À Montréal, le corps médical continue de résister à l'aide à mourir

Il s’est réalisé au total 57 procédures d’aide à mourir durant les six derniers mois de 2016 dans les huit CIUSSS, CISSS et centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal.
Photo: Getty Images Il s’est réalisé au total 57 procédures d’aide à mourir durant les six derniers mois de 2016 dans les huit CIUSSS, CISSS et centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal.

Même si les demandes d’aide à mourir ont bondi depuis six mois au Québec, le pourcentage de refus est à la hausse et l’accès à ce soin de fin de vie reste toujours plus ardu dans la région de Montréal, et plus particulièrement dans les hôpitaux universitaires.

Un examen des derniers rapports déposés sur l’aide à mourir par les établissements de santé pour la seconde partie de l’année 2016 démontre notamment que moins de patients ont pu recevoir l’aide à mourir dans la totalité des hôpitaux de Montréal que dans la région « 450 », et nettement moins que dans la région de Québec, toutes proportions gardées.

En fin de compte, il s’est réalisé au total 57 procédures d’aide à mourir durant les six derniers mois de 2016 dans les huit CIUSSS, CISSS et centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal, comparativement à 75 dans les régions de la Montérégie et de Laval combinées. Hormis au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, où ont été réalisées près de 40 % (22) des demandes d’aide à mourir sur l’île de Montréal, cette option demeure accessible au compte-gouttes, notamment au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île, et au CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui affichent les plus faibles nombres d’aides à mourir autorisées en région urbaine.

« Ça reste très, très fermé, notamment dans la région ouest de Montréal et dans les hôpitaux universitaires, où il y a de très fortes poches de résistance. Et là, on parle des demandes officielles, mais il y a aussi des gens qui se font décourager avant même de le demander officiellement », affirme Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit des patients.

[...] Il y a aussi des gens qui se font décourager avant même de le demander officiellement

 

Au CUSM, sur onze demandes d’aide à mourir formulées en six mois, seulement six ont été administrées, quatre ont suivi leurs cours au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île (dont trois à domicile, hors de l’hôpital) et seulement trois au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île. Au CIUSSS Nord-de-l’Île, qui regroupe plusieurs hôpitaux, dont Sacré-Coeur, Jean-Talon et Fleury, seulement trois demandes ont été acceptées et six n’ont pas eu de suites. Le porte-parole de ce centre de santé, Hugo Larouche, a affirmé que l’accès à des médecins n’était pas en cause dans ce faible nombre, et que les cas de refus s’expliquaient d’abord par le décès des patients en cours d’évaluation.

Des résistances

L’été dernier, Le Devoir avait révélé que le CUSM avait adopté illégalement une politique sur les soins de fin de vie excluant d’emblée que l’aide à mourir soit administrée dans son unité de soins palliatifs. Interrogée mardi sur le nombre toujours peu élevé de demandes autorisées, la porte-parole du CUSM, Vanessa Damha, a souligné que cette politique avait été revue depuis et que l’aide à mourir « était désormais accessible dans toutes les unités du centre universitaire ». Pourtant, le portrait n’a guère changé.

Seul le CHUM, qui a accédé à la demande de quinze patients, comparativement à six lors des six premiers mois d’application de la loi, semble avoir sensiblement amélioré l’accès à ce nouveau soin prévu par la loi.

Selon le Dr Michel Boivin, président du Groupe interdisciplinaire de soutien (GIS) du CHUM, un comité destiné à faciliter l’implantation de la loi sur l’aide à mourir dans les établissements, « la collaboration de l’unité de soins palliatifs [du CHUM] est désormais acquise et l’aide à mourir se fait dans toutes les unités où sont traités les patients ».

Ce dernier dit pouvoir désormais compter sur une équipe d’une quinzaine de médecins du CHUM pour collaborer à l’évaluation des patients désirant l’aide à mourir. Mais ce n’est pas suffisant, assure-t-il. « Il faut sensibiliser plus de médecins qui n’ont pas été formés pour ça, car la société évolue et cela va faire de plus en plus partie de la pratique », estime ce gastro-entérologue, qui dit avoir lui-même beaucoup appris au cours de la dernière année en procédant à l’évaluation des demandes de plus d’une douzaine de patients.

