Le nombre de décès causés par les opioïdes revu à la hausse

Des femmes rendent hommage aux gens qui sont morts d'une surdose, à Vancouver, le 31 août.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Des femmes rendent hommage aux gens qui sont morts d'une surdose, à Vancouver, le 31 août.

Huit Canadiens sont morts chaque jour en 2016 d’une surdose liée aux opioïdes et 3000 en mourront cette année, selon des projections révisées à la hausse dévoilées jeudi par Santé Canada, qui prédit que la « crise des opioïdes » qui secoue le pays ira en « s’aggravant ».

La mise à jour des données compilées récemment par plusieurs provinces et territoires confirme que le portrait des morts tragiques causées par la surconsommation d’opioïdes est pire que ce qu’avait laissé entrevoir le portrait tracé en juin dernier par la ministre fédérale de la Santé de l’époque, Jane Philpot.

Au cours des trois premiers mois de 2017, 602 Canadiens ont perdu la vie à la suite d’une surdose d’opioïdes et le nombre de cas où le fentanyl serait en cause a doublé, indiquent des données préliminaires.

« C’est une crise nationale dont les répercussions varient d’une région à l’autre à l’échelle du pays. […] Il n’existe pas de solution unique pour remédier à cette crise », a indiqué jeudi matin Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada et coprésidente du comité consultatif spécial sur l’épidémie de surdoses d’opioïdes, créé par le gouvernement fédéral.

En plus, des données provinciales compilées par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) révèlent qu’entre avril 2016 et mars 2017, pas moins de 16 Canadiens ont été admis chaque jour dans des hôpitaux du pays en raison d’une intoxication aux opioïdes, en cause dans 5600 hospitalisations. Une hausse de 20 % par rapport à ce qui avait été observé il y a deux ans et de 50 % comparativement à il y a 10 ans, selon le rapport de l’ICIS.

Dix admissions par jour

Au Québec, les surdoses liées à ces substances ont entraîné un taux de 9,4 admissions par jour en 2015-2016 dans les hôpitaux, alors qu’au Nouveau-Brunswick, ce taux a atteint 17,8 cas par jour en 2016-2017. En Alberta, le nombre de visites aux urgences a doublé, alors qu’il a bondi de 40 % en Ontario, selon l’ICIS.

Les hôpitaux rapportent que les intoxications touchent davantage les patients de 45 à 64 ans, mais celles observées chez les jeunes sont en hausse constante. Par contre, les données hospitalières ne distinguent pas la proportion des surdoses attribuables aux opioïdes prescrits et celle des surdoses liées aux drogues illicites. Ce portrait, incomplet pour certaines provinces, n’inclut pas les victimes qui n’ont pas été hospitalisées après leur admission à l’urgence, ni celles décédées avant leur arrivée à l’hôpital.

« Ces données viennent compléter les statistiques, qui sont plus que des chiffres. […] Elles cachent l’histoire de Canadiens qui en souffrent », a fait valoir Michael Gaucher, directeur des services d’information sur les produits pharmaceutiques et la main-d’oeuvre de la santé.

Portrait révisé

Ces nouvelles données amènent Santé Canada à revoir à la hausse l’ampleur de la crise observée en 2016. Les décès rapportés s’élèveraient à 2816, plutôt que les 2458 déjà annoncés. Pas moins de 1564 d’entre eux seraient survenus dans les seules provinces de la Colombie-Britannique (978) et de l’Alberta (586).

Bien que certaines provinces soient plus touchées, le comité consultatif précise que le phénomène touche l’ensemble du pays et que la crise revêt un visage différent selon les régions et les groupes d’âge.

Selon le Dr Robert Strang, médecin hygiéniste en chef de la Nouvelle-Écosse et coprésident du comité de crise sur l’épidémie de surdoses d’opioïdes, pas moins de 73 % des victimes de surdose sont des hommes, une proportion qui atteint 77 % dans l’ouest du pays, mais seulement 60 % dans les provinces atlantiques. Les surdoses frappent dans une plus forte proportion les hommes de 30 à 39 ans, et culminent en Saskatchewan où 42 % des intoxications se trouvent dans cette catégorie d’âge.

Dans 84 % des décès répertoriés, d’autres substances avaient aussi été consommées. « Cette crise ne concerne pas que les opioïdes, mais une variété de substances ajoutant à la complexité de la gestion de cette crise », a soutenu le Dr Tam.

« Nous faisons face à une double crise, celle engendrée par les morts dues aux drogues prescrites et celles dues aux drogues de rue », a précisé le Dr Strang, qui affirme qu’il faudra être très prudent dans la révision des règlements concernant la prescription d’opioïdes, pour ne pas engendrer de sevrage chez les utilisateurs de drogues prescrites et favoriser dans la foulée le recours aux drogues illicites. « On ne doit pas créer plus de dommages que de bien », dit-il.

Par ailleurs, deux nouveaux cas de surdose à l’héroïne ont été rapportés mercredi par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). On ignore si la drogue, apparemment achetée au parc Émilie-Gamelin, contenait du fentanyl. L’administration de naloxone a permis d’éviter le pire. Le SPVM a aussi procédé jeudi à l’arrestation de cinq individus suspectés d’appartenir au réseau de trafiquants à l’origine du décès par surdose de deux frères, retrouvés morts dans leur voiture à Montréal le 25 août dernier.