Les grands oubliés de la douleur chronique

Au Québec, une personne sur cinq souffre de douleur chronique, un mal invisible qui se vit souvent dans la solitude et face auquel le système de santé est désarmé à bien des égards.

Chantale Verreault, 46 ans, a « mal tout le temps ». Les douleurs dans son cou ont commencé à contaminer son quotidien il y a dix ans. Elle travaillait alors pour un distributeur de légumes à peler des patates sur une chaîne de montage. Toujours le même mouvement, la tête inclinée vers le bas. « Je finissais ma journée en braillant. Il n’y avait rien qui me soulageait. »

Au début, j’avais mal après une heure de travail. Mais à la fin, après 10 minutes, j’en avais pour le reste de la journée à avoir mal.

Son médecin de famille lui a prescrit des anti-inflammatoires, puis recommandé de faire certains exercices… « Au début, j’avais mal après une heure de travail. Mais à la fin, après 10 minutes, j’en avais pour le reste de la journée à avoir mal. »

Elle aurait bien voulu un emploi où l’on n’a pas à rester debout, mais sans diplôme de 5e secondaire, les choix étaient limités. Des problèmes dans sa vie personnelle ont empiré les choses. Au point où elle a commencé à se procurer de la morphine et du Dilaudid sur le marché noir. Et à voir sa vie complètement déraper.

 

Il y a deux ans, une intervenante l’a convaincue de participer à un programme de désintoxication. Après deux ans et demi d’efforts, Chantale s’en tient maintenant aux capsules de morphine à effet prolongé.

Elle ne travaille plus depuis longtemps, mais la douleur l’accapare toujours. « Je fais ma vaisselle en trois coups. Je ne suis plus capable de faire mon ménage », résume-t-elle des sanglots dans la voix.

Une personne sur cinq

Chantale est la représentation extrême d’un problème touchant des milliers de personnes au Québec. « C’est un gros problème », explique le Dr Jean-Pierre Dropinski, médecin au Centre interdisciplinaire de gestion de la douleur à l’Hôtel-Dieu de Lévis. « Il y a une partie considérable de la population qui n’a pas accès à un minimum d’écoute et de services. »

Au Québec, on estime que 20 % des gens souffrent d’une douleur chronique aiguë. Il n’y a pas de statistiques précises sur le sujet, mais si on se fie aux listes d’attente des centres antidouleur, on peut facilement parler de milliers de malades touchés. « Les médecins de famille vont soulager une grosse partie de ces problèmes-là. Mais dans bien des cas, ils sont à court de solutions », poursuit M. Dropinski.

20 %
C'est la proportion de Québécois qui souffriraient d'une douleur chronique aiguë. 

On estime que la douleur devient chronique quand elle persiste plus de trois mois. Après cela, les risques de dépression et de détresse psychologique augmentent. La fréquence des pensées suicidaires chez les personnes en douleur chronique est d’ailleurs trois fois plus élevée que dans le reste de la population.

Certains composent avec des maux de dos sévères et constants, d’autres avec de l’arthrite avancée. Plusieurs subissent les conséquences d’un accident de travail ou encore souffrent de fibromyalgie.

Les centres antidouleur débordés

La meilleure façon de traiter ces personnes doit vraiment être « multidisciplinaire », affirme Manon Choinière, chercheuse spécialisée dans le traitement de la douleur à l’Université de Montréal. « Ça prend un médecin, un psychologue, un physiothérapeute et un pharmacien qui sont impliqués dans la gestion de ce type de problème », dit-elle.
 

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Céline Charbonneau

Une approche mise en pratique dans la trentaine de centres antidouleur qui ont poussé au Québec depuis quelques années. Mais n’y entre pas qui veut. « Un patient va s’estimer chanceux d’avoir rendez-vous après un an », résume Céline Charbonneau, de l’Association québécoise de la douleur chronique. Chantale, par exemple, est sur la liste d’attente depuis plus de deux ans.

Ce qui donne lieu à des parcours particulièrement chaotiques dans le système de santé. Des patients ont consulté jusqu’à 23 professionnels de la santé quand ils frappent à la porte de la Clinique de la douleur, selon une étude publiée dans la revue Pain Research and Management.

« Les gens qui entrent à la clinique arrivent de très loin », note à cet égard le Dr Dropinski. À défaut de traiter ces personnes plus tôt, ils congestionnent tout simplement le système ailleurs, dit-il.

