La dépression frappe durement les jeunes Canadiens

L’adolescence et le début de l’âge adulte constituent une «période critique».
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’adolescence et le début de l’âge adulte constituent une «période critique».

La dépression frappe davantage les jeunes de 15 à 24 ans que tous les autres Canadiens et constitue désormais la deuxième cause de mortalité dans cette tranche d’âge. Pas moins de 150 000 adolescents et jeunes adultes auraient déjà tenté de mettre fin à leurs jours, selon Statistique Canada.

Ce triste tableau est celui brossé mercredi par une nouvelle étude rendue publique sur la dépression et les idées suicidaires chez les jeunes, démontrant que les adolescents et les jeunes adultes présentent les plus hauts taux d’anxiété et de troubles de l’humeur de tous les groupes d’âge.

Tirées de l’Enquête sur la santé mentale menée dans les collectivités canadiennes – Santé mentale, ces données de 2012 fixent à 11 % le nombre de jeunes de 15 à 24 ans ayant souffert de dépression au cours de leur vie et à 7 % ceux qui en ont souffert au cours des 12 mois précédant l’enquête.

En comparaison, seulement 5 % des adultes de 25 à 64 ans ont déclaré avoir traversé une dépression au cours de la dernière année, et 2 % des personnes âgées de 65 ans et plus.

Ces données préoccupantes excluent en outre les jeunes vivant dans des réserves indiennes et d’autres établissements autochtones, population que l’on sait particulièrement frappée par la dépression, les idées suicidaires et le suicide.

Selon l’enquête, les idées suicidaires ont traversé l’esprit d’au moins 14 % des jeunes au cours de leur vie, et près de 5 % ont même concocté des projets de suicide. Jusqu’à 3,5 % des participants ont même fait une tentative au cours de l’année ayant précédé l’enquête. Concrètement, cela signifie qu’environ 150 000 jeunes de 15 à 24 ans auraient tenté de mettre fin à leurs jours à un moment ou l’autre de leur vie, insistent les chercheurs de Statistique Canada.

Selon les données recueillies, les facteurs de risque semblent particulièrement présents durant l’adolescence et le début de l’âge adulte. Durant « cette période critique », plusieurs facteurs sont associés à un plus grand risque de dépression, dont le fait d’être une femme, de fumer, de présenter des comportements sociaux négatifs (critique, intimidation, colère) et la capacité à composer avec le stress.

À ce chapitre, plus du tiers des répondants déclarent que l’école est la plus importante source de stress dans leur vie (35 %), suivie de la précarité financière (26 %), des contraintes de temps (8 %) et des difficultés vécues dans leurs relations interpersonnelles (6 %).

Trouver de l’aide

La moitié des jeunes qui déclarent avoir souffert de dépression ont traversé un épisode ayant duré de six mois à un an. Et pour un jeune sur cinq, cet état a perduré plus d’un an. Pour 18 % des jeunes frappés par la dépression, les symptômes ont forcé l’interruption de leurs activités normales pendant un mois.

Environ 42 % des jeunes ayant été affectés par la dépression dans leur vie ont déclaré avoir consulté un professionnel au cours de l’année précédente, alors que plus de 60 % ont plutôt tenté de trouver de l’aide auprès de sources informelles. Parmi celles-ci, les amis venaient au premier rang (47 %), suivis de la famille (33 %), d’Internet (28 %), de divers groupes d’entraide, d’enseignants ou de supérieurs. Plus du tiers des répondants n’avaient pas cherché de soutien.

L’étude relève que les jeunes immigrants ayant déclaré avoir souffert de dépression semblent être ceux qui sont le moins portés à rechercher un soutien auprès de professionnels.

Plus de médicaments

Ces données sur la dépression semblent corroborer les résultats d’autres études démontrant que les jeunes Canadiens sont de plus en plus nombreux à consommer des médicaments psychoactifs. Une étude publiée dans la Revue canadienne de psychiatrie à la fin de 2016 révélait que les ordonnances d’antidépresseurs ont bondi de 63 % entre 2010 et 2013 et celles de médicaments antipsychotiques, de 33 %.

Ces chiffres laissent voir que les maladies mentales sont mieux diagnostiquées, plus tôt, chez les enfants. Mais ils pourraient aussi refléter la difficulté d’accès aux autres types de thérapie et de soutien offerts par d’autres professionnels.

8 commentaires
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 janvier 2017 06 h 58

    Urgence nationale des plus criantes

    Entendrons-nous enfin le cri de désespoir de notre jeuness qui se meurt dans l'âme en raison du nihilisme que l'on a créé autour d'eux et de notre manque de leadership?

