Traiter et prévenir l’obésité chez les jeunes

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
«Ce qui se passe à la maison joue un rôle important, affirme Tracie Barnett, professeure à l’Institut national de recherche scientifique-Institut Armand-Frappier et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Si les parents sont eux-mêmes sédentaires, cela peut accroître le nombre d’heures que leurs enfants passent devant les écrans.»
Photo: iStock «Ce qui se passe à la maison joue un rôle important, affirme Tracie Barnett, professeure à l’Institut national de recherche scientifique-Institut Armand-Frappier et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Si les parents sont eux-mêmes sédentaires, cela peut accroître le nombre d’heures que leurs enfants passent devant les écrans.»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’attrait des écrans de tous genres (ex. : télévision, téléphone intelligent, ordinateur) a accru la sédentarité chez les jeunes. L’un des effets les plus sérieux de cela est la hausse de l’obésité juvénile. Des chercheuses dans le réseau de l’Université du Québec étudient le phénomène et proposent des pistes de solution à ce grave problème de santé publique.

« Ce qui se passe à la maison joue un rôle important, affirme Tracie Barnett, professeure à l’Institut national de recherche scientifique-Institut Armand-Frappier et chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Si les parents sont eux-mêmes sédentaires, cela peut accroître le nombre d’heures que leurs enfants passent devant les écrans, accroître ainsi la sédentarité et, par conséquent, jouer dehors devient moins attrayant. »

Les aménagements urbains en cause

Mme Barnett a toutefois constaté que les aménagements urbains jouent aussi un rôle important. « Lorsqu’une ville est aménagée de façon à encourager les transports actifs, cela favorise l’activité physique. À ce sujet, trois facteurs jouent un rôle déterminant : la marchabilité [c’est-à-dire la présence d’aménagements favorables aux déplacements à pied], les mesures d’apaisement de la circulation [ex. : dos d’âne, saillies au coin des rues] et le volume et la densité de la circulation automobile. Si le milieu de vie se trouve dans un endroit où la densité de trafic est élevée [par exemple, près d’une autoroute], cela peut être perçu comme étant moins sécuritaire et donc les gens seront moins disposés à effectuer des déplacements actifs. »

Cherchant à mieux comprendre l’histoire naturelle du développement de l’obésité chez les enfants et les adolescents, Mme Barnett suit plus de 600 jeunes provenant en grande partie de la région métropolitaine de Montréal. « Nous avons déjà amassé des données sur les habitudes de vie de ces jeunes et nous referons des mesures dans quelques années. Nous verrons alors si les aménagements construits notamment dans les quartiers centraux de Montréal [ex. : bandes cyclables, saillies, élargissements de trottoirs] ont contribué à modifier les habitudes de déplacement de nos jeunes. »

Le nerf de la guerre, la nutrition et l’activité physique

Patricia Blackburn, professeure et responsable des programmes d’études en kinésiologie à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), s’intéresse aussi à l’obésité juvénile. En collaboration avec d’autres chercheurs, elle a réalisé une étude auprès de 33 jeunes obèses (moitié filles et moitié garçons), dont les résultats sont bientôt publiés dans une revue scientifique. « Nous avons conçu un programme d’activité physique comprenant des activités sportives de groupe, des exercices cardiovasculaires et des ateliers de nutrition. Les jeunes devaient participer à ces activités durant 16 semaines. Ils étaient suivis par une panoplie de spécialistes : psychologue, nutritionniste, travailleur social, médecin et kinésiologue. Nous avons évalué le groupe quatre et huit mois plus tard. Après quatre mois, les jeunes avaient réduit de deux centimètres en moyenne leur circonférence de taille [qui était de 100 cm et plus], et de près d’une unité leur indice de masse corporelle [IMC], passant de 33,6 à 32,7. » L’IMC est le rapport entre le poids et la taille d’une personne. Il permet d’établir le poids santé d’une personne, qui devrait se situer entre 18,5 et 25.

Après quatre mois, le niveau de bon cholestérol s’était aussi accru, le risque associé à la maladie cardiovasculaire avait diminué, le bilan lipidique s’était amélioré et, parmi les jeunes qui ont poursuivi le programme jusqu’à la fin (quatre ont abandonné en cours de route), tous avaient amélioré leur condition physique. L’évaluation après huit mois a toutefois été décevante. « Les jeunes avaient tous retrouvé leurs valeurs initiales puisqu’ils n’ont pas pu conserver les bonnes habitudes qu’ils avaient acquises », dit Mme Blackburn qui croit qu’un suivi beaucoup plus long (sur un an, par exemple) devrait être fait pour obtenir des résultats plus probants.

Agir en prévention

Mme Blackburn croit aussi beaucoup à la prévention. C’est la raison pour laquelle elle a lancé une étude avec une quarantaine de jeunes de l’école Le Tandem, à Jonquière, qui ne sont pas en surpoids, mais qui sont tous sédentaires. « Les jeunes ont un atelier culinaire une fois par semaine et doivent participer à une activité sportive à un autre moment dans la semaine. Pour les motiver, on leur fixe un défi de nutrition [ex. : manger un nouveau légume] et un défi sportif. Les parents sont invités à s’impliquer. Les résultats de la première cohorte qui s’est déroulée d’octobre à mai 2016 montrent qu’il y a eu une hausse d’intérêt pour l’activité physique et la saine alimentation, bien qu’il n’y ait pas eu de changements au chapitre du poids et de la circonférence de taille. L’étude se poursuit en ce moment avec la deuxième cohorte. »

Des universités très présentes en santé

Ces deux études ne sont qu’un minime échantillon de l’implication du réseau de l’Université du Québec dans la recherche en santé. « Plus de 250 professeurs-chercheurs du réseau sont actifs en recherche sur tous les aspects reliés à la santé humaine et publient annuellement 7 % de toutes les publications scientifiques québécoises dans le domaine », mentionne Line Sauvageau, vice-présidente à la recherche et à l’enseignement à l’Université du Québec. Elle ajoute que les établissements du réseau de l’Université du Québec forment ensemble le quart de tous les professionnels de la santé au Québec.

Plus de 700 chercheurs mènent aussi des projets de recherche en lien avec la thématique de la santé dans 48 chaires de recherche, une trentaine d’unités de recherche et 26 laboratoires. Certaines unités sont reconnues internationalement, comme le laboratoire de contrôle du dopage, dirigé par la professeure Christiane Ayotte, de l’INRS-Institut Armand-Frappier. Il est le seul laboratoire au Canada accrédité par le Comité international olympique.