Philippe Couillard ouvre la porte à une révision du mode de rémunération des médecins

Le premier ministre Philippe Couillard a toutefois précisé qu’il n’était pas question de rouvrir l’entente qui vient d’être signée avec les médecins spécialistes. 
Photo: Fred Scheiber Associated Press Le premier ministre Philippe Couillard a toutefois précisé qu’il n’était pas question de rouvrir l’entente qui vient d’être signée avec les médecins spécialistes. 

Alors que la rémunération des médecins alimente les débats depuis quelques semaines, le gouvernement remet en question la gestion des enveloppes de rémunération par les fédérations.

Le premier ministre Philippe Couillard estime qu’il est « légitime » de se questionner sur « l’auto-administration des masses [salariales] par les fédérations ». C’est ce qu’il a soutenu en point de presse vendredi au terme de sa mission d’une semaine à Paris.

C’était d’ailleurs l’une des premières recommandations de la vérificatrice générale, qui révélait, en 2015, que Québec avait perdu le contrôle des coûts reliés à la rémunération des médecins.

Son rapport démontrait que Québec avait versé 416 millions de plus aux médecins que ce qui était prévu dans les enveloppes négociées entre le ministère de la Santé et les fédérations de médecins.

Comme première solution à ces dépassements de coûts, elle suggérait donc au ministère de « revoir le mode de gestion des enveloppes budgétaires globales afin de mieux assumer ses responsabilités relatives à la rémunération des médecins et de permettre une gestion plus économique et transparente de celle-ci ».

En début de semaine, un autre rapport, celui du chercheur Damien Contandriopoulos, révélait que malgré la hausse de la rémunération des médecins, qui a doublé depuis dix ans, la productivité des médecins ne s’était pas améliorée.

La principale recommandation de cette étude était de retirer aux fédérations médicales la gestion de leurs enveloppes.

En entrevue au Devoir plus tôt cette semaine, le chercheur affirmait qu’il était légitime que les fédérations défendent les intérêts de leurs membres, mais constatait que l’« on se retrouve dans une situation où notre modèle est débalancé vers une optimisation du bien-être financier des médecins avec peu de préoccupation pour l’accès, la qualité et la pertinence des soins ».

Négociations

Il y a quelques jours, à Paris, le premier ministre Philippe Couillard avait réagi à ce rapport en disant qu’il n’avait pas l’intention de revoir le mode de rémunération à l’acte, une autre des recommandations du rapport Contandriopoulos.

Or, vendredi, le premier ministre s’est montré ouvert à l’idée de revoir certains éléments de la rémunération des médecins. « Il y a deux questions légitimes à se poser pour les prochaines années. La question de l’auto-administration des masses [salariales] par les fédérations et également le principe de l’équité externe [avec les médecins du reste du Canada]. »

Ce dernier a toutefois précisé qu’il n’était pas question de rouvrir l’entente qui vient d’être signée avec les médecins spécialistes. Cette entente, qui prévoit des augmentations salariales importantes, a été dénoncée par plusieurs, et même par certains médecins eux-mêmes.

« Il ne faut pas s’attendre à ce que ce soit des sujets faciles, a ajouté le premier ministre. Ce seront éventuellement des questions sur lesquelles le gouvernement aura à se prononcer, mais qui pourraient également être soulevées lors d’autres négociations. »

FMOQ

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, on répondait vendredi être ouvert à la discussion.

« Si le gouvernement veut faire les choses différemment, notre porte est toujours ouverte à la discussion, il n’y a aucun problème, a soutenu le responsable des communications, Jean-Pierre Dion. Cela dit, je pense qu’il faut défaire le mythe qui s’est installé progressivement au Québec comme quoi les fédérations font ce qu’elles veulent avec l’argent. En tout cas, ce n’est pas le cas à la FMOQ. Chaque nouveau dollar dépensé, chaque nouvel acte, chaque nouveau tarif doit être approuvé par le gouvernement et par une signature du ministre de la Santé. »

Fin des « primes à la jaquette »

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) n’était pas disponible pour commenter, vendredi, cette volonté du gouvernement de revoir la gestion des enveloppes ni la fin des « primes à la jaquette », qui permettaient aux internistes de toucher un montant supplémentaire lorsqu’ils devaient mettre jaquette et gants pour aller voir un patient en isolement.

Dans son éditorial « Célébrer dans la sobriété », paru jeudi dans la revue Le Spécialiste, la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, annonçait que ces primes avaient été abolies dans le cadre des dernières négociations. « À la suite de cette entente, nous allons également revoir certains écarts insolites résultant de mauvaises décisions : adieu, la célèbre jaquette. Ce tarif sera annulé pour investir dans les visites de prise en charge en tant que médecin traitant. Chaque association devra faire son ménage… pour une utilisation optimale des fonds publics. »

3 commentaires
  • André Tremblay - Abonné 10 mars 2018 03 h 16

    Un chausson avec ça ????

    Quelle hypocrisie !!!!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 mars 2018 08 h 41

    Il ouvre la porte…

    À l’heure où beaucoup de petits partis de l’opposition peinent à obtenir un peu de visibilité médiatique, voilà que les ‘questionnements’ du premier ministre font la manchette.

    Est-ce que M.Couillard annonce un changement de politique gouvernementale ? Non.

    Reconnait-il avoir trop détourné les revenus de l’État vers la rémunération des médecins spécialistes et s’engage-t-il à ne pas finaliser l’entente intervenue ? Non plus.

    Mais tout chezles grands chefs d’État est digne d’intérêt. Le mets favori de Mao Zedong. Les aventures extra-conjugales de John-F. Kennedy. Peut-être même la pâte dentifrice utilisée par Charles De Gaulle. Et parmi ces immenses leaders, Philippe Couillard s’interroge sur le mode de rémunération des médecins. Quelle nouvelle intéressante.

    Après quatre ans de pouvoir, M. Couillard a-t-il encore quelque chose d’intéressant à dire ?

  • Gilles Théberge - Abonné 11 mars 2018 09 h 28

    La porte