Les sages-femmes du Québec s’impatientent

Exaspérées par l’« extrême lenteur » des négociations visant à renouveler leur convention collective, les quelque 200 sages-femmes du Québec ont manifesté lundi à Montréal en marge d’une conférence qu'a prononcé le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dans le but de faire pression sur le gouvernement.

Les sages-femmes déplorent le fait que les négociations n’ont toujours pas abordé la majorité de leurs propositions, bien que leur entente de travail soit échue depuis 2015. « On ne sent même pas de volonté d’entendre nos demandes. On a proposé beaucoup d’avenues, sans succès », a déclaré la porte-parole du Regroupement Les sages-femmes du Québec (RSFQ) Marie-Pierre Mainville, en entrevue au Devoir.

La principale demande de ces praticiennes concerne leur forfait de garde, qu’elles jugent nettement insuffisant considérant que « c’est ce qui fait [la] spécificité » du travail des sages-femmes, estime Mme Mainville. Elles demandent donc à ce que leur rémunération pour ces heures soit de 12 000 $ par année.

Les conditions de travail des employées dans le Grand Nord, les frais de déplacement ainsi que les congés sans solde pour les études sont d’autres points litigieux.

« On a effleuré certaines questions, mais aucun point n’a été négocié dans son entièreté », soutient la porte-parole du RSFQ. Aucune rencontre n’est prévue pour l’instant avec la partie patronale. « C’est extrêmement irritant pour nous, parce qu’on donne énormément de disponibilités et eux très peu », poursuit Mme Mainville.

C’est pour demander au ministre Barrette de « faire un pas dans [leur] direction » que les sages-femmes seront dans la rue ce lundi. « Notre patience a atteint sa limite », prévient Marie-Pierre Mainville.

Reddition de compte

Selon le ministre de la Santé, le seul point qui achoppe dans les négociations concerne les redditions de compte. Gaétan Barrette se désole que les sages-femmes refusent de se plier à cette demande. « Pour nous, ce n’est pas acceptable. On ne peut pas négocier avec qui que ce soit sans reddition de compte », a-t-il martelé au Devoir dimanche, précisant que cette condition fait partie des ententes conclues avec les autres professionnels de la santé du Québec.

Le ministre affirme par ailleurs que les sages-femmes font « des négociations d’un autre temps, pas de 2017 ». Il ajoute que la manifestation de lundi ne changera rien à la nécessité d’établir des redditions de compte.

M. Barrette a qualifié de « malheureuse » cette impasse dans les négociations étant donné que le gouvernement a pris récemment « des engagements pour le développement de la pratique des sages-femmes ». Une quatrième maison de naissance sur l’île de Montréal doit notamment être inaugurée en 2018 dans l’est de la ville.

Les négociations ne sont pas arrêtées pour autant, soutient le ministre, qui assure que des démarches se poursuivent du côté patronal.

1 commentaire
  • Jean-François Trottier - Abonné 20 novembre 2017 07 h 45

    Reddition de compte ou exercice comptable ?

    Barrette parle de reddition de compte et explique très peu ce qu'il veut dire. J'ai vérifié un peu partout dans le réseau, c'est très flou.

    Et pourtant il martèle ces mots comme si tout était dit. Admettons que ça sonne bien, "reddition de compte". Le discours "La population vous paie et a le droit de savoir"...

    Mais la reddition de compte, c'est avant tout le devoir d'un ministre, et encore plus sur les demandes de bases qu'il pose dans une négiation, soit-elle "de 2017" comme si une nouvelle ère était née avec son avènement au poste.

    La question n'est peut-être pas si gentillette. J'ai vu de loin, en tant que malade chronique qui se retrouve souvent dans le milieu hospitalier, comment une certaine logique comptable a fait son entrée dans le système.

    Explication:
    Dans certaines usines on mesure chaque geste de l'assembleur, du contremaître, l'utilisation de chaque outil ou sa réparation, et jusqu'aux gestes des gens dans les bureaux pour redistribuer le coût précisément sur le produit final.
    Cette pratique est jusqu'à un certain point saine, en autant qu'elle permet de mieux fixer les marges de profit et en général le suivi des coûts. Par contre, plusieurs entreprises ont voulu l'utiliser pour systématiser certains secteurs logistiques. On a vite réalisé une perte d'efficacité à moyen terme... parce qu'on a affaire à des humains, et que si l'on peut comptabiliser la "petite conversation au coin du café", on ne peut la systématiser et encore moins la faire disparaître!

    Or, c'est je crois ce que Barrette tente dans les hôpitaux, avec un personnel déjà pressé comme un citron. Erreur stupide ou tentative délibérée de tuer le système ? Avec ce gouvernement on est condamné à deviner.

    J'ai l'impression que son but est le même avec les sages-femmes. Il se fout de la reddition, il veut systématiser pour savoir où couper !!!

    Si c'est le cas.... Au fou!