Abolition des frais accessoires: des services en pharmacie pourraient écoper

«Rien [...] ne laissait entrevoir que ce règlement puisse viser les frais facturés par les pharmaciens», déclare Jean Bourcier.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Rien [...] ne laissait entrevoir que ce règlement puisse viser les frais facturés par les pharmaciens», déclare Jean Bourcier.

L’abolition des frais accessoires en santé ne se fera pas heurts : après les radiologues et d’autres médecins spécialistes, les pharmaciens propriétaires menacent à leur tour d’abruptement mettre fin à certains services qu’ils offraient jusqu’à maintenant, car ils ne leur rapporteront désormais plus rien.

Des tests réalisés en pharmacie pour l’anticoagulothérapie (INR) et les prélèvements sanguins ou autres pourraient bientôt être de l’histoire ancienne dans les pharmacies de la province, met en garde l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

La vaccination des enfants et celle visée par le Programme québécois d’immunisation, des services de proximité qui contribuent au désengorgement du système de santé, pourraient également disparaître des pharmacies, soutient le vice-président et directeur général de l’AQPP, Jean Bourcier.

« Dans le cas de l’anticoagulothérapie, le pharmacien devra dire au patient d’aller faire son test en milieu hospitalier, au CLSC, là où c’est couvert par la Régie de l’assurance-maladie du Québec, ou en laboratoire privé », explique-t-il, ajoutant que près de 135 000 de ces tests sont réalisés chaque année en pharmacie, et devront désormais être effectués ailleurs dans le réseau de la santé. « Le patient va perdre beaucoup plus de temps. On vient de complexifier et de diminuer l’accès à un service qui fonctionne très bien, rapide, performant, pour lesquels les patients ne se plaignent pas [de payer]. »

 

Promesses reniées

Québec renie ainsi certaines promesses contenues dans l’entente ratifiée entre le gouvernement et l’AQPP en 2015, affirme cette dernière. Celle-ci prévoyait quatre nouveaux actes rémunérés, représentant environ 38 millions. « Rien, dans les communications avec le ministère de la Santé ou avec le ministre, ne laissait entrevoir que ce règlement puisse viser les frais facturés par les pharmaciens, incluant ceux prévus en vertu de l’entente que nous avions signée en toute bonne foi avec le ministre. »

M. Bourcier ignorait toutefois, jeudi, l’ampleur des pertes financières qui toucheront les pharmaciens propriétaires, au lendemain de la publication du Règlement abolissant les frais accessoires liés à la dispensation des services assurés et régissant les frais de transport des échantillons biologiques. Ce dernier entre en vigueur le 26 janvier.

Le règlement prévoit aussi que certains médicaments que les cliniques facturaient aux patients seront maintenant fournis par le réseau public aux cliniques. Aucun coût ne pourra être exigé pour les vasectomies, lorsque réalisées en cabinet, ni pour l’azote liquide, utilisé en dermatologie.

Problèmes à l’horizon

La fin des frais accessoires a également poussé certaines cliniques à fermer leurs portes. Et plusieurs médecins spécialistes, notamment en endoscopie et radiologie, refusaient en décembre d’accorder des rendez-vous aux patients en raison de l’incertitude entourant les frais accessoires. Le gouvernement et les spécialistes s’opposent aussi dans le dossier de la gratuité des échographies, lorsque réalisées par des radiologistes en clinique.

Au cabinet du ministère de la Santé, Gaétan Barrette, on soutient que les pharmaciens, comme les autres professionnels, ont eu amplement de temps pour prendre connaissance des nouvelles mesures. « Les frais, pour l’ensemble des professionnels, étaient une source de profit. Nous, notre objectif, c’est d’assurer une meilleure accessibilité aux patients. On s’attend à ce que l’ensemble des professionnels de la santé collabore », a soutenu la porte-parole Julie White.