Une médecine à deux vitesses

À défaut d’accéder aux cliniques de la douleur, les médecins de famille peuvent théoriquement tenter des choses et diriger eux-mêmes leurs patients vers des psychologues ou des physiothérapeutes.

Encore faut-il que les patients puissent se les payer. En physiothérapie, par exemple, plus de 18 000 personnes sont en attente d’un rendez-vous dans le réseau public, selon une étude récente. Les médecins de famille ont peu de marge de manoeuvre, déplore Sylvain Dion, un omnipraticien qui pratique sur la Rive-Sud de Québec. « Quand on a un patient que l’on veut diriger vers la physiothérapie, la première question qu’on lui pose, c’est : avez-vous des assurances ? »

Pour les accidentés de la route ou du travail, l’accès est plus facile. Même chose pour les personnes en suivi postopératoire. Mais dès qu’on échappe à ces deux catégories, c’est la croix et la bannière.

« On a vraiment une médecine à deux vitesses », déplore le Dr Dion.

9 commentaires

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  • Nadia Alexan - Abonnée 6 janvier 2018 06 h 20

    Guérir la personne dans son entièreté!

    Honte au gouvernement Couillard et à son ministre de santé, Barrette, qui privatise le système de soins de santé tout en prétendant qu'il essaye de l'améliorer. On ne peut pas extirper les thérapies nécessaires du système public. Les soins dentaires et les soins thérapeutiques doivent faire partie du système public. Il faudrait traiter la personne dans son entièreté. 18 000 personnes en attente en physiothérapie signifient une situation inacceptable dans une société dite civilisée.

    • Jean-Yves Gadeau - Abonné 8 janvier 2018 00 h 38

      Ne cherchez pas plus loin !

      Les ordres des médecins et psys ne se sont autoproclamés ni pour "protéger" le peuple ni pour s'ouvrir et étudier les autres disciplines "alternatives" et souvent complémentaires dans le traitement de la douleur et autres affections.

      Ici au Québec aucun médecin ne peut s'afficher comme médecin-naturopathe ou médecin-sophrologue comme en Europe. Ainsi, au lieu de cadrer intelligemment ces disciplines complémentaires, préfère-t-on brandir la peur pour "protéger" le bon peuple ignorant du charlatan.

      Demandez-vous ce qu'ils protègent vraiment; regardez le résultat sur le système de santé; où sont ces véritables charlatans qui ont tant de pouvoir ?

  • Chantale Desjardins - Abonnée 6 janvier 2018 08 h 32

    Il faut changer son alimentation.

    A part des médicaments, il faut changer son alimentation ce que les médecins et les spécialistes ne font pas. Ils prescrivent des médicaments pharmaceutiques qui causent des effets secondaires. Les livres de Jacqueline Lagacé contiennent des
    renseignements très utiles et faciles à suivre. J'ai acheté ses livres et j'ai obtenu des résultats très utiles.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 6 janvier 2018 11 h 33

      Tout à fait! En suivant le régime que préconise Jacqueline Lagacé (on peut, dans un premier temps, consulter son blogue), mes douleurs insupportables qui m'empêchaient de marcher correctement le matin ont disparu en trois semaines. Quand je fais des écarts trop souvent, les douleurs reviennent. Certains médecins préconisent maintenant ce régime qui nous épargne des anti-inflammatoires et surtout qui nous permet d'être en grande forme, les témoignages sont nombreux de personnes ayant petit à petit avandonné leur médication en suivant ce régime sans gluten et sans produits laitiers. Irène Doiron

  • Louise Marguerite Martin - Inscrite 6 janvier 2018 10 h 53

    CORSET et douleurs chroniques.

    En l'an 2000, les femmes ont décidé d'enlever les «spencer» « Corset » et les soutient gorges du marché. Les jeunes voulaient se libérer de ceux-ci. Quand tu es jeune, les exercices peuvent suffire? Toutefois la position assise devant les bureaux ou autre n'aide pas à renforcir les articulations faibles, les déchirures ligamentaires, et tout ce qui vient avec.
    Je regrette, mais la médecine n'en viendra jamais à bout car un ligament déchiré après c'est un autre et après c'est la vieillesse qui embarque dans notre barque et ça n'en fini plus.
    Le corset n'est pas une panacée mais c'est beaucoup mieux que les pilules et on le met et l'enlève quand ça nous tente, on le serre ou déserre sans problème et rien n'y paraît et quand on a mal c'est divin. SANS CORSET JE ME TENAIS DEBOUT UNE HEURE AVEC CORSET J'ARRIVAIS À TERMINER CELLE-CI À MINUIT. QUI DIT MIEUX. MÊME LES PILULES N'Y ARRIVENT PAS...!!!