    Cette jeunesse en mal de vivre est le reflet terrifiant de notre décadence. Honte à nous! Quel avenir pour l'humanité si nous bougeons meurent avant d'éclore?

    Hier, en sortant du travail, au centre-ville de Toronto, j'ai témoigné d'une arrestation d'un homme de la rue. Il paraissait dans la force de l'âge, mais était si mal en point et probablement intoxiqué. Plusieurs policiers l'entouraient tandis qu'on le menottait. Mon coeur s'est brisé à la vue d'un homme si vulnérable et apparemment en mal de vivre, traité comme un criminel bien que je fasse confiance aux policiers qu'ils n'avaient d'autres choix pour le conduire là où il serait pris en main.

    J'ai imaginé ce même homme pris en main par des personnes compassionnelles, lavé, couché dans un lit douillet et soigné avec amour, mais avant tout écouté...

    Toutes ces personnes dans la rue, toute cette jeunesse écarteler sont le reflet de notre inhumanité, de notre propre écartèlement.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 19 janvier 2017 09 h 55

      Je trouve que vous y allez un peu fort...la décadence!
      Vous ne pensez pas qu'on devrait plutôt éduquer, enseigner les règles pour tous et s'en tenir aux droits et devoirs d'un citoyen vivant en société...car si la jeunesse adolescente veut être partie intégrante de la société à 14 ans...elle doit en assumer et en comprendre les tenants et aboutissants...Vivre dans un monde virtuel a ses contraintes...ses écueils.
      À force de dire... je sais, je sais, je sais ...en ritournelle sans avoir aucune notion de ce qu'on doit savoir...pas mêlant que tout un chacun soit si emmêlé.

  • Guy Lafond - Inscrit 19 janvier 2017 08 h 17

    Un esprit sain dans un corps sain


    Je pense que l'exercice physique est un des meilleurs remèdes pour combattre et vaincre la dépression.

    C'est d'abord par le corps qu'on exprime sa présence au monde.

    Un corps en bonne forme assure une présence éclairée parmi ses pairs.

    Identifiez une (des) activité(s) physique(s) ou un (des) sport(s) - individuel(s) ou collectif(s) - qui vous plaît (plaisent) plus particulèrement.

    Ex: la marche à pied, à l'extérieur.

    Instruction: marcher pendant 20 minutes au moins deux fois par semaine dans un endroit où l'air est pur et vivifiant.

    (Un Québécois à pied et à pied d'oeuvre sur cette magnifique planète, la Terre)

  • Robert Aird - Abonné 19 janvier 2017 08 h 29

    Contradiction

    Cette étude me semble contredir celle-ci qui parle d'ados plus heureux et moins dépressifs ici qu'ailleurs:
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci
    Je suppose que le climat familial sain entre en concurrence avec un avenir bouché par les gaz à effet de serre, la destruction des écosystèmes, le règne de l'égoisme et d'un capitalisme agressif qui détruisent la société...Il y a de quoi être dépressif quand on a encore la (cette) vie devant soi.

  • Denis Paquette - Abonné 19 janvier 2017 15 h 09

    un barometre importantde la vie sur terre

    n'est ce pas du au contexte mondiale les jeunes ne sont ils pas influencés par les nouvelles qui circulent dans le monde,que la planete est de plus en plus malmenée par les mêmes gens qui s'en foutent,enfin en sommes nous pas en parti responsables, les jeunes ne sont ils pas un barometre important de la vie sur terre

  • Christian Debray - Abonné 20 janvier 2017 07 h 40

    Aucun suicide n’est souhaitable, celui des jeunes encore moins. Toutes les références au suicide deviennent une forme de propagande pour celui-ci, c’est la raison principale pour laquelle les suicides dans le métro ne sont pas rapportés. Alors, pourquoi permettons-nous le suicide assisté? Cette loi est la propagande principale en faveur du suicide, ce n’est pas une question d’âge ou de condition.

    Pensez-y encore

    • Marc Therrien - Abonné 21 janvier 2017 17 h 19

      J'y pense souvent à ce sujet, car comme disait Albert Camus, c'est le seul problème philosophique vraiment sérieux.

      On n'a pas à vouloir mourir, ça va arriver et c'est la seule certitude qu'offre la vie. La question, c’est « Pourquoi maintenant? »

      Et si je vous disais que dans beaucoup de lettres d'adieux des suicidés, il y a cette vision romantique de l'au-delà qui amène des jeunes à penser qu'ils quittent pour un monde meilleur où ils espèrent « se reprendre » ou encore, « que ça marchera mieux là-bas qu'ici », etc. Voilà un paradoxe difficile à résoudre : pour les garder en vie avec nous, est-ce qu’on leur enlève ou non cet espoir d’un monde meilleur ailleurs que l’ici-bas?

      Marc Therrien