Santé: le taux d’assurance salaire a monté en flèche

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette
Photo: Catherine Legault Le Devoir Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette

Depuis le début du mandat de Gaétan Barrette à la tête du réseau de la santé et la mise en place de ses réformes, le taux d’assurance salaire, causé par les congés de maladie, a bondi de près de 24 %. Dans la dernière année seulement, la hausse est de 7,4 %.

Voilà ce que révèlent des données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) transmises au Devoir lundi. Pour la période financière correspondant à la fin de 2017, la plus récente dont les données sont disponibles, le taux d’assurance salaire dans le réseau était de 7,42 %, contre 6,91 % à pareille date l’an dernier et 5,99 % en 2014-2015.

Les établissements où la hausse est la plus marquée en quatre ans sont les CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal (42 %), du Saguenay–Lac-Saint-Jean (39 %) et des Laurentides (37 %). Seuls le CISSS des îles de la Madeleine et le CHU Sainte-Justine ont réussi à faire reculer les congés de maladie pendant cette période. Cinq établissements du réseau ont réussi à infléchir la tendance ou à conserver un taux d’assurance salaire stable dans la dernière année.

L’assurance salaire coûtait déjà 413 millions de dollars par an dans le réseau de la santé en 2013-2014 et 455 millions en 2015-2016. Si on estime les coûts potentiels pour l’année financière qui se termine à partir de ces données passées, on pourrait dépasser le 500 à 530 millions de dollars. Le MSSS n’avance pas de chiffre pour l’instant, l’année financière n’étant pas terminée.

Situation préoccupante

Le MSSS se dit « préoccupé » par la situation. On cite plusieurs mesures prises : la formation auprès des équipes en santé et sécurité au travail des établissements, la production d’un cadre de référence ministériel sur le soutien et la réintégration au travail, un plan de soutien en prévention de la santé et de la sécurité au travail dans le réseau de la santé et des services sociaux et une offre de formation aux établissements sur l’évaluation des risques psychosociaux en milieu de travail.

Dans son plus récent rapport annuel de gestion, le MSSS mentionne viser un taux d’assurance salaire de 5,9 % en 2020. Une cible dont on s’éloigne de plus en plus rapidement d’année en année.

Le CISSS des Laurentides compte atteindre la cible du ministère. Pour y parvenir, il a récemment mis en place « différents plans d’action pour améliorer la prévention et la santé de [son] personnel », a fait valoir au Devoir son directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques, Mario Cianci. Ce dernier se dit également « préoccupé » par la situation, mais assure que les impacts sur les patients « sont moindres ».

Au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, on affirme que l’augmentation du taux d’assurance salaire reflète la « réalité provinciale et globale du réseau de la santé ». « Nous déployons tous les efforts nécessaires afin de soutenir notre personnel », a-t-on répondu par écrit au Devoir.

Des syndicats représentant les travailleurs du réseau de la santé estiment pour leur part que cette augmentation était « prévisible » depuis la réforme Barrette. « C’est un effet direct de la surcharge de travail chez les professionnels en soins. C’est inquiétant pour le personnel, mais aussi pour les patients », a déclaré la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard.

« Les moins biens nantis de la société ressentent les impacts » des compressions des dernières années, notamment dans les secteurs de la santé mentale, des soins à domicile et de la prévention, selon la présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Carole Dubé, qui dit observer une hausse importante de détresse psychologique chez ses membres.

« Les gens tombent comme des mouches », soutient de son côté le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), qui indique, comme d’autres représentants syndicaux, avoir interpellé le ministère et les établissements à ce sujet, en vain.

Résultat ? Des déficits.

Plus de 60 % des établissements du réseau de la santé, soit 20 sur 35, étaient en déficit au troisième trimestre de 2017-2018, indique le MSSS. Conformément à la loi, treize d’entre eux ont présenté un plan de retour à l’équilibre au ministère, dont huit ont été approuvés et cinq sont à l’étude. « Les établissements doivent également mettre en place toutes les mesures administratives qui n’ont pas d’incidence sur l’accès aux soins de santé dès maintenant. Les autres mesures doivent faire l’objet d’une validation par le MSSS », indique la responsable des communications Marie-Hélène Émond.

Comme l’écrivait Le Devoir la semaine dernière, des documents obtenus auprès de plusieurs établissements de santé montrent que l’assurance salaire est l’une des principales causes de la montée en flèche des déficits anticipés.