L’urgence d’un réinvestissement conséquent

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Au Québec, la population vieillit et s’agrandit, et elle aura de plus en plus besoin de soins et de services.
Photo: iStock Au Québec, la population vieillit et s’agrandit, et elle aura de plus en plus besoin de soins et de services.

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« Depuis que les libéraux sont au pouvoir, on constate une diminution des budgets octroyés à la santé, soutient Daniel Boyer, président de la FTQ. Si on veut maintenir les mêmes services, il faut augmenter les budgets de 4 % chaque année, ce qui n’a pas été le cas depuis 2014-2015 et ce qui crée un manque à gagner d’à peu près 1,5 milliard. Et ça, c’est seulement si on veut les mêmes services qu’en 2013-2014. Est-ce qu’on était satisfait à l’époque ? »

Le réseau de la santé a subi des transformations majeures depuis les 25 dernières années. « On a pressé le citron ! Qu’on arrête de se “réinventer” et qu’on mette des ressources dans ce réseau-là », ajoute le président. En effet, les coupes ont laissé des traces auprès des usagers ; le temps d’attente aux urgences demeure toujours le même, et trouver un médecin de famille relève du parcours du combattant. Quant à la satisfaction du personnel hospitalier, elle est à la baisse. « Arrêtons de faire des réformes en pensant que c’est de cette façon qu’on va réussir à réduire les coûts et à améliorer le système », lance Daniel Boyer.

On se souviendra de la réforme du ministre Jean Rochon en 1998 et de son « virage ambulatoire », une époque où le système de santé subit des coupes de plus d’un milliard de dollars. Vint ensuite la réforme proposée en 2003 par Philippe Couillard, alors ministre de la Santé, qui elle aussi cherchait des moyens de désengorger les urgences et qui a fusionné CLSC, CHSLD et hôpitaux. « Tout ça n’a pas donné les résultats escomptés et pourtant, il y a deux ans, le ministre Barrette a encore fusionné des établissements. Ça ne peut plus continuer, il faut réinvestir dans le réseau, sinon on n’y arrivera pas », se désespère Daniel Boyer.

« La réforme du ministre Barrette nous amène à des échecs dans le réseau, note M. Boyer, tout simplement parce qu’elle est hospitalocentriste. » Le président déplore le fait que tout se concentre autour de l’hôpital et que les établissements n’ont plus d’autonomie : « Tout ce qu’il y a en prévention, en réadaptation, en centres jeunesse, ce n’est malheureusement pas là qu’il y aura des réinvestissements, c’est impensable ! »

Autre défi important : la démographie. Au Québec, la population vieillit et s’agrandit, et elle aura de plus en plus besoin de soins et de services. « Il faut réinvestir. Je n’ai rien contre les baisses d’impôt qu’on nous promet, mais quand on est malade, ce n’est pas de crédits d’impôt qu’on a besoin, mais de services ! »

« Le fait de ne pas réinvestir dans le réseau nous coûte plus cher à la fin », estime Daniel Boyer. Il prend l’exemple du manque de places en CHSLD ; cette situation peut donner lieu à des coûts supplémentaires quand des personnes malades sont en attente d’une place et doivent être soignées chez elles, ce qui exige la présence d’une infirmière 24 heures sur 24.

« On a besoin de ce réseau ! Actuellement, des personnes vivent un enfer parce qu’elles sont en attente de soins ou de services », lance comme un cri du coeur Daniel Boyer.