Les congés de maladie coûtent cher au réseau de la santé

Les mauvaises conditions des travailleurs de le santé ont défrayé la chronique dans les dernières semaines et seraient responsable de la hausse des congés pour maladie, selon plusieurs gestionnaires.  
Photo: iStock Les mauvaises conditions des travailleurs de le santé ont défrayé la chronique dans les dernières semaines et seraient responsable de la hausse des congés pour maladie, selon plusieurs gestionnaires.  

Les infirmières et autres travailleurs de la santé épuisés le dénoncent sur la place publique, les chiffres le confirment : les arrêts de travail sont en hausse. Cela coûte très cher, plusieurs établissements prévoyant des déficits pour le 31 mars.

Par exemple, au CISSS des Laurentides, un document sur la situation financière déficitaire parle d’une « tendance lourde » depuis la fusion en 2015 « en matière d’absentéisme ».

« L’assurance salaire est en très grand déficit », soit 9 millions de dollars à l’encre rouge au CIUSSS de la Capitale-Nationale, indique une présentation au conseil d’administration de décembre.

Et ainsi de suite dans plusieurs autres établissements du réseau.

Le Devoir a demandé aux établissements, excluant ceux du Nord-du-Québec, leurs plus récentes prévisions financières pour le 31 mars ainsi que les données de l’année en cours sur l’assurance salaire. Sur les 29, 16 ont répondu, parfois partiellement.

Les déficits totaux anticipés de ces 16 établissements excèdent les 100 millions de dollars au total. Seulement trois sur le lot prévoient l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Tous les établissements qui prévoient des déficits importants pointent un même coupable : l’assurance salaire, bien que d’autres enjeux entrent en ligne de compte.

La loi interdit aux établissements de santé d’enregistrer des déficits : lorsqu’ils les anticipent, ils doivent présenter un plan de redressement que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) doit approuver. Le MSSS n’a pas été en mesure d’indiquer combien d’établissements au total prévoient un déficit pour 2017-2018 avant la publication de cet article.

Un enjeu qui coûte cher

Le p.-d.g. du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Michel Delamarre, le reconnaît : une part de la croissance de l’assurance salaire relève de l’organisation du travail. Une pénurie de préposés aux bénéficiaires affecte particulièrement ses établissements. « Ça met une pression sur les équipes et ça peut contribuer » à la problématique de l’assurance salaire, ajoute-t-il. Il y voit aussi un phénomène « sociétal » alors que les congés pour maladie physique ou mentale sont en croissance dans d’autres secteurs d’activité, publics ou privés.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale prévoit un déficit de 22,7 millions de dollars au 31 mars, dont un peu plus de 14 millions étaient « prévus ». Le p.-d.g. Delamarre bénéficie d’une marge de manoeuvre d’environ 30 millions de dollars en banque pour son établissement, indique-t-il. Pour lui, le « vrai » déficit, c’est-à-dire l’imprévu, est autour de 8 millions de dollars. Il s’explique par les problématiques de manque de main-d’oeuvre et d’assurance salaire.

Pour juguler le tout, M. Delamarre dit être « très agressif » sur le recrutement et sur les conditions de travail attractives. Le climat et l’organisation du travail sont aussi passés à la loupe. « Il faut aussi avoir une rigueur dans le suivi des absences », ajoute-t-il. « L’objectif, c’est de ramener le monde au travail. »

Au CISSS des Laurentides, un déficit de 16,6 millions de dollars est anticipé. Un document déposé au conseil d’administration le 13 décembre indique que les dépenses en assurance salaire et en CNESST (accidents de travail) ont fait un bond de 42 %, ou 14,5 millions de dollars, en trois ans. La facture atteindra probablement 49,9 millions en 2017-2018, ajoute-t-on, avec un déficit pour ce poste financier seulement de 8,5 millions de dollars. Les « initiatives [...] ne donnent pas les effets escomptés », mentionne le document. La firme Morneau Shepell a pour mandat d’établir un « diagnostic organisationnel », mais « aucun plan d’équilibre budgétaire n’a été élaboré formellement » pour ces postes budgétaires.

La responsable des communications du CISSS, Thaïs Dubé, précise que la moitié des absences sont liées à la santé psychologique, et « dans 96 % des cas, ce n’est pas lié au travail », a-t-elle dit au Devoir.

Autre établissement qui prévoit un important déficit, le CIUSSS de l’Estrie, qui croit que son budget sera déficitaire de 20 à 25 millions de dollars. Dans un document présenté au conseil d’administration le 1er février, ce CIUSSS estime pouvoir « économiser » 9 millions de dollars par an en « [amélioration] de la santé humaine » des employés.

Aussi vrai en région éloignée

Pour un petit établissement, le CISSS de la Côte-Nord anticipe un important déficit au 31 mars, soit 14,5 millions de dollars. Un plan pour réduire ce déficit à 9,7 millions a été accepté par le MSSS, le tout sur une période de deux à trois ans, indique son p.-d.g., Marc Fortin.

Le ratio d’assurance salaire y atteint 9,2 %, explique M. Fortin, pour une cible de 7,8 %. « Et chaque point de pourcentage nous coûte un million de dollars de plus », ajoute-t-il. Un « point culminant », espère celui qui souhaite que la tendance s’infléchisse.

