaux ».

Ce montant de 2 % « peut être augmenté », précise l’entente, selon un calcul dont ont convenu les deux parties, lequel tient compte du nombre réel de nouveaux médecins. Le tout serait financé en partie par Québec, en partie par les spécialistes eux-mêmes. Une concession, affirme la FMSQ, puisqu’auparavant, Québec assumait seul le coût de la croissance des effectifs médicaux.

Combien recevront-ils exactement ?

Comme l’avait annoncé le Conseil du trésor, l’entente prévoit le versement aux spécialistes, d’ici le 31 mars 2027, des sommes récurrentes et non récurrentes dues en fonction d’accords passés, le tout totalisant environ 2 milliards de dollars supplémentaires sur cette période.

En raison d’un premier paiement rétroactif pour l’année 2016, les spécialistes recevront un premier chèque dans le courant de 2018 qui atteindra en moyenne 25 000 dollars. C’est, pour la FMSQ, la seule « vraie » augmentation prévue à l’accord. La mesure récurrente coûtera 250 millions de dollars par an jusqu’en 2027, mais elle est financée à même les sommes dues en raison des ententes antérieures, plaident les spécialistes.

Avec cette entente, le gouvernement avait estimé économiser à terme 3 milliards de dollars, notamment en laissant tomber la clause qui en 2014 garantissait aux médecins les mêmes augmentations, en pourcentage, que les employés de l’État. La FMSQ fait sien cet argumentaire, estimant avoir fait là une concession importante.

Défense de leur intégrité

Se portant à la défense de la bonne foi de ses membres, la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, a soutenu qu’il était faux d’affirmer que la rémunération des spécialistes grève le financement du système de santé. Elle a reconnu que le « lien de confiance » avec le public semble « s’effriter ». Toutefois, dit-elle, ce qui importait vraiment lors de la récente négociation, c’était les conditions de pratique et l’accessibilité aux soins.

Conseiller spécial de la FMSQ, l’ancien premier ministre et avocat Lucien Bouchard a aussi tenté de calmer le jeu. « C’est normal que les gens demandent des explications, a-t-il déclaré. Mais on a tous le devoir de s’arrêter et de regarder les données. »

Des montants « énormes » ont été abandonnés à la table de négociation où il prenait place, a-t-il fait valoir. « Des concessions financières ont été faites pour nous permettre enfin de parler des conditions de pratique », a-t-il affirmé. « C’est l’espoir qui nous anime, a-t-il ajouté, la satisfaction d’être arrivés à un résultat très important, qui va insuffler un nouvel esprit de coopération, de respect et de confiance à l’intérieur du réseau. »

Il manque 5 à 7 milliards en santé, selon la CSN

La FSSS-CSN, un des syndicats importants dans le réseau de la santé, calcule que les établissements de santé ont dû absorber des compressions de cinq à sept milliards de dollars depuis l’arrivée du gouvernement libéral, il y a près de quatre ans. En déduisant les augmentations des médecins de la hausse globale des budgets en santé, la hausse annuelle avoisine les 2 % et ne couvre pas l’inflation, la croissance démographique et le vieillissement de la population, entre autres. Pour la FSSS-CSN, « la part grandissante de la rémunération des médecins […] vampirise une part importante des hausses ». Le syndicat réfute que « l’austérité » soit chose du passé et croit que le « sous-financement chronique » n’est pas étranger à la surcharge de travail du personnel, devenue « intolérable ». « Le personnel a moins de moyens pour livrer les mêmes services », dénonce son président, Jeff Begley. Il demande un réinvestissement important dès le prochain budget, attendu ce printemps.
  
35 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 15 mars 2018 23 h 46

    Conflits d'intérêts flagrants

    Autant les médecins qui nous dirigent ont été accusés de conflits d'intérêts à l'égard du fait qu'ils ont négocié et accordé des avantages fianaciers faramineux à leurs collègues de pratique médicale, autant peut-on en dire du négociateur qui s'est permis une sortie publique utilisant sa notoriété en tant qu'ex premier ministre pour se porter à la défense de l'entente. Son intervention était carrément politique et n'était qu'un plaidoyer habile en faveur de ses clients pour faire valoir à la population qu'il en coûterait très cher au citoyen si un gouvernement tentait de briser l'entente. Or l'état a pourtant utilisé des moyens législatifs il n'y a pas si longtemps pour percer une brèche dans les régimes de retraite pourtant dûment signés. C'est une basse manoeuvre de la part du gouvernement, un manque de courage ou de lâcheté de la part de la fédération de ne pas faire face elle-même pour expliquer les véritables tenants et aboutissants de l'entente et la sortie publique du négociateur un manque d'éthique flagrant. De la grande manipulation. On est loin de la grande séduction.

