Québec crée 1472 nouvelles places en CHSLD

Le ministre Barrette a annoncé un investissement de 100 millions qui doit permettre de libérer 2125 lits de soins aigus dans les hôpitaux du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Barrette a annoncé un investissement de 100 millions qui doit permettre de libérer 2125 lits de soins aigus dans les hôpitaux du Québec.

La création subite de 1472 nouvelles places en hébergement pour des personnes âgées en perte d’autonomie, de 446 places en santé mentale et de 207 places en réadaptation, annoncée mercredi par le ministre de la Santé Gaétan Barrette, suscite le scepticisme chez ses adversaires politiques et au sein de la profession médicale.

Après des années de vaches maigres, le ministre Barrette a annoncé en grande pompe un investissement de 100 millions de dollars qui doit permettre, à terme, de libérer 2125 lits de soins aigus dans les hôpitaux du Québec. Il espère ainsi s’attaquer de façon durable aux débordements aux urgences, un problème chronique du système de santé québécois depuis des décennies.

Concrètement, les libéraux souhaitent faire en sorte que les lits d’hôpitaux soient occupés seulement par des personnes malades ayant besoin de soins et non, comme c’est souvent le cas, par des gens âgés en attente d’une place d’hébergement ou des personnes ayant des problèmes de santé mentale. « Les lits de courte durée des hôpitaux doivent être utilisés pour des patients qui nécessitent des soins aigus, non pas pour ceux qui requièrent des soins chroniques ou continus », a déclaré le ministre.

Dans le cas des 1500 nouvelles places en centres d’hébergement pour aînés, évaluées à 55 millions, elles pourraient être situées dans des Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD), ou dans des ressources intermédiaires. Les deux tiers des lits devraient être disponibles à court terme, et le reste d’ici la fin de l’année 2017.

La santé mentale se voit accorder 30 millions. 14 millions doivent enfin servir à l’ajout des 200 places pour patients en réadaptation ou en convalescence.

L’impact de l’investissement annoncé mercredi pourra se mesurer par une plus grande « fluidité à l’urgence, moins d’attente en chirurgie, moins d’attente à l’urgence et plus de retours à domicile », a promis le Dr Barrette en conférence de presse. L’annonce aura pour effet de réduire sensiblement le nombre d’heures d’attente sur une civière à l’urgence avant d’être hospitalisé, a commenté le ministre, sans vouloir pour autant s’engager à fixer un nombre d’heures maximal à respecter. La moyenne québécoise est d’environ 12 heures actuellement.

Trop tard

M. Barrette, qui multiplie les annonces coûteuses depuis quelques semaines, s’est défendu d’avoir trop tardé à procéder à cet investissement, alors que le problème est connu et documenté depuis des lustres.

La priorité du gouvernement était de rétablir l’équilibre budgétaire, a justifié le ministre.

Une fois de plus, il réclame une hausse des transferts fédéraux en santé et des sommes dues pour les soins à domicile, lançant un nouvel appel au premier ministre Justin Trudeau, « qui doit mettre sur la table les montants appropriés le plus vite possible ».

En entrevue, la porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Diane Lamarre, a toutefois émis plusieurs bémols, rappelant les compressions libérales en santé intervenues au cours des dernières années. « Chaque dollar qu’il annonce, c’est ce qu’il a coupé dans les services essentiels. Il a trop coupé, et pas aux bons endroits, et il commence enfin à se rendre compte des dégâts qu’il a causés. » Malgré les nombreuses réorganisations qu’a connues le système depuis le retour au pouvoir des libéraux, celui-ci ne s’est pas amélioré, selon elle. La CAQ a pour sa part appelé la population à exiger encore davantage en matière d’efficacité en santé.

Bernard Mathieu, président de l’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ), salue pour sa part l’annonce. Il s’interroge toutefois sur l’effet réel qu’aura la création des 2125 places. « Il y a eu 500 lits coupés en 2013 en CHSLD, seulement à Montréal. On a réduit considérablement la qualité du réseau. » Cette annonce ne permettra de créer en moyenne qu’une vingtaine de places par hôpital, a-t-il relevé.

3 commentaires
  • Alain Villeneuve - Abonné 8 décembre 2016 06 h 16

    "4 trente sous pour une piastre"

    Dans notre CISSS, en Montérégie ouest, 3 nouvelles places ont été crées en coupant 3 lits d'hébergement temporaire, utilisés pour offrir du répit aux aidants naturels. Ces lits permettaient un peu d'espoir et de ressourcement pour ces proches vivant avec une personne en perte d'autonomie. Leur couper l'oxygène d'un tel service ne fera qu'accélérer le placement de ces personnes, leurs aidants étant épuisés, en passant une fois de plus par l'urgence et l'hôpital... désolant

  • Christian Debray - Abonné 8 décembre 2016 08 h 36

    Trop peu trop tard

    Il n’y a pas que chez ses adversaires politiques et au sein de la profession médicale qui suscite le scepticisme, un grand nombre d’handicapés l’est aussi, pour nous c’est trop peu trop tard.
    Les CHSLD ne sont qu’une solution partielle. Un autre morceau de cette solution est toujours en train de se faire charcuter, les soins à domicile. Ce morceau de solution est des plus important pour nous, car cela permet de garder une certaine autonomie et de la liberté. La qualité de vie des personnes handicapées est d’une très grande importance, car cela augmente le choix très limité d’option, le CHSLD ou la mort assistée, cela permet d’avoir un troisième choix, la maison avec des soins à domicile.
    Ces choix sont ce qui attend la majorité d’entre nous, car nous vieillissons tous.
    Pensez-y encore

  • Colette Pagé - Inscrite 8 décembre 2016 11 h 18

    Stratégie électoraliste !

    Après avoir coupé à l'os, l'on annonce en grande pompe un ré-investissement comme s'il s'agissait de câdeau tel que le signale Madame Diane Lamarre :

    « Chaque dollar qu’il annonce, c’est ce qu’il a coupé dans les services essentiels. Il a trop coupé, et pas aux bons endroits, et il commence enfin à se rendre compte des dégâts qu’il a causés.