La grippe attaque de front le Québec

Fait inusité, alors que l’activité grippale est intense au Québec, ce sont autant les virus des souches A que B qui circulent.
Photo: Guillaume Souvant Agence France-Presse Fait inusité, alors que l’activité grippale est intense au Québec, ce sont autant les virus des souches A que B qui circulent.

Les urgences sont sous pression, notamment en raison de la grippe, dans la majorité des régions du Québec. La situation est particulièrement critique en Montérégie, où quatre des huit urgences ont affiché jeudi un taux d’occupation des civières excédant les 200 %. Vendredi, deux établissements dépassaient toujours du double leurs capacités dans cette région.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) attribue la situation en partie à la saison de la grippe qui bat son plein, mais aussi à d’autres phénomènes, comme une hausse du nombre de transports ambulanciers sur l’île de Montréal.

Fait inusité, alors que l’activité grippale est intense au Québec, ce sont autant les virus des souches A que B qui circulent. Habituellement, l’influenza B cogne à nos portes plus tard en saison.

Les urgences débordent en Montérégie

À Longueuil, la situation est telle que l’hôpital Pierre-Boucher a interdit aux patients se présentant aux urgences d’être accompagnés, à l’exception des enfants, des personnes atteintes d’un déficit cognitif ou de celles dont la condition est instable ou en phase terminale.

De 203 % jeudi, le taux d’occupation y était passé à 183 % vendredi, mais la situation était toujours particulièrement pénible dans cette urgence où l’espace manque. « Cette mesure permettra de limiter la transmission des infections à la clientèle et au personnel et facilitera les interventions des employés et des médecins auprès des patients », a précisé le CISSS de la Montérégie-Est dans un avis publié vendredi.

« Nous avons besoin de l’espace pour que le personnel puisse donner les meilleurs soins possible », explique la conseillère en communication du CISSS, Magali Dupont. De nombreux patients se trouvent de plus en isolement pour des symptômes d’allure grippale.

L’hôpital Anna-Laberge, à Châteauguay, a même affiché un taux d’occupation de 252 % mercredi : le nombre de cas de grippe chez les patients a justifié l’ouverture d’une première « clinique de grippe » au Québec pour la saison. Cette dernière se trouve au GMF-U le Trait d’Union à Delson, et les patients peuvent s’y présenter ce week-end au besoin. L’hôpital Anna-Laberge demande aux proches des patients hospitalisés de limiter leurs visites.

Des hôpitaux au double de leur capacité

Selon le rapport du MSSS sur la situation dans les urgences diffusé vendredi, le taux d’occupation sur civière atteignait ou dépassait 200 % à Memphrémagog, au Centre hospitalier Hôtel-Dieu d’Amos, à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à l’hôpital Honoré-Mercier et à l’hôpital Anna-Laberge.

Sur Facebook, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a qualifié d’« inacceptable » la situation à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, qui affichait un taux d’occupation de 219 % des civières vendredi.

À Montréal, le taux d’occupation moyen des civières atteignait 126 %, avec un achalandage plus important à l’hôpital Jean-Talon (150 %), à l’Hôpital Général juif (183 %), à l’Hôpital de Verdun (177 %) et à l’Hôpital Général du Lakeshore (168 %).

Dans les Laurentides, cinq des six urgences dépassaient largement leurs capacités vendredi.

Dans la Capitale-Nationale, les urgences de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus et de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie étaient les plus achalandées vendredi, avec des taux d’occupation sur civière excédant 150 %.

Plusieurs urgences en Mauricie, en Estrie, en Outaouais, en Abitibi, dans Chaudière-Appalaches et à Laval connaissent aussi un fort achalandage.

Grippe B en avance

Impossible d’affirmer si le « pic » de grippe est atteint, mais une chose est certaine, « nous sommes dans les grosses semaines », confirme le Dr Gaston De Serres. L’épidémiologiste à l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) précise que la majorité des cas excédentaires par rapport à l’an dernier à pareille date sont attribuables à l’influenza B. « C’est le joueur inhabituel dans le portrait en ce moment, car il arrive généralement en fin de saison », explique-t-il en entrevue. Ce sont 737 cas d’influenza A et 352 cas d’influenza B qui ont été confirmés en laboratoire pour la semaine se terminant le 30 décembre, ce qui ne représente qu’une petite partie du nombre réel de malades.

En ce qui concerne l’influenza A, c’est la souche H3N2 qui circule. En Australie, la saison de grippe précède la nôtre et le vaccin y a été peu efficace, selon le Dr De Serres, qui s’en préoccupe. Bonne nouvelle, toutefois, le vaccin est généralement plus efficace contre l’influenza B. De plus, les personnes âgées sont moins susceptibles de contracter cette souche du virus. Avec les deux virus qui circulent en même temps, la saison pourrait être plus intense, mais plus courte.

L’an dernier, le taux d’efficacité du vaccin contre la grippe A avait atteint 42 %. C’était déjà bien mieux que la dernière fois que le H3N2 avait circulé, en 2014-2015 : le vaccin avait alors eu une efficacité… nulle. La vaccination reste le meilleur moyen de prévenir les complications sérieuses, parfois mortelles, de la grippe chez les groupes à risque, comme les personnes âgées, les jeunes enfants et les malades chroniques.