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 16 mars 2018 08 h 32

      Oui, il est un peu triste de voir M. Bouchard s'employer à défendre l'indéfendable, comme il l'a fait auparavant pour l'industrie pétrolière et gazière. C'est à se demander quel genre de chef d'État il aurait été pour un Québec indépendant si le référendum de 1995 avait été gagné.

    • Robert Beauchamp - Abonné 16 mars 2018 11 h 59

      L'autre arnaque confirmée: ''L'accroissement des effectifs sécialistes de 2%. Cela confirme le fait que cette caste plafonne les effectifs à ses calculs ce qui cause au final une pénurie planifiée et explique également la perte des nouvelles expertises que nous avons formée. Décidément confier une enveloppe en consentant une perte de contrôle cela s'appelle nourrir le loup. Le gouvernement devrait casser cette mentalité féodale, ne pas céder au chantage devant la menace d'exodes comme Barrette l'a déjà fait et accepter de travailler avec ceux qui veulent nous soigner à la hauteur de nos moyens somme toutes généreux. Les jeunes fraîchement formés au lieu de les perdre nous les retiendrons et combleront les postes laissés vacants par les gourmands frustrés qui ont jusqu'à date réussi à faire plier le gouvernement comme au temps glorieux de Barrette à la tête de la fédération et de Couillard ministre de la santé. Nous avons suffisamment investi pour être soignés aux justes coût et aux délais humainement acceptables.

    • André Beaudet - Abonné 16 mars 2018 15 h 21

      Ce n’est pas un «cambriolage», disent les médecins spécialistes. En effet, cet argent, ils ne l'ont pas volé : ils l'ont demandé et ils l'ont obtenu. Ce n'est pas un vol, c'est tout simplement une indécence de part et d'autre, tant du demandeur que du donneur.

  • Serge Pelletier - Abonné 16 mars 2018 04 h 32

    Une vraie honte que cette Dame

    Une vraie honte que cette Dame

    J'ai écouté attentivement les propos tenus par Diane Francœur qui lisait ses feuilles. Elle, et sa gang, nous prennent pour des "sans têtes", des sans "jugeote", des ignares stupides sortant directement des cavernes... Comment cette Dame peut-elle affirmer que dans le salaire des MD ontariens, les actes posés et rémunérés en CSST ne sont pas comptabilisés dans le salaire des MD car C'EST LES VILLES QUI PAIENT CES ACTES... Les employeurs de l'Ontario vont être très heureux d'apprendre cela.... Vitement une diminution des cotisations, les nôtres du QC vont vouloir la même chose... Franchement, c'est du n'importe quoi... pour manipuler le bon peuple. Et ce n'est rien... la gagang MDS va avoir une bonification des actes de 500 millions récurant par année (pendant 8 ans)... Mais cela n'est pas une augmentation salariale, c'est de l'argent dû... Et Père Fouettard qui en remet: "c'est zéro augmentation pour huit ans, on n'a pas vue cela personne"... Effectivement personne n'a vu cela avant : 500 millions de $ de plus par année en rémunérations, et cela n’est pas une augmentation de salaire...

    Pour Dame Francoeur, oit elle est en profonde dépression, et personne de son entourage n'ose lui recommander la consultation d'un confrère spécialiste en psychiatrie, soit elle est une émule de Donald et se dit que si "sa marche" pour le Trump, qui se glorifie de se faire du fun en racontant des menteries à tout un chacun, ça va marcher pour elle.

    Quand au Père Fouettard, qui est lui-même, non seulement atteint de la maladie d'avarice pathologique, mais gagné à la maladie, il aurait mieux fait de passer son tour, et se rendre consoler son grand copain Charles...