« Je suis très surpris du degré de réflexion des patients sur ce sujet. Souvent, le patient est très serein et convaincu de cette décision, mais ça reste difficile pour les familles [avant la procédure]. Mais finalement, il y a au bout du compte un très grand soulagement et un très grand respect qui se dégage de cela pour les proches », dit-il.

Un accès facilité dans certaines régions

Tout compte fait, la décision des malades en fin de vie qui souhaitent obtenir l’aide à mourir semble beaucoup plus aisée pour les patients résidant dans les régions de la Capitale-Nationale (68 demandes autorisées au total au CHU, au CIUSSS de la Capitale-Nationale, à l’Institut de cardiologie de Québec), de la Mauricie et du Centre-du-Québec (14), des Laurentides (13), de Lanaudière (22) et de Chaudière-Appalaches (14). Le nombre de demandes d’aide à mourir a d’ailleurs plus que doublé en six mois dans cette dernière région et dans l’ouest de la Montérégie.

Des refus plus nombreux

Par ailleurs, même si le nombre de demandes d’aide à mourir a bondi, le taux de refus est passé de 33 % à près de 37 %. En effet, le taux de demandes refusées ou non administrées parce que la mort du patient ou sa condition l’a rendu inapte à donner son consentement avant de recevoir ce soin de fin de vie est en progression. Les établissements qui présentent les plus forts taux de demandes « non administrées » sont le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean (66 %), de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal (71 %), du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal (57 %), du Nord-de-l’Île (66 %), alors que les CISSS de l’Estrie (25 %), de la Capitale-Nationale (20 %) et les CIUSSS de la Montégérie Est, Centre et Ouest (17 %, 14 %, 11 %) affichent les plus faibles taux de refus.

9 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 15 mars 2017 07 h 00

    Un étrange silence


    Mais qu'en est-il des soins palliatifs? Sont-ils aussi accessibles en vertu de la loi? Étrangement, on parle peu de ces soins dans les médias; on parle surtout de l'aide à mourir. Pourquoi?

    M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 mars 2017 10 h 08

      Parce que c'est nouveau.

    • Michel Lebel - Abonné 15 mars 2017 11 h 34


      @ Sylvain Auclair,

      Votre réponse est assez courte! Le sujet est fort complexe et délicat, j'en conviens. Mais je crois qu'il y a beaucoup de pensée convenue ou unique quant à l'aidé médicale à mourir. Les médias, la pensée dominante favorisent la mort rapide et disent non aux soins palliatifs. L'idéologie ici règne!

      Et surtout personne ne veut entendre parler de quelconque souffrance, ce dernier mot est tabou. Même si la souffrance morale et physique fait partie de la vie, de toute vie. Mais je comprends bien les objections à mon propos, c'est tout à fait normal. Mais la vie demeurera toujours la vie, avec tout ce qu'elle comporte, de drôle et de moins drôle...

      M.L.

  • Yvon Bureau - Abonné 15 mars 2017 07 h 10

    De la maltraitance?

    À Montréal, sommes-nous en présence de maltraitance de personnes en fin de vie?

    Sûrement en absence de bientraitance pour toutes les pesonnes en fin de vie.

    Nécessité d'une enquête? Que fait et dit notre Commission sur les soins de fin de vie?

    Honorons mieux, à Montréeal, les personnes vivantes en fin de vie, éclairées et libres, avec tous leurs droits.

    Qui sont les leaders/penseurs de cette résistance ?

    Question. Accorder au compte-gouttes ce soin, est-ce de la maltraitance?

  • Christian Labrie - Abonné 15 mars 2017 07 h 33

    Montréal n'est pas comme le reste du Québec

    Il est bien connu que Montréal n'est pas comme le reste du Québec par sa proportion de citoyens anglophones et allophones. L'acceptabilité de l'aide médicale à mourrir n'est pas la même selon les communautés culturelles. C'était du moins le cas sur la question de l'acharnement thérapeutique, je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour l'aide médicale à mourrir. Cela veut dire qu'un patient d'une communauté serait moins porté à demander cette mesure qu'un québécois d'origine française. Il est probable aussi que cela influence les équipes de soins du réseau de santé de l'ouest de l'Ile. S'attendre à ce que la proportion de demande soit la même partout est une vue de l'esprit. Surtout à Montréal.

  • Yvon Bureau - Abonné 15 mars 2017 09 h 42

    Pour mieux comprendre

    Il faut lire, relire et méditer le texte audacieux et clair du Dr Alain Naud «Que les médecins respectent le choix des mourants».

