Une célèbre athlète paralympique belge se dit prête à recevoir l’euthanasie

Atteinte d’une forme de paralysie progressive de la moelle épinière, l’athlète avait décidé dès 2008 de remplir des papiers lui permettant d’avoir recours à l’euthanasie au moment de son choix. 
Photo: Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse Atteinte d’une forme de paralysie progressive de la moelle épinière, l’athlète avait décidé dès 2008 de remplir des papiers lui permettant d’avoir recours à l’euthanasie au moment de son choix. 

Après avoir vécu le « rêve d’une vie » en défiant le chronomètre, la double médaillée des Jeux paralympiques de Londres et de Rio, l’athlète belge Marieke Vervoort affirme maintenant vouloir mettre un terme à son combat contre la maladie dégénérative.

La championne paralympique, qui avait arraché l’argent aux 400 mètres fauteuil à Rio et ému l’opinion publique en déclarant avoir déjà préparé sa demande d’euthanasie, s’est récemment déclarée prête à livrer le dernier combat de sa vie.

Quelques jours avant Noël, dans une entrevue livrée au quotidien londonien The Telegraph, celle-ci a confié être « épuisée par toutes ses souffrances ». Atteinte d’une forme de paralysie progressive de la moelle épinière, l’athlète de 38 ans aux cheveux blonds en brosse affirme ne plus pouvoir respirer seule et être la proie de spasmes insupportables qui l’empêchent de dormir.

La jeune femme, déclarée athlète de l’année, d’abord en 2012, puis 2015 en Belgique après avoir été triple championne du monde de course fauteuil (100 m, 200 m, 400 m) dit avoir perdu une grande partie de ses capacités visuelles et ne plus pouvoir compter sur les médicaments antidouleur pour soulager ses atroces souffrances.

« J’ai tellement mal. Je n’en peux plus. C’est trop dur pour moi maintenant. Je suis de plus en plus déprimée. Jamais je n’ai ressenti autant de peine auparavant. Je pleure beaucoup », a-t-elle confié au Telegraph, il y a quelques jours.

Un départ choisi

La battante a choisi de mourir par injection létale, comme l’autorise la loi en Belgique, où l’euthanasie active est permise depuis 2002 aux personnes atteintes d’une maladie incurable qui en ont fait la demande de manière « volontaire, réfléchie et répétée ».

Les problèmes de santé de Marieke Vervoort avaient débuté au tournant des années 2000, après que les médecins aient diagnostiqué chez elle une forme rare de tétraplégie progressive.

Pour défier la maladie, la jeune femme avait commencé à s’entraîner au basket-ball en fauteuil roulant, puis pris part à un Ironman en 2007. Mais au fil des ans, son état de santé l’avait obligée à se concentrer sur la course en chaise roulante. L’athlète avait décidé dès 2008 de remplir des papiers lui permettant d’avoir recours à l’euthanasie au moment de son choix.

« J’arrêterai ma carrière après Rio. Après, nous verrons bien ce que la vie m’apportera et j’essayerai de profiter des meilleurs moments. Rio est mon dernier souhait », avait-elle déclaré avant de se rendre au Brésil.

Cette information, révélée avant sa victoire aux Jeux paralympiques de Rio, avait fait couler beaucoup d’encre. Elle avait dû tenir un point de presse devant les journalistes sportifs pour préciser qu’elle ne désirait « pas mourir tout de suite » et voulait « profiter de chaque instant ».

L’athlète avait alors expliqué que malgré la douleur, elle avait continué à s’entraîner tous les jours, motivée pour son désir de décrocher une médaille.

J’ai tellement mal. Je n’en peux plus. C’est trop dur pour moi maintenant.

Malgré ses victoires, sa ténacité et l’atteinte de son rêve olympique, l’athlète avait par contre levé le voile sur le côté sombre de son combat et de sa maladie, révélant qu’il lui arrivait de ne dormir que dix minutes la nuit et de perdre conscience lors de ses épisodes de douleur.

« L’euthanasie ne veut pas dire meurtre pour moi, mais signifie repos », avait-elle fait valoir avant les Jeux.

En vertu de la loi belge, l’athlète atteinte d’une maladie incurable, a pu être déclarée admissible à l’euthanasie après que trois médecins aient attesté du caractère progressif et irréversible de sa maladie il y a près de 10 ans.

Contrairement à la loi belge, les lois canadienne et québécoise n’autorisent l’administration de l’aide à mourir qu’aux personnes atteintes de maladies irréversibles et de souffrances physiques ou psychologiques intolérables que si leur déclin est à ce point avancé que la mort naturelle est devenue « raisonnablement prévisible », donc « en fin de vie ». Cette dernière condition n’est toutefois pas requise en Belgique.

2 commentaires
  • Michel Corbeil - Abonné 28 décembre 2017 08 h 13

    Anglicisme au Devoir??

    Suis-je dans l'erreur, mais pour une journaliste au Devoir il me semble que l'expression

    "....remplir les papiers..." ressemble à "...fill the form..."?

    Je ne suis pas linguiste mais je suis contre l'assimilation sournoise. Ce ne serait pas

    plutôt "...compléter le formulaire..."?

  • Yvon Bureau - Abonné 28 décembre 2017 21 h 17

    Accès à l'AMM

    Au Canada, une telle personne, dans sa situation, devrait avoir droit à l'AMM si l'on tient compte du Jugement unanime de la Cour suprême du Canada de février 2015/Arrêt Carter.

    Lisons la conclusion de ce Jugement massif et historique :
    «L’alinéa 241b) et l’art. 14 du Code criminel portent atteinte de manière injustifiée à l’art. 7 de la Charte et sont inopérants dans la mesure où ils prohibent l’aide d’un médecin pour mourir à une personne adulte capable qui (1) consent clairement à mettre fin à sa vie; et qui (2) est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition. »

    Cela ne peut être plus clair+++.

    Si la Loi C-14 ne le permet pas, c'est qu'elle n'est pas conforme à ce Jugement, c'est qu'elle ne le respecte pas. Urgence pour le Gouvernement de demander l'avis de la CSC sur C-14. Plus de coeur, PM Trudeau ! Demandez maintenant cet avis.

    Un point majeur: La CSC a affirmé avec la plus haute autorité que le droit à la vie n'inclue plus l'obligation de vivre à tout prix.

    Marieke, je vous salue tellement chaleureusement, avec la plus intense des compassions.