    • Marguerite Paradis - Abonnée 16 mars 2018 08 h 14

      Cette dame est « simplement » la représentante syndicale, c'est donc à toute la chaîne décisionnelle de bas en haut et de haut en bas que les citoyenNEs doit demander des comptes et exiger l'imputabilité de leurs décisions respectives.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 mars 2018 08 h 17

      Je retiens que pour vous, le fait que ce soit une femme qui défend cette entente est une circonstance aggravante et peut-être prévisible. Comme disait le juge Bienvenue les Dames sont capables de s'élever plus haut que l'homme... mais également de s'abaisser davantage que le pire des hommes :).

  • Jacques Morissette - Abonné 16 mars 2018 04 h 56

    Pour se comparer explicitement avec l'Ontario, c'est à se demander si l'argent, ou l'appât du gain, n'est pas une maladie qui s'attrape?

    Je me demande sincèrement si l'argent ne peut pas faire parfois les mêmes ravages que l'alcool sur certains? En tous cas, ceux-ci semblent s'être éloigner du facteur vocation, en terme d'image. Parmi eux, il y en a qui doivent en subir quasi obligatoirement un peu les ravages.

  • Christina Berryman - Abonnée 16 mars 2018 05 h 43

    Laissez-en pour les autres bon sang !

    Cette parité avec l'Ontario est une invention démagogique. A ce compte là monsieur Couillard, par souci d'équité, tous les travailleurs du Québec doivent, eux aussi, recevoir l'équivalent. C'est également inacceptable que les 400 millions versés en trop aux docteurs par la RAMQ ne soient pas remboursés ou soustraits de la montagne d'or. Que dire également du paiement à l'acte qui, comme la multiplication des pains par Jésus, ne cesse d'augmenter. Mais c'est trop complexe à expliquer au bon peuple nous dit-on. Quand je sors du magasin, du restaurant ou que j'achète sur internet, j'ai une facture détaillée ce qui n'est pas le cas quand je sors du cabinet du médecin. Avec ma carte de crédit, je signe comme quoi le montant réclamé correspond à mon achet ou service. Autre bouffonnerie...le docteur qui obtient une prime pour être à l'heure. J'ai apprécié les CLSC mais monsieur Barrette les a privés de leurs travailleurs sociaux et de leurs psychologues pour en faire des coquilles de plus en plus vides au profit des Groupes de médecine familialedirigés par des médecins encore. Comme bouquet, souvenons-nous de cette cupidité inqualifiable qui a poussé cette fédération de médecins entrepreneurs syndiqués à exiger le même pourcentage d'augmentation que les employés de l'État. En résumé, nous sommes bien partis pour distribuer les recettes au privé et les factures au public. Je le répète laissez-en aux autres et contribuez en permettant au gouvernement de réparer les coupures dans une multitude de services reposant sur du bénévolat et des gens payés une pitance pour s'occuper des gens mal pris. Arrêtez de croire que vous êtes les seuls à faire un travail essentiel. Comme je ne vois pas un avocat faire une chirurgie parce qu'il a fait des études, cessons de croire qu'il nous faut absolument un médecin pour administrer le ministère de la Santé et des services sociaux. A l'évidence il nous faut un administrateur professionnel qui connaît la gestion y compris celle des ressource

  • Gilles Delisle - Abonné 16 mars 2018 07 h 40

    vraiment toutes?

    Et madame Francoeur de dire: "Par exemple, les données de l’Ontario n’incluent pas toutes les sources de revenus des spécialistes de cette province, comme c’est le cas pour le Québec, selon la FMSQ."

    Vraiment toutes? Et les revenus découlant de l'expérimentation de nouveau médicaments pour lesquels les compagnies pharmaceutiques sont très généreuses ? Et les frais accessoires devenus frais d'administration? Les orthopédistes, entre autres qui n'ont ni bureau, ni personnel parce que les hôpital leur fournit tout et qui ont des frais d'administration? Les ophtalmologistes qui transportent de l'hôpital à leur clinique les goutes ophtalmiques et qui seront chargés aux patients par la suite?

    Les spécialistes de l'Ontario sont-ils aussi incorporés?

    Pauvres petits médecins qui découvrent avec horreur que d'autres sont plus riches qu'eux!

    Et combien a gagné notre Lucide Lucien comme négociateur?

    Et combien vous coûte votre publicité pour redorer votre image alors que vous n'avez même pas de concurrents, alors que l'état vous fournit les patients? Car cette publicité qui la paie en bout de ligne?