  • Gérard Raymond - Abonné 15 mars 2017 09 h 47

    Ma vie m'appartient

    Je suis âgé de 76 ans et en bonne santé et, à longueur d’année, j’ai des activités physiques (marche, pétanque, golf) durant quelques heures, plusieurs fois par semaine ; j’ai une famille et des ami-e-s avec qui j’ai de bons et constants rapports. Bref, je mène une vie agréable, que je crois pouvoir mener ainsi plusieurs années encore.

    Je n’ai pas la prétention de savoir si quelque dieu existe ou pas. Je sais faire la distinction entre le bien et le mal et je me suis toute ma vie efforcé d’être correct avec les gens de mon entourage (famille, ami-e-s, employé-e-s, fournisseurs, adversaires de jeux, etc.), et je crois que le moment de ma mort ne doit pas être déterminé par quelque ancien ou nouveau curé (médecin ou officier de justice). Bref, ma vie n’appartient qu’à moi et je veux être le seul à pouvoir juger du moment d’y mettre fin, cela même par anticipation.

    Ainsi, il y a quelques années, j’ai complété un testament de fin de vie, dont tous les membres de ma famille et les proches ami-e-s ont un exemplaire dans lequel il leur est demandé de me prêter assistance pour y mettre fin dès que ma santé mentale ou physique aura déclinée de façon évidente, m’en remettant en toute confiance à leur seul jugement, surtout si je suis inconscient de mon réel état de santé.

    Le problème, c’est que la loi existante, tenant aux bondieuseries des nouveaux curés, l’emporte sur le choix éclairé et librement consenti d’un individu, cela même s’il est appuyé par les siens, comme on vient de le voir lors de cet événement récemment médiatisé selon lequel un homme aurait tué sa femme par compassion.

    Faudra-t-il, le moment de ma mort venu ou choisi à ma propre initiative, si j’en ai la capacité, ou à celles de mes proches, que j’aille ou que l’on m’amène en Suisse ou en Hollande, là où on pratique librement le suicide assisté, pour sortir de la prison dans laquelle les lois québécoises confinent dans l’état actuel des choses ?

    • Céline Delorme - Abonnée 15 mars 2017 12 h 31

      Directives anticipées.
      Monsieur Raymond a raison, actuellement, la loi ne permet pas de directives anticipées pour la fin de vie. La personne doit être bien lucide le jour de sa demande et le jour ou on applique la demande.

      Cependant pour ceux qui le désirent, on peut écrire un refus de traitement par avance, en avisant tous les membres de la famille (très important) et on doit être très précis: "la perte des facultés" n'est pas précis"
      Par exemple: Si je suis inconscient , ou atteint de démence et que je ne reconnais plus mes enfants, je demande d'avoir les soins de confort seulement et de cesser tous les soins qui visent à prolonger la vie. Pas d'antibiotiques en cas d'infection, pas de chirurgie, pas d'alimentation par soluté et aucun soin autre que pour le confort.
      On peut se faire aider par un notaire ou son médecin.
      Les proches doivent être au courant pour éviter des conflits de famille auprès du malade.

      Cependant les lois peuvent changer: on peut aussi écrire qu'on demande la fin de vie, dans ces circonstances, mais les médecins n'ont pas le droit de l'appliquer actuellement.

    • Yvon Bureau - Abonné 15 mars 2017 15 h 56

      On peut demander à RAMQ/Régistre pour les directives médicales anticipées :
      http://www.ramq.gouv.qc.ca/fr/citoyens/assurance-m

      ou s'informer sur www.vosdroitsensante.com

      Quant à placer une demande anticipée d'aide médicale à mourir, le ministère fédérale de la Justice fait étudier cette proposition par un Comité, avec réponse d'ici décembre prochain.

      Espérons que notre Commission sur les soins de fin de vie étudiera au + tôt cette option. Urgence.

      Important : cela aidera à diminuer le nombre des suicides et des aides au suicide et des «meurtres par compassion».

      Entre temps, écrivons nos directives anticipées. Des copies à notre médecins et à nos proches et à notre mandataire. Et re-signons-les régulièrement.
      Une dame a signé son testament biologique pendant 20 ans, à chaque année. Quelle valeur avait ce document !!!