Le fédéral se dote d’un conseiller scientifique

La ministre des Sciences du Canada, Kirsty Duncan
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre des Sciences du Canada, Kirsty Duncan

La ministre des Sciences du Canada, Kirsty Duncan, lançait hier le processus de recrutement d’un conseiller scientifique en chef qui aura le mandat de « donner des avis scientifiques au gouvernement sur des enjeux clés ». Bien que tout le monde se réjouisse de cette initiative, certains regrettent que ce fonctionnaire qui sera nommé par le gouvernement ne réponde qu’aux hautes instances du gouvernement plutôt qu’à tous les élus.

Avant de lancer officiellement la recherche d’un conseiller scientifique en chef, la ministre Duncan a consulté les scientifiques en chef d’Australie, d’Israël, de Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Québec, ainsi que plus de 80 scientifiques du pays.

Le conseiller scientifique en chef du Canada aura pour mission « d’informer le premier ministre, la ministre des Sciences et les membres du cabinet de toutes les données scientifiques probantes accumulées par les scientifiques gouvernementaux et l’ensemble des chercheurs canadiens et internationaux, afin que le gouvernement prenne des décisions politiques judicieuses », a précisé la ministre en entrevue au Devoir. Le conseiller en chef devra aussi « veiller à ce que les travaux scientifiques menés au sein du gouvernement soient accessibles à la population et que les scientifiques puissent parler librement de leurs travaux ».

Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) demeureront quant à eux sous la supervision de la ministre des Sciences et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) sous celle de la ministre de la Santé.

Candidats

La ministre des Sciences espère que son appel sera entendu dans tout le pays afin qu’un grand nombre de personnes posent leur candidature avant la date butoir du 27 janvier 2017. La sélection du conseiller scientifique en chef du Canada se fera par l’entremise du processus de nomination effectué par le gouverneur en conseil.

L’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU) salue le rétablissement du poste de conseiller scientifique en chef du Canada. Rappelons que le poste de conseiller scientifique national avait été mis en place en 2004 par le gouvernement de Paul Martin, mais les conservateurs l’avaient aboli en 2008 pour le remplacer par le Conseil de la science, de la technologie et de l’innovation, qui rassemblait des scientifiques, mais aussi des entrepreneurs et des bureaucrates hauts gradés.

Un rôle partisan ?

« On a grandement besoin de conseils impartiaux, mais cette impartialité n’est possible que si le conseiller est entièrement indépendant et rend compte au Parlement, et non pas au gouvernement en place », a souligné dans un communiqué David Robinson, directeur général de l’ACPPU, qui avait plutôt recommandé l’établissement d’un « poste de conseiller scientifique parlementaire », à l’image du directeur parlementaire du budget qui fait des rapports au Parlement, soit à tous les élus de la Chambre des communes et au Sénat, et non seulement au gouvernement.

Selon ce qui a été annoncé hier, « le gouvernement n’aura pas d’obligation de transparence quant aux rapports que lui remettra le conseiller scientifique en chef, tandis que le directeur parlementaire du budget est une instance indépendante qui répond autant aux questions de l’opposition que du gouvernement », a précisé Valérie Dufour, directrice des communications de l’ACPPU.

L’Institut professionnel de la fonction publique qui avait dénoncé le musellement de ses scientifiques par les conservateurs se réjouit que « le poste de conseiller scientifique en chef soit ouvert à tous les Canadiens ». « L’Institut appuie l’idée d’une loi qui protégerait le conseiller scientifique en chef. Pour vraiment protéger le droit de parole des scientifiques, le gouvernement devrait enchâsser l’intégrité scientifique dans ses conventions collectives, comme nous le demandons depuis un certain temps », a néanmoins rappelé la présidente Debi Daviau dans un communiqué.

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