Commotions cérébrales: Québec prône la prudence

Dans 20 % des cas, les victimes de commotion n’affichent pas de symptômes visibles dans les 48 heures suivant un choc à la tête.
Photo: iStock Dans 20 % des cas, les victimes de commotion n’affichent pas de symptômes visibles dans les 48 heures suivant un choc à la tête.

Dans l’espoir que de moins en moins de jeunes victimes de commotions cérébrales glissent entre les mailles du filet, Québec vient d’adopter un mode de prise en charge des enfants blessés à la tête, ciblant les milieux scolaires, sportifs et tous ceux susceptibles de se retrouver responsables de mineurs.

Cette procédure, qui dicte la marche à suivre en cas d’impact crânien, est la suite donnée par les ministères de l’Éducation, du Loisir et du Sport, de la Santé et de la Famille aux principales recommandations d’un groupe de travail sur les commotions cérébrales déposées en décembre 2015.

Une panoplie de mesures avait alors été avancée pour réduire l’incidence et les conséquences de ce type de traumatismes, encore sous-diagnostiqués chez les jeunes au Québec.

La mesure vise à pallier la principale lacune observée dans le dépistage des commotions, à savoir le manque de communication entre les divers milieux intervenant auprès d’un enfant victime d’une blessure à la tête.

« Ce qui fait le plus défaut, c’est la communication entre les acteurs concernés, que ce soit les parents, le médecin traitant, les milieux scolaires ou les entraîneurs sportifs. Si l’information ne circule pas, il est difficile d’apporter les bons soins aux bons moments », a fait valoir vendredi Dave Ellemberg, professeur de kinésiologie à l’Université de Montréal et directeur de l’Institut des commotions cérébrales.

Éviter le sous-diagnostic

Le protocole prévoit la désignation d’une personne responsable, dans tous les milieux de vie des enfants (écoles, garderies, milieux sportifs ou tout autre loisir), de déterminer et de surveiller la présence de symptômes de commotions cérébrales en cas d’accident. Cette personne clé devra aussi rapporter les incidents et s’assurer d’une prise en charge médicale immédiate en cas de symptômes, et même d’un retrait préventif de 24 à 48 heures, en cas de doute.

Même si ce protocole n’a pas force de loi, le professeur Ellemberg croit qu’il aidera grandement les milieux scolaires et sportifs à déterminer si un élève est à risque de telles blessures, et si son état requiert des soins médicaux.

« Ce qui est parfois difficile, c’est de faire les liens avec les professeurs qui étaient responsables lors d’un accident survenu à l’école. Ce guide va certainement aider à arrimer les actions entre les milieux médicaux et scolaires », affirme Stéphane Cayer, physiothérapeute à Rimouski, spécialisé dans le traitement interdisciplinaire des commotions cérébrales.

Diagnostic difficile

Dans 20 % des cas, les victimes de commotion n’affichent pas de symptômes visibles dans les 48 heures suivant un choc à la tête. Québec joue donc de prudence en prônant un « retrait préventif » de cette durée. Dès l’observation d’un impact à la tête, les jeunes devront être retirés du jeu pour deux jours.

Une « fiche de suivi » devra aussi être remplie par les intervenants scolaires et sportifs, les enseignants, les parents et les médecins. On veut ainsi s’assurer que tous les milieux sont mieux informés du traitement et des restrictions imposées aux enfants victimes de ce type de blessures pour éviter des séquelles.

Ce protocole sera suivi dès l’automne prochain d’une vaste campagne de sensibilisation publique sur les commotions cérébrales ciblant autant les parents que les milieux scolaires et sportifs.

Bien entendu, ce guide standardisé ne changera pas l’incidence des commotions cérébrales du jour au lendemain. Une réalité qui, selon certaines études, toucherait jusqu’au tiers des enfants participant à des activités sportives.

« Il y a une culture du sport qui reste à changer, notamment dans certaines fédérations sportives qui ne se sentent pas du tout concernées », affirme Dave Ellemberg.