Les délais ne sont toujours pas respectés en chirurgie oncologique

L’attente a été particulièrement longue à Montréal, dans les Laurentides et en Estrie, où les gens ont été opérés hors délais dans respectivement 48 %, 42 % et 40 % des cas.
Photo: iStock L’attente a été particulièrement longue à Montréal, dans les Laurentides et en Estrie, où les gens ont été opérés hors délais dans respectivement 48 %, 42 % et 40 % des cas.

Malgré une légère amélioration, les personnes atteintes d’un cancer doivent encore attendre trop longtemps avant de se faire opérer au Québec. Seulement 63 % des chirurgies en oncologie se font dans un délai de quatre semaines, loin de la cible gouvernementale de 90 %.

Entre avril 2016 et 2017, 41 402 patients ont été opérés au Québec pour traiter un cancer. Parmi eux, 27 % ont dû attendre entre un et deux mois, et 10 % ont dû patienter plus de deux mois.

L’attente a été particulièrement longue à Montréal, dans les Laurentides et en Estrie, où les gens ont été opérés hors délais dans respectivement 48 %, 42 % et 40 % des cas.

D’après le Conseil pour la protection des malades, c’est tout simplement inacceptable. « Que dire des patientes atteintes d’un cancer du sein, pour lesquelles un délai maximum de 14 jours est requis pour l’intervention médicale spécialisée, dénonce son président Paul G. Brunet. La rémunération des médecins spécialistes n’a pourtant jamais coûté aussi cher. »


Le cas de Montréal, dit-il, est particulièrement alarmant. « Ce sont près de 4 patients sur 10 qui ne sont pas opérés dans le délai ciblé de 28 jours. C’est énorme. Mais même un seul patient qui n’est pas opéré dans le délai ciblé en est un de trop. »

La situation s’est quand même légèrement améliorée depuis l’an dernier, la proportion de patients opérés dans les temps étant passés de 61 % à 63 %. Au ministère de la Santé, on ajoute que les gens sont moins nombreux à attendre plus de deux mois. « L’an passé, à la fin mai, c’était 13,3 % des cas en attente d’une chirurgie oncologique qui attendaient depuis 57 jours et plus, alors que cette année c’était 8,1 % », a signalé la porte-parole Marie-Claude Lacasse.

Les « efforts doivent se poursuivre », ajoute-t-elle, mais il faut aussi tenir compte du fait « certains cancers ont une évolution lente ou quasi nulle » (certains cancers de la prostate par exemple) et « ne nécessitent pas nécessairement une intervention urgente ».

Dans son plan stratégique 2015-2020, le ministère de la Santé s’était donné pour objectif d’opérer au moins 90 % des patients traités pour un cancer dans un délai de 28 jours, et qu’aucun patient n’ait à attendre plus de 56 jours.

Pire au CUSM

Les données du ministère révèlent par ailleurs que dans la région de Montréal, l’attente est plus longue qu’ailleurs dans certains établissements du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). C’est le cas particulièrement à l’hôpital de Lachine, où seulement un patient sur trois est opéré dans les temps depuis avril et où l’attente moyenne est de 43 jours.

Au CUSM, on dit prendre la chose au sérieux. « On est très conscients de notre liste d’attente. On travaille de façon intensive pour réduire les délais », explique Vanessa Dahma, coordonnatrice des communications. Elle ajoute que les personnes en attente n’ont pas nécessairement besoin d’une intervention rapide.

« Au CUSM, on a une approche de continuum de soins, dit-elle. Pour un patient qui commence en chimiothérapie, par exemple, on va déjà le placer sur la liste d’attente de chirurgie oncologique même si, au final, il n’en aura peut-être pas besoin après son traitement de chimio. Ça fait partie des raisons pour lesquelles nos chiffres sont si élevés. »


Ce facteur entre toutefois en ligne de compte pour tous les établissements du CUSM et ne permet pas d’expliquer les délais particulièrement longs observés à l’hôpital de Lachine, ou encore à l’hôpital Royal-Victoria.

La porte-parole concède enfin que l’approche de « continuum de soins » ne permet pas à elle seule d’expliquer les plus longs délais.

À l’échelle de tout le Québec, la seule région qui respecte les cibles gouvernementales est le Nord-du-Québec, où seulement six patients ont eu besoin d’une chirurgie oncologique l’an dernier. L’Abitibi-Témiscamingue, la Gaspésie et les îles de la Madeleine, la Côte-Nord et le Saguenay–Lac-Saint-Jean suivent, avec entre 79 et 85 % des patients opérés en 28 jours et moins.

La situation s’est quand même améliorée à Montréal et en Estrie par rapport à 2015, avec des augmentations de 3 et 4 % du nombre de patients traités dans les temps.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 29 juillet 2017 08 h 07

    C'est à n'y rien comprendre!

    C'est à Montréal, Québec et Sherbrooke que sont situées les facultés de médecine, que sont les hôpitaux les plus grands et les plus réputés, ce sont les régions les plus dynamiques économiquement et, paradoxalement, c'est là que les patients sont les plus mal servis! Médecins, infirmières, techniciens, administrateurs, expliquez-moi!

    • Yvon Bureau - Abonné 29 juillet 2017 16 h 32

      Comme disait Pierre Bourgault, quand on ne peut compprendre, regardons simplement du côté de l'argent$$$.