  • Michèle Lévesque - Abonnée 6 janvier 2018 15 h 03

    Un luxe

    En effet "dès qu’on échappe à ces deux catégories, c’est la croix et la bannière". A la douleur chronique et ses causes invisibles, incomprises, négligées, et sans réelle valeur pour la médecine, s'ajoute l'épuisement progressif, qui génère à son tour à son tour un découragement sournois.

    Il y a aussi le regard de l'entourage et de la culture, tantôt gentiment condescendant, tantôt carrément méprisant, mais ce ne sont que des réactions participant de l'impuissance à aider la victime de DC. Sans cause apparente, ni solution facile, il est pratique de stigmatiser en paresse, plainte, lâcheté, petite nature, abus, etc. - des jugements d’ailleurs bien internalisés par la victime. Le partage ferait du bien, mais comment oser le faire quand la 'plainte' est vue comme la cause du problème?

    La vie sociale, si régénératrice, est aussi amputée par l'impossibilité de suivre le rythme à cause de la douleur incessante. L'isolement et le sentiment du 'sans lieu' s'ajoutent ainsi au fardeau. Alors on (se) force encore plus, car "la bannière", c'est le combat : guérir pour en sortir et en sortir pour guérir. On essaie tout, activité et passivité, mais quoiqu’on fasse, on s’enfonce. La douleur augmente. Et la détresse. Le sommeil même est source de stress, car il fuit. L'"enfer" se referme.

    La cause profonde est souvent reliée à des tramas anciens, parfois infimes d'apparence, mais qui se sont infectés faute de soins et par ignorance de leur gravité. Les symptômes, dont la douleur, sporadiques au départ, deviennent ainsi chroniques et il est alors trop tard, l'âge venant, car les ressources vitales sont épuisées.

    La DC m'a conduite deux fois à l'épuisement extrême, ce qui m'a enfin forcée à la 'retraite' (retrait et re-traitement) en début de soixantaine. La DC est toujours là, mais je la gère à mon rythme, en paix. Je suis privilégiée.

    La compassion pour les grands souffrants qu'on aide à mourir serait-elle un luxe qu'on ne peut étendre aux morts-vivants de la DC?

  • Yvon Bureau - Abonné 6 janvier 2018 15 h 41

    D'abord et avant-tout


    D'abord+++ l'alimentation, bien sûr.

    Le 2 litres d'eau / jour. Dormir 8 heures

    Vive le travail interdisciplinaire+++

    Se garder à une saine distance des Facebooks de ce monde

    Vive l'implication +++ de la personne concernée. Nettoyer son passé sera probablement nécessaire; mise à jour de ses valeurs et et de ses programmations plus ou moins conscientes.

    Oser connaître les avantages de la maladie ... et les inconvénients de la guérison.

    Oser le défi courageux du changement. Oser la guérison.

    Se joindre à un groupe pour support dans les changements. Bref, se prendre en main... appuyé par de bons coachs

    • Solange Bolduc - Abonnée 6 janvier 2018 21 h 12

      M. Bureau, je lis ce que vous écrivez et je me dis que si tout le monde pensait comme vous, tous pareils, maudit que le monde serait plate , et surtout statique !
      J'ai horreur des recettes, et même en cuisine: je lis la cuisine et j'improvovise ne me servant que des éléments de base, donc de l'essentiel.

      La créativité n'est pas de suivre une recette à la lettre: trop ennuyeux pour être bon! On n'est pas des robots après tout: des tous pareil!

    • Marc Therrien - Abonné 6 janvier 2018 22 h 17

      @ Mme Bolduc,

      J'ai une envie irrésistible de vous dire en toute amabilité que plus je vous lis, plus j'apprécie votre caractère inénarrable quand il est "lâché lousse".

      Un monde sans souffrance pourrait bien être aussi un monde sans plaisir.
      Probablement pour ça que Ève a succombé à la tentation et consommé le fruit défendu. Elle avait l'intuition que la vie dans le Jardin d'Eden serait bien ennuyeuse et ennuyante. En tout cas, si j'étais Adam, ce n'est sûrement pas moi qui lui reprocherais de m'y avoir fait goûter.

      Marc Therrien