La fausse bonne idée de la formation accélérée de préposé aux bénéficiaires

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La profession de préposé aux bénéficiaires requiert un diplôme d’études professionnelles et 25 semaines de formation.
Photo: iStock La profession de préposé aux bénéficiaires requiert un diplôme d’études professionnelles et 25 semaines de formation.

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue

Au printemps dernier, la région de Québec devait recruter rapidement plus de 300 préposés aux bénéficiaires. La solution : offrir une formation de cinq semaines plutôt que les vingt-cinq habituelles… L’expérience n’a pas donné les résultats escomptés.

C’était au début d’avril 2017. Le CIUSSS de la Capitale-Nationale affirmait ne pas pouvoir faire autrement : il fallait offrir une formation accélérée de préposé aux bénéficiaires afin de pourvoir les postes vacants dans les 30 CHSLD de son territoire.

Cette mesure avait de quoi surprendre. Habituellement, les préposés aux bénéficiaires détiennent un diplôme d’études professionnelles et doivent avoir terminé une formation de 25 semaines. Dans le cas de la formation accélérée, les candidats assistent d’abord à deux semaines de cours théoriques, puis, durant trois semaines, un employé les accompagne sur le terrain. Dès l’annonce de la mise sur pied de cette nouvelle formation, des voix se sont élevées.

« Pour corriger à long terme cette pénurie, il est nécessaire d’accentuer la promotion du programme de DEP pour devenir préposé aux bénéficiaires, d’offrir cette formation à temps partiel et d’améliorer les conditions d’exercice. Le CIUSSS a plutôt décidé de diminuer la qualité de formation du personnel. Quelles seront les conséquences sur la qualité des soins ? » déplorait Louise Chabot, présidente de la CSQ, dans un communiqué de presse du 6 avril 2017.

Finalement, le 12 septembre dernier, Radio-Canada apprenait que le CIUSSS suspendait la formation accélérée. Son président-directeur général adjoint, Guy Thibodeau, affirmait qu’une formation plus approfondie correspondait mieux aux exigences du métier. Toutefois, le choix d’abandonner le programme tenait aussi au manque de candidats. Ces conclusions font écho aux propos que tenait Ann Gingras, présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CSN) sur les ondes de la radio CKIA le 13 avril dernier : « Ce n’est pas seulement la question de la pénurie, toujours faut-il être capable d’avoir une certaine capacité de rétention. Les gens ont des surcharges de travail, et le fardeau de tâches est assez lourd. Dans le milieu de la santé, il faut être capable de travailler sur l’attraction et faire en sorte que les gens aient envie de poursuivre leur carrière dans le réseau. »

Selon Louise Chabot, « cette vision à court terme ne répond pas aux besoins des individus ni à celui de la main-d’oeuvre… Le Québec n’a pas les moyens de ce type de raccourci ».