L’attrition du point de vue du nombre de cadres, découlant de la réforme, « a eu un effet de déstabilisation, d’insécurité » qui a pu avoir un impact sur les équipes, observe M. Fortin.

« Je concède qu’il faut travailler autrement, dit-il. On discute avec le syndicat des infirmières pour stabiliser les équipes de travail. »

Le maintien de services de santé malgré l’absence de financement de Québec, comme des lits en ressources intermédiaires, explique aussi une bonne part du déficit du CISSS de la Côte-Nord, ajoute son p.-d.g.

Au CISSS de l’Abitibi, des documents transmis au Devoir montrent que le ratio d’assurance salaire pour l’année en cours atteint 10,69 %, contre 7,88 % l’an dernier. Les heures supplémentaires y sont en hausse.

Et Montréal ?

Le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal aussi a annoncé à son conseil d’administration un déficit projeté de plus de 22 millions de dollars lié, notamment, à « l’augmentation constante des absences en assurance salaire », un poste budgétaire en déficit anticipé de 8,7 millions de dollars. Autres explications évoquées dans un document présenté au CA le 8 février : la réduction des listes d’attente en chirurgie, l’utilisation de lits de débordement pour vider l’urgence, l’augmentation des soins à domicile et l’augmentation du volume d’ambulances aux urgences.

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal anticipe pour sa part un déficit de 13,2 millions, mais indique observer une « tendance à la baisse » du taux d’assurance salaire.

En Outaouais, le CISSS anticipe un déficit de près de 5,9 millions, dont environ 3 millions attribuables à l’assurance salaire.

5 commentaires
  • Marc Davignon - Inscrit 2 mars 2018 09 h 00

    La gestion de tout acabit?

    Gestion déficitaire. Voici le résultat dans notre époque du «tout à la gestion». Ils ne font que constater une situation qu'ils ont été incapables de «gérer» au moment ou cela se produisait. L'échec, c'est l'échec des autres. De ceux qui «tombent malades»?

    Que faire pour «mieux gérer»? Ils s'inscrivent à une certification PMI! Le culte de la pseudoscience de gestion : «Webinaire - Sauver le monde grâce à la gestion de projets !» (rien que ça). Ou encore, «Kanban - La seule méthodologie quantitative de gestion de projet Agile». Et pourquoi pas : «Webdiffusion - PMI Morning - Why are so many technology projects failing?» (Nous avons un début de réponse pour vous : il faut des informaticiens pour gérer de l'informatique ... est-ce suffisamment clair?)

    Et nous continuerons à nous faire dire qu'il faut être loyale, prendre ces responsabilités et obéir. Si vous ne faire pas cela, vous êtes un mauvais employé. Voilà comment se cristallise la gestion : par des faux-fuyants.

    Pendant ce temps : «Huit cadres d'un même CIUSSS gagne chacun plus que le premier ministre, Journal de Montréal, 27 février 2018».

    Alors, que faut-il en conclure? Qu'il y a des «principes» de gestion (il n'y a pas de théorie) fort utile pour un individu provenant d'un domaine d'expertise X pour assumer des responsabilités dites de gestions (prendre des décisions qui lui seront imputables). L'idée folle que la gestion est une science et que celle-ci peut être apprise et appliquer peut importe le domaine d'expertise de l'entreprise ne fonctionne pas.

    En effet, nous sommes tous capables (sans formation préalable, avec un niveau secondaire) de faire une règle de trois et de constaté que le résultat pourrait être supérieur à une limite préétablie!

  • Sylvain Lévesque - Abonné 2 mars 2018 10 h 57

    retour de balancier

    Après des décennies à réclamer des restrictions budgétaires pour d'illusoires baisses d'impôt, toujours sur le dos des travailleurs (en crachant systématiquement sur le rôle des syndicats), il serait temps qu'on réalise que la performance du réseau de soins repose d'abord et avant tout sur la qualité de son personnel, son engagement envers le travail, et sa bonne santé physique et psychologique. La démobilisation dans le "réseau" est immense, et ne se limite pas au personnel inscrit sur les listes de congés de maladie. Il est plus que temps qu'on se préoccupe d'offrir des conditions de travail décentes à ces gens.

    • Serge Lamarche - Abonné 2 mars 2018 15 h 48

      D'après l'article 96% des problèmes psychologiques (50% des absences) n'ont pas rapport avec le milieu de travail. Le problème serait donc dû au personnes et des problèmes à la maison.

  • Serge Lamarche - Abonné 2 mars 2018 15 h 52

    Mauvaise gérance ou mauvais employés?

    Avant de proposer des solutions, il faut analyser le problème. Les employés, sachant qu'ils peuvent manquer du travail sans rien y perdre, se déclarent malade plus souvent?
    Une chose certaine, si la direction ne peut pas améliorer les choses, elle se prouve peu compétente et devrait voir ses salaires faire une plongée vers le bas.

    • Andrée Le Blanc - Abonnée 2 mars 2018 21 h 27

      Les gens ne touchent pas leur plein salaire pendant une absence de plus de 5 jours, les ressources humaines vérifient et contre-vérifient les diagnostics, les traitements et l'emploi du temps des gens. À regarder de loin on trouve toujours que l'herbe est plus verte sur le terrain du voisin.
      De plus, l'appréciation que 96% des absences ne concernent pas le travail, c'est appuyé sur quoi, l'affirmation de cette gestionnaire ?