La fin des frais accessoires fait craindre pour la vaccination

Si des cliniques privées abandonnent la vaccination, le système public risque de s’engorger rapidement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si des cliniques privées abandonnent la vaccination, le système public risque de s’engorger rapidement.

Inquiet des impacts de l’abolition des frais accessoires sur la salubrité et l’accessibilité des vaccins, le directeur de la Santé publique de Montréal suivra la situation de près.

« La fin des frais accessoires, nous pensons que c’est une bonne chose. Mais nous serions très mal à l’aise si des gens devaient aller à la pharmacie et garder des vaccins dans leur réfrigérateur, avec des aliments, à une température inconnue », a affirmé le Dr Richard Massé en entrevue avec Le Devoir. Depuis jeudi, les médecins ne peuvent plus facturer de frais aux patients pour la vaccination en cabinet. Dans le cas des vaccins non couverts, comme celui contre le zona, les patients devront se les procurer en pharmacie avant l’administration par leur médecin.

« On doit faire en sorte qu’aucun patient ne transporte de vaccin chez lui. Le vaccin peut tout simplement ne plus être bon, indique le Dr Massé. Ça nous préoccupe, nous cherchons une solution. »

Les vaccins couverts par l’assurance maladie, comme la plupart de ceux donnés aux jeunes enfants, sont fournis gratuitement aux cliniques par la Santé publique. Les cabinets, qui facturaient des sommes de 10 à 20 dollars pour le matériel et le travail de l’infirmière, ne le pourront plus.

Le directeur de la Santé publique s’inquiète des effets sur l’accessibilité. « À Montréal, ce sont la moitié des vaccins qui sont administrés par le secteur privé, indique-t-il. Pour l’instant, nous n’avons pas de grosse clinique qui nous a indiqué qu’elle cesserait la vaccination, mais nous nous attendons à ce que certaines diminuent, voire cessent ce service. Il va y avoir de la pression sur le réseau public. Nous devons voir comment augmenter l’offre publique pour maintenir une bonne couverture vaccinale. »

À la clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, on constate déjà une légère augmentation de l’achalandage de la clinique de vaccination. « Hier, nous avons eu des patients qui n’avaient plus accès à ce service à leur clinique pédiatrique », remarque l’organisateur communautaire Stéphane Defoy. Il déplore que des cliniques aient utilisé la vaccination comme source de profit par le passé.

Pionnière des revendications pour l’abolition des frais accessoires, la clinique communautaire avertit qu’elle ouvrira l’oeil dans les prochaines semaines. « Nous travaillons sur un outil qui va permettre aux gens de dénoncer toute entorse au règlement », explique M. Defoy.

Le Regroupement des comités des usagers (RPCU) demande également au public de lui signaler toute irrégularité afin de les dénoncer auprès de Québec et du Collège des médecins. L’avocat Jean-Pierre Ménard et le réseau FADOQ, qui sont à l’origine d’une poursuite qui a mené Ottawa à exiger de Québec d’abolir les frais accessoires, seront également vigilants. « Nous sommes à l’affût de toute autre stratégie de contournement, affirme Me Ménard. Nous aurons aussi le gouvernement à l’oeil afin qu’il fasse appliquer la loi. »

Entente partielle avec les omnipraticiens

La Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ) a confirmé, jeudi, s’être entendue avec Québec concernant les chirurgies mineures et les vasectomies — une somme de 2 millions qu’elle consent à assumer —, mais les discussions devront se poursuivre sur bien d’autres dossiers reliés aux frais accessoires.

Le litige demeure entier pour ce qui est, par exemple, des résumés de dossiers et billets du médecin pour absence du travail. La FMOQ estime que ses membres ont encore le droit d’exiger des frais aux patients pour ces services, puisqu’ils ne sont pas des services assurés.

Un autre point en litige est celui des prélèvements sanguins effectués dans un cabinet de médecin.

Le docteur Godin estime que, si le ministère permet à une entreprise privée de facturer des prélèvements sanguins effectués pour le patient d’un cabinet médical, il doit permettre à la clinique d’en faire autant.

« Il y a un aspect un peu discriminatoire là-dedans. Pourquoi moi, comme médecin, je ne peux pas employer quelqu’un, offrir un service qui est à un coût raisonnable, que le patient a le choix de prendre ou non, alors que, à la porte d’à côté, n’importe qui pourrait opérer ce genre de service là ? » a critiqué le docteur Godin.

La FMOQ n’écarte pas la possibilité d’intenter un recours concernant le remboursement des prélèvements sanguins dans ce contexte.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 janvier 2017 07 h 09

    Regarde, papa aussi se fait vacciner...


    Très bonne photo pour accompagner un article sur un sujet important.