La médecine familiale manque de sang neuf

Ce sont 96 postes de résidents en médecine de famille, sur un total de 498, qui n’ont pas trouvé preneur cette année, soit près d’un poste sur cinq.
Photo: Olivier Laban-Mattei Agence France-Presse Ce sont 96 postes de résidents en médecine de famille, sur un total de 498, qui n’ont pas trouvé preneur cette année, soit près d’un poste sur cinq.

Les jeunes médecins se détournent de plus en plus de la médecine de famille : près d’une centaine de postes de résidents, un record, sont restés vacants cette année au premier tour du jumelage. Cette désaffection qui s’accentue au fil des ans priverait à terme plus de 200 000 patients d’une prise en charge en première ligne, s’inquiète la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Ce sont 96 postes de résidents en médecine de famille, sur un total de 498, qui n’ont pas trouvé preneur cette année, soit près d’un poste sur cinq. Les résultats ont été rendus publics ces derniers jours par le Service canadien de jumelage des résidents.

Se désolant de la situation, le président de la FMOQ, Louis Godin, y voit un phénomène « très très préoccupant ».

Certains postes pourraient être pourvus au deuxième tour par des étudiants en médecine refusés dans leur premier choix de spécialité. Le Dr Godin ne s’attend pas à un revirement spectaculaire de la situation, à la lumière des données des années passées.

L’an dernier, 85 postes étaient restés vacants au premier tour et 56 l’étaient toujours au deuxième, qui se clôture en avril. En 2014, la situation était pourtant bien différente : seulement 22 postes n’avaient pas été pourvus au deuxième tour.

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Dans les spécialités, seuls 11 postes n’ont pas été pourvus pour l’instant. Dans l’ensemble du Canada hors Québec, ce sont 62 postes en médecine de famille qui sont toujours vacants au premier tour.

C’est l’Université Laval qui compte le plus de postes de résidents en médecine de famille de libres au premier tour, soit 45, contre 21 à Sherbrooke, 19 à l’Université de Montréal et 11 à McGill.

La présidente de la Conférence des doyens des facultés de médecine, la Dre Hélène Boisjoly, juge qu’il est prématuré de se prononcer sur la situation, car le processus de jumelage n’est pas terminé. « Tout peut donc encore changer au second tour et nous jugeons qu’il faut faire preuve de prudence quant aux messages lancés à la population », a-t-elle indiqué dans une réponse écrite faite au Devoir.

Selon elle, « seuls les résultats du second tour […] permettent de tirer des conclusions solides quant à la situation observée ».

La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) n’a pas souhaité non plus commenter la situation tant que les résultats du deuxième tour ne seront pas connus.

Un déficit qui s’accumule

Le Dr Godin craint que quelque 75 postes soient toujours non pourvus au deuxième tour en avril. Cela porterait à 215 le déficit en médecins de famille accumulé depuis 2015 au Québec, année où la désaffection des étudiants a commencé à se faire sentir. « Ça veut dire des milliers de patients sans suivi et moins de médecins pour assumer les gardes dans les établissements », dénonce-t-il. « Les médecins de famille sur le terrain vont devoir redoubler d’efforts, je crains que la charge de travail ne puisse en pousser à la retraite », ajoute-t-il.

Il déplore que le Québec s’éloigne de plus en plus de sa cible de former 55 % de médecins de famille par rapport aux spécialistes.

Où vont alors les jeunes médecins ? Selon le Dr Godin, soit ils quittent le Québec pour faire leur résidence, soit ils prennent une année sabbatique en espérant obtenir un poste dans la spécialité de leur choix l’année suivante.

La FMOQ est toujours loin de la cible de 85 % de Québécois suivis par un médecin de famille, avec un score de 79 % au 31 janvier dernier. Le Dr Godin estime que, si les diplômés attendus avaient été formés, 84 % des Québécois auraient un médecin de famille à ce jour.

Le spectre de la loi 20, qui prévoyait des sanctions si la cible n’était pas atteinte, a été suspendu temporairement en décembre dernier. Québec a permis la préinscription de patients, c’est-à-dire de les compter comme inscrits avant le premier rendez-vous, ainsi que la prise en charge de blocs de patients par un jeune médecin qui reprend la clientèle d’un autre qui part à la retraite. La loi 20 prévoit que, si les cibles ne sont pas atteintes, les médecins fautifs seront privés de 30 % de leurs revenus.

Près de 350 000 patients sont en attente d’un médecin de famille, estime la FMOQ.

