La clinique SABSA fait des petits à Montréal

Régine Laurent, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), prenait des mesures de pression sanguine, vendredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Régine Laurent, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), prenait des mesures de pression sanguine, vendredi.

Rue Lapierre, dans Montréal-Nord, les immeubles multilogements en brique beige s’alignent et, derrière les fenêtres identiques, bien trop de personnes âgées, de nouveaux arrivants ou de jeunes se sentent perdus dans le système de santé. Bientôt, un de ces appartements se transformera en clinique de proximité, avec des infirmières, des travailleurs sociaux et, pourquoi pas, même des médecins à l’occasion.

Vendredi, pour concrétiser le projet, l’organisme communautaire Parole d’excluEs avait invité, dans le logement libre face à son local, des professionnelles de la santé pour qu’elles voient des patients. La vraie clinique, qui doit ouvrir au printemps, se trouvera dans un appartement de l’immeuble voisin, qui doit encore être peint et équipé pour l’aventure.

Ce ne sera pas simplement une clinique. Il faut que ce soit un endroit où les gens se sentent respectés, et non pas jugés. Un endroit accessible, inclusif. Ce sera leur maison.


Dans une joyeuse cohue — imaginez des dizaines de personnes dans un petit quatre et demie — Gina Nianda était tout sourire, puisque le projet de clinique de proximité dont elle rêve est sur le point de se concrétiser. « Ce ne sera pas simplement une clinique. Il faut que ce soit un endroit où les gens se sentent respectés, et non pas jugés. Un endroit accessible, inclusif. Ce sera leur maison », dit celle qui s’implique dans le comité citoyen qui porte le projet.
 

Une suite à SABSA

Après avoir permis l’ouverture d’une première clinique de soins infirmiers de proximité à Québec, la clinique SABSA, Régine Laurent n’allait pas s’arrêter là. La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) a répondu à l’appel de Parole d’excluEs. Au point de se retrousser les manches : vendredi, elle prenait des mesures de pression sanguine.

Les immeubles appartiennent à la Société d’habitation populaire de l’est de Montréal, la SHAPEM, qui fournira les locaux gratuitement. L’arrondissement a donné 20 000 $. La FIQ investira aussi. Mais il faudra plus, affirme Régine Laurent.

« On l’a vu à l’émission Enquête hier, on peut utiliser l’argent public pour faire de grosses structures et rendre des médecins multimillionnaires. Là, nous avons une petite structure qui coûte infiniment moins cher et on doit quémander pour ça ! » s’indigne-t-elle.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, Québec, Ottawa… Les citoyens lancent un appel à tous les ordres de gouvernement.

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal se dit « heureux » qu’il y ait de nouveaux services sur son territoire, sans s’avancer sur un possible financement. « Nous sommes ouverts à la collaboration », indique le responsable des communications, Hugo Larouche, qui confirme que des rencontres ont eu lieu entre le CIUSSS et l’équipe de la clinique de proximité. « Aucune demande formelle de financement ne nous a été soumise », ajoute-t-il cependant.

Des soins sans jugement

Une table, deux chaises pliantes, quelques instruments, c’est tout ce qui meuble une chambre transformée en bureau de consultation temporaire. « Votre pression est haute. Prenez-vous des médicaments ? » demande l’inhalothérapeute Marie-Claude Ouellet à un homme qui n’avait aucune idée que sa tension artérielle lui jouait des tours.

Dans le quartier, il y a des enfants qui n’ont jamais eu de suivi médical, a constaté Régine Laurent. Des femmes sont incapables de se rendre à la clinique sans rendez-vous, où il faut faire la file à 6 h 30 du matin, parce qu’elles s’occupent des enfants d’une voisine qui travaille de nuit.

Mais elle ne veut pas répéter l’expérience de la coopérative SABSA, à Québec, qui a failli fermer lorsque le financement de la FIQ est arrivé à terme. Il aura fallu des mois de mobilisation pour convaincre Québec de financer la clinique et éviter que ses centaines de patients soient laissés pour compte.

Cette fois-ci, il faut trouver comment financer la clinique de proximité en amont, martèle Régine Laurent. « On met ça entre les mains des élus. J’attends du concret de leur part ! »

Panorama de Montréal-Nord

Des chercheurs ont dressé un portrait de ce quartier, qui est l’un des plus défavorisés au pays. Le quartier autour de la rue Pelletier est l'un des plus denses de Montréal. La population est composée à 28 % de jeunes de moins de 18 ans, et le revenu moyen se situe à moins de 23 000 $: c’est 13 000 $ de moins que la moyenne montréalaise. Près d’une personne sur deux consacre plus de la moitié de ses revenus au logement.
1 commentaire
  • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 4 février 2017 12 h 13

    Bravo!

    Bravo et merci à vous Régine Laurent et à toutes les personnes qui s'impliquent et se mobilisent pour vrai au nom des gens et de la santé.
    Ginette Masse (infirmière retraitée)