Les réformes minent la santé mentale du personnel de la santé, dit un sondage

L’APTS a dévoilé les résultats du sondage sur la santé mentale de ses membres dimanche. Au centre, la présidente du syndicat, Carolle Dubé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’APTS a dévoilé les résultats du sondage sur la santé mentale de ses membres dimanche. Au centre, la présidente du syndicat, Carolle Dubé.

La réorganisation du système pilotée par le ministre Gaétan Barrette laisse des traces sur la santé mentale d’une bonne partie du personnel du réseau de la santé, affirme, sondage en main, un syndicat de 32 000 professionnels et techniciens.

Deux ans après l’adoption du projet de loi 10, et face à l’actuel projet Optilab visant à centraliser des laboratoires, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) affirme que 59 % des répondants vivent un niveau de détresse « élevé » ou « très élevé ».

Le sondage, effectué de la fin octobre à la fin novembre, a récolté l’opinion de 6980 membres de l’APTS et a été mené avec l’appui de chercheurs du groupe de Recherches sur les interrelations personnelles, organisationnelles et sociales du travail, dont plusieurs sont affiliés à l’Université Laval. Le syndicat compte notamment des ergothérapeutes, des psychologues, des travailleurs sociaux, des techniciens en diététique, des technologues en radiologie, des orthophonistes et des physiothérapeutes.

« Il y a un ensemble de réorganisations, mais une réorganisation qui a un impact, c’est celle du projet de loi 10 », a dit en conférence de presse la présidente de l’APTS, Carolle Dubé. « Tout le pouvoir est concentré dans les mains du ministre. Il fait ça au détriment de l’autonomie des établissements, de l’autonomie du personnel, il fait ça sans consultation. Ça crée énormément de dégâts sur le terrain. »

Mme Dubé espère pouvoir rencontrer le ministre et souhaite qu’il ait « les mêmes préoccupations par rapport à la santé des gens ».

Réaction du cabinet

L’APTS a indiqué qu’une partie du Plan d’action en santé mentale 2015-2020 stipule que les établissements doivent mettre en oeuvre des conditions et des pratiques qui « favorisent la santé mentale » de leur personnel.

Or, dans une déclaration écrite, l’attachée de presse du ministre, Julie White, a assuré que Québec accorde de l’importation à la santé et à la sécurité au travail et que « nous suivons la mise en place de ces plans d’action à travers le réseau ». La convention collective prévoit aussi un comité paritaire.

De plus, le cabinet n’a pas accès au sondage complet, « ni aux détails ou aux bases qui leur permettent de conclure que la réforme est la cause des enjeux de santé mentale dans le réseau », a ajouté Mme White.

Le sondage suggère notamment que 35 % des répondants se sont absentés du travail pour cause d’ordre psychologique dans la dernière année. Par ailleurs, à la question les invitant à dire si la réorganisation du réseau a influé négativement sur leur travail, 58 % ont répondu « beaucoup » ou « énormément ».

Au sujet de la détresse psychologique, 41,7 % disent en être affectés à un niveau « élevé » alors que 16,9 % indiquent l’être à un niveau « très élevé », le cumul de ces deux taux étant trois fois plus élevé que celui de 18 % observé sur le marché du travail par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail.

4 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 22 janvier 2017 15 h 10

    La détresse psychologique : produit du néolibéralisme!

    La détresse psychologique est à la fois la matière première et le produit fini du néolibérailsme et

    , comme on a la joie incommensurable d'avoir des médecins au gouvernement,

    Ils la répandent en santé, services sociaux, éducation et dans le monde du travail, auprès des enfants, des ados, des adultes, des personnes âgées,, ciblant d'abord, comme les prédateurs qu'ils sont, les plus vulnérables.

    Quand LEUR santé va tout va!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 janvier 2017 09 h 22

      Mettre de l'avant les résultats d'une étude dont la crédibillité devrait reposer sur « l'appui de chercheurs... », mais ne pas communiquer l'ensemble de celle-ci, ce n'est pas directement l'effet du néolibéralisme, mais d'une stratégie marketing en période de maraudage syndical.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 janvier 2017 10 h 04

      Pour faire bonne mesure : j'ai en mains les résultats détaillés. Un peu comme avec le sondage Léger de ce matin, plus on creuse, plus on trouve à nuancer le propos. Mais les nuances n'occultent pas les problèmes, elles permettent juste de ne pas les... occulter sous le blabla de la vulgate antilibérale tout terrain.

  • Marc Therrien - Abonné 23 janvier 2017 16 h 49

    Soignants souffrants


    Il ne m’est pas difficile d’imaginer le stress au travail vécu quotidiennement par les employés travaillant dans le Réseau de la Santé. Ils oeuvrent dans un contexte de pression, créé par la croissance de la demande de services qui surpasse les capacités de l’offre, qui va empirer. Je n’ai qu’à penser à comment ils sont divisés voire déchirés entre l’idéal de l’humanisation des soins désiré par la population générale et promu par le bon gouvernement bienveillant et la réalité concrète de leurs conditions de pratiques professionnelles qui se détériorent à chaque fois qu’on leur demande de participer à l’amélioration de l’efficience des services au nom de la performance économique. D’autant plus qu’ils ne peuvent espérer un lien direct entre leur rendement professionnel et l’amélioration de la performance économique du système pour améliorer leurs salaires. La réduction des coûts budgétaires n’entraînent pas un accroissement des profits desquels ils pourraient négocier un bénéfice.

    Quand le professionnel réussit à performer pour atteindre le standard, le ratio «professionnel-nombre de patients à prendre en charge augmente». Arrive un temps où cet écart entre l’idéal et la pratique devient intenable et la déchirure se produit. Le professionnel est humain et l’idéal visé demande un effort surhumain et une abnégation de soi que seule une minorité de gens peut donner, car par définition, les personnes exceptionnelles se situant au-dessus de la moyenne sont peu nombreuses. Ce stress au travail est accentué par la possibilité de dénonciation entre collègues pour manquement à leur code de déontologie respectif et bientôt, par la possibilité d’être épiés par les caméras installées dans les chambres des patients.

    Pourra-t-on continuer longtemps d’exiger qu’un professionnel endure ce que soi-même ne peut souffrir ?

    Marc Therrien