« C’est clairement le symptôme de quelque chose », dénonce le Dr Godin. Mais de quoi ? Il attribue le manque d’attractivité de la médecine de famille aux mesures « coercitives » du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, aux « menaces de pénalités », aux problèmes d’organisation du travail en première ligne. « Tout cela mis en ensemble, ce n’est pas vraiment surprenant, se désole-t-il. C’est tout l’effet de ce qui a été mis en place depuis trois ans. »

Le Dr Godin en appelle à un « assainissement du climat » pour renverser la tendance.

Tout comme le soulignait l’étude publiée la semaine dernière sur la rémunération médicale, l’écart entre les revenus des omnipraticiens et des spécialistes s’est aussi creusé ces dernières années. Alors que les spécialistes ont rejoint la moyenne canadienne, ce n’est pas le cas des médecins de famille.

Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, un médecin de famille gagnait en moyenne 255 000 $ par an en 2015-2016 contre 381 000 $ pour les spécialités cliniques et 456 000 $ pour les spécialités chirurgicales.

6 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 13 mars 2018 06 h 47

    Le symptôme de quelque chose, mais de quoi?

    C'est le syndrome des bébés gâtés !

    • Yves Mercure - Abonné 13 mars 2018 09 h 29

      Oh! Bêtise, quand tu nous tiens...
      Une généralisation brutale, tous dans le même sac, n'est-ce pas. Des pensées de bébés attardés? Ouvrez vos mirettes et vous verrez une majorité de Md aussi désolée que la population en général. Symptôme oui, mais d'un phénomène plus important que le simplisme des coups portés à monne médical.
      Symptôme d'un syndicalisme corporatif qui dérape peut-être.
      Symptôme d'une centration sur leur travail, qui laisse à place pour les opportunistes comme Barette et autre fin eux.
      Symptôme d'une gouvernance qui fait croire que l'incurie ministérielle est innocente, comme l'est le parti et son Cheff.
      Symptôme d'un focus médiatique démesuré pour placer du papier ou de l'écoute.
      Symptôme d'une société qui se laisse manipuler vers des boucs-émissaires qui servent d'épouvantails devant les vrais pouvoirs en place.
      Symptôme D'une société désemparée dont le mal de vivre ne voit plus que l'instant présent et qui twist son acrimonie en 140 caractères pour crucifier le type mal stationné, dans un appel au meurtre comme le gogo qui fait son 140 pour déclarer la guerre à tout un chacun.
      Symptôme Disiez-vous? Un peu mon neveux!

    • Patrick Daganaud - Abonné 14 mars 2018 01 h 04

      Ô Bêtise, quand tu nous tiens!

      « Une majorité de Md aussi désolée que la population en général » : oui, oui, la désolation à 260 000 $ à 380 000 $ par année...
      « La population en général » n'a pas les moyens de cette désolation luxueuse.

      Que le gouvernement ait floué la population, Monsieur mononcle, je vous l'accorde.
      Mais le « symptôme d'un syndicalisme corporatif qui dérape peut-être » a un coût et ce coût est au détriment de la santé publique générale.

      « Ouvrez vos mirettes et vous verrez » une partie de population laissée sans soins!

      Ouvrez vos mirettes et vous verrez, comme disent les aveugles...

  • Richard Ferland - Abonné 13 mars 2018 09 h 23

    Il est temps de faire une étude de la situation...

    ...pour y trouver les causes. Les données sur le nombre de postes sont déjà-là. Sûrement qu'il est connu ce qui se passe mais cela n'est pas documenté ou personne ne veut être celui ou celle qui 'dénoncera' ce qui se passe. Le climat actuel concernant ce qui touche les médecins est une indication de la difficulté à connaitre les faits.

  • Serge Lamarche - Abonné 13 mars 2018 14 h 22

    À qui la faute?

    «La loi 20 prévoit que, si les cibles ne sont pas atteintes, les médecins fautifs seront privés de 30 % de leurs revenus.»
    Ça semble un cas de problème de rémunération. Si les médecins étaient payés en fonction de leur travail, il n'y aurait pas de fautifs et de pénalités drastiques à un niveau de travail ponctuel. Deux médecins à mi-temps sont mieux que pas de médecin du tout. Une année sabbatique est inutile pour la société.

  • André Gervais - Abonné 13 mars 2018 17 h 10

    André

    Le médecin de famille constituant la première ligne de notre système, et considérant nos problèmes d'accès, pouvez-vous m'expliquer comment il se fait qu'on ne comble pas ces postes en priorité? Ah oui, c'est vrai, nos entrepreneurs médecins choisissent eux-même leur cheminement... et comme une spécialité garanti qu'on ne se retrouvera pas en dehors des grands centres (Montréal, Québec, Sherbrooke...), on comprend! C'est certain que si on appliquait le même système à la police, on aurait surement beaucoup d'enquêteurs et pas beaucoup de patrouilleurs, et oubliez la police dans des coins éloignés comme Chibougamau ou Sept-Îles.