La lutte du Canada contre le sida est jugée trop timide

Comme Jean Chrétien, le premier ministre Paul Martin n'offre rien de plus pour financer la Stratégie canadienne sur le VIH/sida. À preuve, le dernier budget fédéral ne prévoit encore aucune somme supplémentaire pour ce programme, ont déploré hier le Bloc québécois et trois groupes d'aide aux personnes infectées et malades.

«Depuis dix ans, les coûts pour offrir des services ont augmenté chaque année, mais on n'a bénéficié d'aucune augmentation de fonds en provenance du fédéral. [...] Quand on compare les sommes dépensées par le Canada comparativement à la Suède, par exemple, on constate que la Suède dépense 2,67 $ par habitant et le Canada, 1,42 $», a témoigné Harvey Cohen, le président de la Fondation Farha. Résultat: la Suède a un taux d'infection trois fois inférieur à celui du Canada. Le Canada, en fait, affiche un des plus hauts taux d'infection des pays riches et un des plus piètres budgets pour la prévenir.

Paul Martin avait pourtant soutenu en 2002, après sa participation à la marche contre le sida, qu'il fallait investir plus d'argent dans la prévention et la lutte contre le sida et qu'Ottawa était capable d'en faire davantage.

La stratégie nationale, dotée à l'origine d'un budget de 112 millions sur trois ans, a vu le jour en 1990 sous le gouvernement Mulroney. En mars 1993, il renouvelait le programme, pour cinq ans cette fois, et en haussant le financement à 42,2 millions par année. Les libéraux, qui étaient dans l'opposition, exigeaient davantage, soit 55 millions. Une fois au pouvoir, cependant, ils s'en sont tenus au budget original et il a même fallu des pressions intenses en 1998 pour qu'ils annoncent le simple renouvellement de la stratégie.

Le comité permanent de la Santé a unanimement recommandé, en juin dernier, de faire passer le financement de la stratégie de 42,2 millions à 100 millions par année, mais le dernier budget fédéral n'y a pas fait écho. Le député bloquiste Réal Ménard n'hésite pas à dénoncer cette stagnation qui dure depuis 10 ans.

«C'est d'autant plus inacceptable [...] que, lorsqu'on analyse les dépenses fédérales, on voit que chaque année les dépenses de fonctionnement du gouvernement augmentent de 8 %», a-t-il dit en conférence de presse.

Pendant ces dix années, la situation, elle, ne s'est pas stabilisée. «Le nombre de personnes qui vivent avec le VIH/sida a presque doublé au Canada, atteignant les

56 000 en 2002. Chaque année, 4000 autres Canadiens contractent le VIH», souligne le directeur général du Réseau juridique canadien VIH/sida, Ralf Jürgens.

«Plutôt que de lutter contre l'épidémie du VIH, le gouvernement fédéral se contente de l'administrer», lance-t-il en parlant d'un choix budgétaire «non seulement immoral mais aussi irresponsable sur le plan financier». Il rappelle que chaque nouveau cas se traduit par 180 000 $ en soins médicaux directs et que des efforts de prévention véritables permettraient au Canada d'économiser 1,8 milliard sur cinq ans en soins de santé.

La prévention reste la clef de voûte de toute stratégie qui se respecte, mais les programmes dans ce domaine sont sous-financés et ne suffisent plus à la tâche. C'est avec les mêmes ressources qu'il y a dix ans que les groupes communautaires doivent venir en aide à des groupes souvent marginalisés où les taux d'infection sont en hausse, soit les toxicomanes, les autochtones et les jeunes, explique Lyse Pineault, directrice générale de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida.

Et les progrès faits au sein de la communauté homosexuelle sont en péril car on assiste à une réapparition des comportements à risque. Sans compter, en plus, l'indifférence qui s'installe au sein de la population et qui rend la sensibilisation encore plus exigeante.