L’engouement pour la méditation occulterait ses effets secondaires

Seules 25 % des études publiées jusqu’en 2015 évaluaient les effets indésirables associés à la pratique de la méditation.
Photo: iStock Seules 25 % des études publiées jusqu’en 2015 évaluaient les effets indésirables associés à la pratique de la méditation.

Nos sociétés occidentales s’engouent pour la méditation, dont les effets secondaires, bien décrits dans les textes bouddhistes, sont trop souvent négligés. Un groupe de 15 chercheurs a récemment lancé un appel à des études plus rigoureuses dans ce domaine.

Nos sociétés occidentales s’enthousiasment pour la méditation de pleine conscience. Cette technique empruntée au bouddhisme est de plus en plus utilisée en médecine dans le traitement de la dépression, de la douleur ou de la dépendance, à l’université pour la préparation aux examens ou encore en entreprise pour augmenter les performances des employés. Mais connaît-on suffisamment les effets de cette nouvelle panacée contre les petits et les grands maux de nos modes de vie contemporains ? Non, soutiennent les quinze signataires d’un article publié récemment dans la revue Perspectives on Psychological Science. L’un d’entre eux, le chercheur en psychologie à l’Université de Melbourne Nicholas Van Dam, s’explique sur cet appel à une rigueur accrue, en particulier en matière d’effets indésirables.

Le Temps : Comment expliquez-vous que la méditation ait le vent en poupe aujourd’hui ?

Nicholas Van Dam : Ce qu’on observe dans les pays occidentaux et en particulier aux États-Unis, c’est une montée de la méditation, essentiellement inspirée du bouddhisme zen. Le premier mouvement, resté marginal, a eu lieu dans les années 1970, avec la méditation transcendantale. Il y a maintenant une deuxième vague qui est beaucoup plus inclusive, car elle s’appuie sur le programme de Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR), ce programme de méditation de pleine conscience mis au point par le biologiste Jon Kabat-Zinn à la fin des années 1970 aux États-Unis. Il répond aux attentes des pays occidentaux en matière de recherche de bonheur et d’amélioration des performances. Jon Kabat-Zinn a su adapter la méditation bouddhiste à notre culture en la laïcisant et en la formatant. Le programme MBSR de huit séances hebdomadaires de deux heures chacune est facilement transposable, d’où son adaptation à des contextes variés.

Quels écueils voyez-vous à cet engouement en Occident ?

La vision bouddhiste de la pleine conscience ne s’accorde pas avec les attentes du capitalisme. Dans son contexte original, la méditation est une technique qui accompagne un long cheminement de la transformation de l’être, pour accéder à une paix intérieure. Les textes bouddhistes rapportent de nombreux effets secondaires, en particulier chez les personnes qui pratiquent intensément la méditation. Cela inclut des états d’euphorie, des visions, des douleurs physiques intenses, de la paranoïa, de la colère et de la peur. Or, l’engouement actuel tend à valoriser les bénéfices de la méditation, en négligeant ces effets. Seules 25 % des études publiées jusqu’en 2015, par exemple, évaluaient les effets indésirables associés à sa pratique. Par ailleurs, la méditation ne convient pas à tout le monde. Si l’ego est altéré par une psychose ou un traumatisme, cela peut être dangereux pour la personne, en réveillant des tendances suicidaires par exemple.

Que pensez-vous des études d’imagerie menées sur les cerveaux des méditants dits « experts » ?

Ces études ont notamment été inspirées par des discussions de scientifiques occidentaux avec le dalaï-lama, afin de mieux connaître les effets de la méditation. Elles suggèrent que certaines régions du cerveau liées à l’attention se développent chez les méditants, et que d’autres aires, connues pour régresser avec le vieillissement, sont préservées. Mais ces études contiennent aussi des partis pris. La qualité d’une image obtenue par IRM dépend notamment du rythme respiratoire et du calme du sujet, deux facteurs qui différencient les méditants des non-méditants. Certains de ces méditants sont par ailleurs des moines et on sait qu’un changement de mode de vie peut induire des modifications cérébrales. Il est probable que ce soit le cas pour la vie monacale et il faudrait pouvoir comparer les cerveaux de moines méditants avec ceux de moines non méditants.

Comment peut-on mieux évaluer la méditation de pleine conscience ?

L’évaluation se heurte aux limites de la médecine occidentale à évaluer une intervention lorsque la subjectivité du patient contribue à sa guérison. De plus, ce qui est considéré comme un symptôme dans notre culture peut être au contraire considéré, du point de vue la pensée bouddhiste, comme un signe encourageant de la progression du méditant. C’est le cas de la crise d’angoisse. De plus en plus, les chercheurs occidentaux prennent en considération l’approche bouddhiste en engageant des collaborations avec des spécialistes du bouddhisme et des méditants. Il s’agit de rester sceptique et de nous entendre sur le sens que nous donnons à des termes tels qu’attention augmentée ou pleine conscience. Parfois, c’est l’approche bouddhiste qui permettra de faire progresser la compréhension, et d’autres fois, ce sera l’approche occidentale.

Un centre consacré à ces études ouvrira prochainement à l’Université Brown aux États-Unis avec pour mission de mener des études en suivant une méthodologie rigoureuse et de mettre les ressources disponibles à la disposition de l’ensemble des pratiquants de la méditation.