Le legs d’Ebola

Ebola a frappé fort certains pays africains, comme la Sierra Leone (notre photo). Depuis son éruption il y a environ deux ans, le virus a causé la mort de plus de 11 300 personnes.
Photo: Michael Duff Associated Press Ebola a frappé fort certains pays africains, comme la Sierra Leone (notre photo). Depuis son éruption il y a environ deux ans, le virus a causé la mort de plus de 11 300 personnes.

Une bonne dose d’espoir : voilà ce qu’apporte la confirmation scientifique qu’un vaccin anti-Ebola — développé en partie au Canada — est « hautement protecteur » contre le virus mortel. Une avancée majeure saluée partout vendredi, notamment pour le changement de culture qu’elle pourrait signifier.

À la veille de Noël, c’est un peu un sauveur qui apparaît dans le ciel médical. Son nom ? rVSV-ZEBOV. Son efficacité ? 100 %, selon les résultats finaux des essais publiés vendredi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« C’est du grand bonheur », s’exclame au bout du fil Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontière (MSF). « Ça ne signifie pas la fin immédiate du virus, bien sûr, mais on vient de faire un très grand pas qui va nous permettre d’être moins démunis » quand surviendra une nouvelle épidémie comme celle qui a ravagé l’Afrique de l’Ouest il y a deux ans.

Plus de 11 300 personnes sont mortes de cette flambée d’Ebola entre le début 2014 et juin 2016. La Guinée, le Liberia et le Sierra Leone ont été les pays les plus touchés.

« Si les résultats convaincants [des essais] arrivent trop tard pour ceux qui ont déjà perdu la vie, ils montrent que face à la prochaine flambée de cette maladie, nous ne seront pas sans défense », a soutenu par communiqué Marie-Paule Kieny, sous-directrice adjointe de l’OMS, qui chapeautait le processus d’essai.

Les conclusions de celui-ci sont éclatantes : sur les quelque 6000 personnes qui ont reçu le vaccin en Guinée après avoir été en contact avec une personne infectée (une démarche « en cercle », la même qui fut utilisée pour éradiquer la variole), il n’y a eu aucun cas d’Ebola.

« Il ne devrait plus jamais y avoir d’éruption comme celle d’il y a deux ans », se réjouit Gary Kobinger, joint entre deux achats de Noël à Québec. Le scientifique rattaché à l’Université Laval dirigeait jusqu’à tout récemment le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, où le vaccin a été développé (sous l’égide de l’Agence de la santé publique du Canada).

« On savait que le vaccin était efficace, dit-il. Mais même là, tellement de choses peuvent bloquer le développement d’un vaccin : des considérations de sécurité, de commercialisation… Alors ça fait plaisir de voir que tout le travail mis là-dedans depuis 2002 devient réellement utile. »

14 ans

Car oui, il aura fallu 14 ans entre la mise au point du vaccin et les résultats finaux des essais qui ont confirmé vendredi ses effets positifs. « Ce n’est pas si long, nuance M. Kobinger. Mais ça a été très difficile de convaincre que l’argent devait être investi avant 2014 : Ebola n’était pas un problème au Canada, et pas endémique ailleurs. »

Un élément a aidé à maintenir le projet en vie, note M. Kobinger et Mme Liu : le fait que le virus fasse partie de ceux considérés comme sujet au bioterrorisme. Un programme de la Défense nationale a ainsi notamment servi pour produire un lot clinique, dit l’ancien dirigeant du labo de Winnipeg.

Breveté en 2002, le vaccin a fait l’objet d’essais d’efficacité sur les animaux pendant la décennie suivante. Une licence commerciale a été délivrée à NewLink Genetics en 2010, avant d’être revendue à Merck Co. En 2013, 1500 fioles de vaccin ont été fabriquées pour la recherche et les essais cliniques. Ces essais (menés par l’OMS) ont débuté en 2014.

« Quand l’épidémie est apparue, on avait déjà une préparation clinique », dit Gary Kobinger. Ce qui a donné au vaccin canadien une longueur d’avance sur la quinzaine d’autres actuellement en développement à travers le monde. « Beaucoup de choses ont été faites plus rapidement après le début de la crise. Des protocoles ont été organisés de façon rapide pour obtenir rapidement des résultats qui seraient quant même fiables. »

Changer le modèle

« Je pense que ce sera le legs d’Ebola, dit Joanne Liu : savoir accélérer les processus quand on est dans une épidémie… et financer en amont les études en période de « paix ». » L’OMS a d’ailleurs mis sur pied le projet « R D Blueprint » en se basant sur les leçons de la « mise au point rapide » du vaccin anti-Ebola. Il s’agit d’une « stratégie mondiale pour accélérer le développement de tests, de médicaments et de vaccins efficaces pendant les épidémies. »

« On est plusieurs aujourd’hui à croire qu’il faut changer le modèle, travailler en partenariat par des mariages improbables de convenance qui impliquent les industries, les gouvernements, les philanthropes », lance Mme Liu. Dans le cas d’Ebola, le rVSV-ZEBOV tient son succès d’un large partenariat : le Canada, la Norvège, l’Angleterre, MSF, des fondations privées…

La réussite des essais en Guinée marque une étape importante du développement du rVSV-ZEBOV, mais il en reste d’autres. « Le vaccin n’est pas encore licencié, et c’est un long processus, note Joanne Liu. Il n’est pas efficace contre tous les types d’Ebola non plus. Et on ne sait pas combien de temps les gens sont protégés. »

Quelque 300 000 doses d’urgence pourraient être livrées en cas de flambée d’Ebola, cela même si le processus d’approbation n’est pas terminé.

Un virus qui fait peur

Provoquant fièvre, vomissements et diarrhées intenses, le virus Ebola a suscité la peur au niveau mondial en 2014 en raison de sa dangerosite?. Il se transmet entre humains par contacts directs et étroits. Une personne saine est contaminée par les « fluides corporels » d’une personne malade : sang, vomissures, matières fécales, etc. Contrairement à la grippe, ce virus ne peut se transmettre par voie aérienne. Mais il est redoutable en raison de son « taux de létalite? » très élevé : il tue en moyenne la moitié des personnes qu’il atteint, selon l’OMS. Historiquement, Ebola s’est d’abord manifesté en Afrique centrale. Ce virus de la famille des Filoviridae doit son nom à une rivière du nord de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) où il a été identifié pour la première fois en 1976. Cinq types distincts de virus Ebola ont depuis été répertoriés: Zaïre, Soudan, Bundibugyo, Reston, forêt de Taï. Le virus à l’origine de l’épidèmie en Afrique de l’Ouest est de l’espèce Zaïre. Le virus circule parmi les chauves-souris mangeuses de fruits, considèrées comme l’hôte naturel d’Ebola, dont elles ne développent pas la maladie. Agence France-Presse