Agressions sexuelles: les filles ont plus de séquelles que les garçons

L’étude démontre que les séquelles physiques vécues par les jeunes victimes d’agressions sexuelles sont nombreuses et nettement plus fréquentes quand il s’agit de fillettes ou de jeunes filles.
Photo: iStock L’étude démontre que les séquelles physiques vécues par les jeunes victimes d’agressions sexuelles sont nombreuses et nettement plus fréquentes quand il s’agit de fillettes ou de jeunes filles.

Une étude inédite réalisée au Québec démontre que les jeunes filles agressées sexuellement présentent deux fois plus de problèmes de santé urinaire et 1,5 fois plus de troubles génitaux que les adolescentes en général.

L’étude publiée dans The Journal of Pediatrics démontre que les séquelles physiques vécues par les jeunes victimes d’agressions sexuelles sont nombreuses et nettement plus fréquentes quand il s’agit de fillettes ou de jeunes filles.

En effet, après avoir comparé un groupe de 882 filles et garçons agressés au cours de leur enfance à un groupe contrôle de jeunes du même âge, les chercheurs ont observé que les jeunes filles victimes d’agressions sexuelles avaient reçu 115 % plus de diagnostics de santé urinaire et 40 % plus de diagnostics de santé génitale que les autres jeunes filles.

Clivage entre filles et garçons

Plus encore, les jeunes femmes écopent de sept fois plus de diagnostics d’infections transmises sexuellement (ITS) et de problèmes urinaires et 4,5 fois plus de problèmes génitaux que les garçons agressés sexuellement.

« Parmi les principaux diagnostics relevés chez les filles, on observe l’absence ou la surabondance de règles, et des douleurs lors des relations sexuelles », explique l’auteure de l’étude, Pascale Vézina-Gagnon, doctorante en psychologie à l’Université de Montréal et chercheuse au Laboratoire de recherche sur les trajectoires de santé et de résilience de jeunes agressés sexuellement (TRAJETS).

Une des grandes surprises de l’étude est ce fossé observé entre filles et garçons, et les impacts rapportés sur leur santé sexuelle. En effet, on ne mesure aucune différence de consultations médicales pour des problèmes de santé sexuelle entre les garçons agressés et les autres.

« Cela s’explique peut-être par le fait que les séquelles sont autres chez les garçons, ou bien parce qu’ils ont moins consulté. Il se peut aussi que les problèmes surgissent plus tard, à l’âge adulte », avance Pascale Vézina-Gagnon.

Chez les filles, plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la forte proportion de jeunes femmes affectées de divers problèmes de santé sexuelle. « Ce n’est pas nécessairement une conséquence directe de l’agression. Plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu. L’impact psychologique peut perturber la puberté et l’anxiété peut générer un plus grand nombre d’infections urinaires. On sait que le stress affecte le système immunitaire », affirme la chercheuse qui n’exclut pas que les jeunes qui ont été agressés adoptent aussi plus de comportements à risque.

C’est en croisant les données de la RAMQ sur les consultations médicales pour des problèmes de santé sexuelle et celles du ministère de la Santé et des Services sociaux aux cas d’agressions sexuelles rapportés entre 2001 et 2011 à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) que l’on a pu tracer ce portrait des conséquences physiques vécues par les enfants et adolescents agressés sexuellement.

2 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 19 décembre 2017 10 h 01

    Révélateur

    "... les données ... du ministère de la Santé et des Services sociaux aux cas d’agressions sexuelles rapportés entre 2001 et 2011 à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ)..."

    Ces stats, venues de "la DPJ", portent à supposer que les victimes ont AUSSI subi violence physique et négligence chornique...

    Et probablement venues de membres de la proche famille, les agressions sexuelles..

    N'empêche, tout cela est vraiment fort intéressant! Merci pour cette information!
    On entrevoit de vastes pistes pour d'autres études...

  • Robert Sarrasin - Abonné 19 décembre 2017 11 h 38

    Des séquelles tenaces

    Il se peut fort bien que les séquelles d’abus sexuels se manifestent plus tard chez les hommes. Les Amérindiens qui furent victimes de tels gestes dans les pensionnats ou ailleurs, ne s’expriment souvent sur ce vécu que dans la quarantaine ou même la soixantaine, pour nous dire que cette souffrance non révélée les a accompagnés toute leur vie.

    Quant aux femmes jadis agressées qui ont plus tard des rapports sexuels douloureux, cette situation a été clairement illustrée dans le livre que Catherine Perrin a consacré à sa mère, laquelle avait subi une agression à cinq ans. La mémoire enfouie de l’évènement avait provoqué chez elle des symptômes psychosomatiques de ce type, ainsi que celui du côlon irritable, qui l’ont affligée durant toute sa vie. («Une femme discrète», Québec Amérique, 2014).