Péter les plombs, ça se soigne

Face à un conjoint explosif, la psychologue Pascale Roux propose d’amener l'autre à réaliser son comportement, à nommer sa colère, et non pas de le disqualifier. 
Photo: iStock Face à un conjoint explosif, la psychologue Pascale Roux propose d’amener l'autre à réaliser son comportement, à nommer sa colère, et non pas de le disqualifier. 

Ils sont comme des volcans, prêts à exploser à tout moment. À cause d’eux, vous marchez constamment sur des oeufs. Pourtant, on ne naît pas colérique, et supporter des « pétages de plombs » n’est pas une fatalité.

Péter une durite, les plombs, ou un câble. La colère est une émotion parmi d’autres, qui permet de se positionner. Cela est totalement normal. Par contre, partir en vrille pour un oui ou pour un non constitue une tyrannie pour l’entourage.

« J’ai la réputation de m’énerver facilement, concède Dominique*. Ça monte très rapidement si je sens qu’on dépasse mes limites. Adolescent, je pétais les plombs contre des gens dans la rue. » Même si elle dit s’être calmée avec le temps, cette quadragénaire avoue qu’elle a récemment hurlé sur son lieu de travail (« tout le monde était figé sur place »), et admet que son compagnon se retrouve régulièrement face à un volcan. Le déclencheur ayant par exemple la forme d’une chaussette qui traîne, alors que la cause se situe évidemment ailleurs. « Généralement, ça redescend comme un soufflé, et je regrette souvent de ne pas avoir su gérer autrement. »

Pas simple pour la personne qui subit, parfois quotidiennement, ces pics de colère. Comme Cristina*, qui a passé son enfance à craindre de déclencher les crises de fureur de son père. « Il criait, tapait sur la table, claquait la porte », dans l’incompréhension totale de ses enfants. Elle se sentait « coupable de ne pas pouvoir résoudre la situation ». Elle a encore aujourd’hui une grande indulgence envers lui, et envers « tous les gens qui sont comme ça. Ce n’est pas de leur faute ! Ça ne part pas d’un mauvais sentiment ».

Pour une bonne raison

Pascale Roux, coach et psychologue pour adolescents et adultes, rappelle en effet que la colère monte toujours pour une bonne raison. Du moins, du point de vue de celui qui pique la mouche. « Elle permet de dire qu’une règle du jeu n’est pas respectée. Grâce à elle, on pose ses limites. Mais si elle n’est pas canalisée, on l’associe souvent à la violence. »

Et la psychologue de rappeler que l’on ne naît pas colérique. « Ce n’est pas un trait de caractère. Ce sont des habitudes de fonctionnement, et le cerveau fonctionne par habitudes. Le mécanisme s’installe souvent dans la petite enfance. Les gens pensent que cela fait partie de leur caractère. Mais ce n’est pas irréversible ! Ils sont avant tout en souffrance, et doivent se faire aider. » Selon elle, ils restent colériques quand leur colère n’est pas comprise.

 

La tyrannie des colériques

Les « pétages » de plombs réguliers sont alors insupportables pour l’entourage. Cela devient même une forme de tyrannie, dès le moment où la personne maintient qu’elle est « comme ça » et qu’il faut « faire avec ». Conséquence : les gens qui sont à leurs côtés passent leur vie à marcher sur des oeufs, et les rapports sont faussés. « Cela abîme le lien, et les autres s’éloignent », constate Pascale Roux.

Lise*, compagne d’un colérique, dit se sentir bridée, sur ses gardes, impuissante, et de moins en moins spontanée. « Quand il part en vrille, c’est trop tard et le dialogue est impossible. Je me retrouve en position de victime, puisque lui a cette posture qui dit qu’il ne peut pas se maîtriser. Je suis donc censée m’adapter à son état psychologique. À la longue, cela détériore l’image que j’ai de lui. »

Que faire face à un conjoint explosif ? « Sur le moment, je préconise le “courage, fuyons” en attendant le retour au calme. Il faut poser ses limites, se préserver, et accepter que la relation puisse s’arrêter. Car subir ces colères est un énorme stress, et une forme de soumission. Et attention, nous ne parlons pas de la violence physique, qui est évidemment inacceptable. »

Amener l’autre à nommer sa colère

Plus stratégiquement, la psychologue propose d’amener l’autre à réaliser son comportement, à nommer sa colère, et non pas de le disqualifier. « La personne déchaînée doit revenir là-dessus, et s’excuser. Le problème, c’est la notion de déresponsabilisation. » Aucune raison, donc, de laisser sa relation se noyer dans une soupe au lait…

* Prénoms d’emprunt