Première entente pour réduire les heures supplémentaires des infirmières

L’entente consiste essentiellement en une meilleure planification des horaires de remplacement.
Photo: iStock L’entente consiste essentiellement en une meilleure planification des horaires de remplacement.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les infirmières et leurs patrons ont conclu mercredi une entente pour réduire le recours aux heures supplémentaires obligatoires. Un accord qui ne serait pas lié à l’ouverture affichée plus tôt cette semaine par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

« C’est un gain majeur », a déclaré en conférence de presse la présidente de la section locale de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Julie Bouchard. « C’est de l’oxygène pur qu’on vient donner à nos professionnels en soins. »

Du côté patronal, on n’en est pas moins ravi. « On devrait avoir moins d’absences pour maladie, un personnel plus disponible, donc moins de lourdeur », a déclaré la p.-d.g. du centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS), Martine Couture.

L’entente consiste essentiellement en une meilleure planification des horaires de remplacement. Désormais, les infirmières qui se font demander de faire du remplacement ne se feront plus aviser à la dernière minute.

L’employeur s’engage à garantir à celles qui le souhaitent des plages horaires à l’avance. Le syndicat s’attend à ce qu’au moins 70 % de ses membres à temps partiel s’en prévalent. Adopté par 98 % des membres de la FIQ, cet accord touche 3200 infirmières réparties dans 62 établissements (hôpitaux, CSSS, CHSLD, etc.).

L’entente a été conclue dans démarche distincte de la négociation locale découlant de la convention collective nationale conclue avec Québec en 2016 et pour laquelle on attend des résultats à l'automne. 

« On n’a pas voulu attendre que la négociation locale se termine parce qu’on a des problèmes maintenant », a expliqué Mme Couture.

À plus long terme, le CIUSSS espère mettre un terme à la pratique des heures supplémentaires obligatoires. « C’est la volonté », dit-elle. 

L’an dernier seulement, son organisation a dû payer 126 000 heures supplémentaires, soit 2,7 millions.

Mais l’entente conclue cette semaine ne règle pas tout. La question des ratios professionnels-patients reste à clarifier au niveau national et le syndicat réclame toujours qu’on reconnaisse les compétences de leurs membres bachelières.

La direction du CIUSSS en a profité par ailleurs pour conclure une autre entente avec le syndicat de la CSN qui représente les préposés aux bénéficiaires, les travailleurs des services alimentaires, de la buanderie et de l’hygiène et salubrité.

Pas de lien avec l’intervention du ministre

Fait notable : ce règlement ne découlerait pas de la rencontre de mardi entre la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

« Ça faisait quand même longtemps qu’on faisait des travaux pour régler nos problèmes de débordements de lits et d’heures supplémentaires obligatoires, mais ça s’est intensifié la semaine dernière », a expliqué la p.-d.g. du CIUSSS.

Le processus s’est accéléré, dit-elle, à la suite d’une intervention des représentantes du syndicat à la réunion du conseil d’administration du CIUSSS le 24 janvier. « On a fait une cellule d’intervention spéciale à la suite de la présentation des représentants syndicaux. […] Ça a donné des résultats assez rapidement. »

Au cabinet du ministre Barrette, on n’a pas voulu commenter. « C’est une décision locale, on n’a pas de commentaire à faire », a répondu son attachée de presse Catherine Audet.

Pourquoi ne pas avoir réglé ça avant, dans ce cas ? Le CIUSSS était notamment réticent à faire le virage par crainte d’avoir des surplus de personnel, concède Mme Couture. L’entente prévoit d’ailleurs que d’éventuels surplus soient utilisés pour de la formation ou l’offre de congés. Une bonne chose, au dire de la présidente du syndicat, qui remarque que les demandes de congé étaient presque systématiquement refusées jusqu’à présent.

Un modèle pour ailleurs ?

Reste à savoir si cette entente pourrait paver la voie à des déblocages dans d’autres régions. À la FIQ, on n’était pas en mesure de le prévoir jeudi.

Chose certaine, ce serait une bonne chose, a noté le porte-parole Manuel Dionne. « On espère que d’autres CIUSSS vont s’en inspirer », a-t-il dit en qualifiant l’entente de très « intéressante ».

Selon nos informations, au moins deux syndicats locaux d’infirmières ont reçu des appels de la direction de leur CIUSSS à la suite de la rencontre entre Mme Demers et le ministre plus tôt cette semaine.