La centralisation fait plus mal aux régions

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
L’hôpital de la Cité-de-la-santé, à Laval, a subi des départs d’infirmières auxiliaires au module mère-enfant-famille et d’autres suppressions de postes en 2014 ou des non-remplacements et des ratios infirmière-maman-bébé qui ont été rehaussés.
Photo: Archives CSQ L’hôpital de la Cité-de-la-santé, à Laval, a subi des départs d’infirmières auxiliaires au module mère-enfant-famille et d’autres suppressions de postes en 2014 ou des non-remplacements et des ratios infirmière-maman-bébé qui ont été rehaussés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé

La réforme du réseau de santé entreprise par le ministre Gaétan Barrette et les coûts engendrés par celle-ci créent d’énormes disparités, que l’on vive en ville ou en région. Petit tour d’horizon en compagnie de Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

On ne compte plus les bouleversements que vit le réseau de santé depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux. Plongés dans un climat d’incertitude, les intervenants sont sur le qui-vive sans vraiment savoir où mèneront les projets du ministre Barrette. Pour l’heure, c’est son intention de centraliser les services qui inquiète Louise Chabot, présidente de la CSQ : « La réforme du ministre Barrette désorganise le réseau de la santé de façon gigantesque. On l’appréhendait en théorie, à voir l’ampleur de la restructuration demandée tant pour la gestion et l’organisation des soins, mais aussi pour l’organisation des services et du travail et, malheureusement, ça se concrétise. De plus, on fait cette réforme avec une décroissance des budgets en santé… une aberration ! » Plus de 2 milliards ont été coupés lors des deux derniers budgets. On ressent bien ces coupes dans les grands centres, mais pour les régions, les effets sont dévastateurs.

Des régions malmenées

Par exemple, en Mauricie, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux, le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, a pris la décision de fusionner les services de consultation externe spécialisés sans discussions ni explications. « Sous prétexte de réduire les délais d’attente, on va obliger les patientes et les patients à se déplacer d’une ville à l’autre sur plusieurs kilomètres. On semble présumer que ce sera facile pour tout le monde, mais c’est loin d’être certain. Tous ne possèdent pas un véhicule. Tous ne jouissent pas d’un degré d’autonomie qui leur permet un tel déplacement. Une fois encore, ce sont les gens les plus démunis et les plus vulnérables qui risquent de subir les conséquences de cette fusion, alors que certains services deviendront moins accessibles », déplore dans un communiqué Andrée Guillemette, présidente du SIIIACQ-CSQ, le Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes, infirmières auxiliaires du Coeur-du-Québec.

Ailleurs, sur la Côte-Nord, la situation est critique. D’abord en ce qui concerne la possibilité de fermer l’urgence de Port-Cartier pour centraliser les services d’urgence à l’hôpital de Sept-Îles. « C’est très inquiétant, explique Louise Chabot, des pourparlers ont lieu actuellement pour trouver une solution. » Rappelons que Sept-Îles est située à 60 kilomètres au nord de Port-Cartier et qu’il faut 45 minutes pour parcourir la distance entre les deux agglomérations sur la seule et unique route qui dessert la région. La présidente ajoute que, « par chance, la population se mobilise, parce que c’est toute la question de la proximité des soins et de l’accessibilité qui est en cause ». Puis sur le plan des interventions en santé et sécurité au travail, la région a subi des coupes de l’ordre de 400 000 $ au cours des deux dernières années : « Ça représente toute l’information donnée par l’Agence de la santé publique. Les infirmières et les techniciens en hygiène du travail qui se rendent dans les milieux, c’est de la prévention, mais ce n’est pas payant », rappelle la présidente, qui affirme avoir rencontré des travailleurs qui ont déjà reçu leur avis de suppression de poste, qui se produira à compter du 4 décembre prochain. Ça représente de nombreux postes. Dans les entreprises où on faisait du dépistage, où on rencontrait les travailleurs aux prises avec des difficultés de santé au travail ou simplement où l’on faisait de la prévention, les services seront amputés ou, pire, on fera « comme à Havre-Saint-Pierre, où tout est fermé ».

La région du Bas-Saint-Laurent n’est pas épargnée : « Six postes d’infirmière aux soins critiques à l’hôpital de Matane et un poste d’infirmière en santé mentale dans la région de La Mitis ont été supprimés, s’indigne Louise Chabot. Dans la région de Chandler, on a assisté à une grosse offensive, où on a demandé l’intervention de la vérificatrice générale dans le cas d’une fermeture de lits et de postes. On a interpellé le ministre Barrette, mais il n’y a rien qui se passe. »

Plus près de Montréal, à Laval, on a subi des départs d’infirmières auxiliaires au module mère-enfant-famille et d’autres suppressions de postes en 2014 ou des non-remplacements et des ratios infirmière-maman-bébé qui ont été rehaussés. « J’ai même vu des infirmières pleurer. Dans certains services, elles n’en peuvent plus. »

Louise Chabot pourrait continuer ainsi avec des exemples partout au Québec. Toutefois, elle ne peut s’empêcher d’aborder le sujet d’Optilab, ce projet qui veut centraliser toutes les analyses de laboratoire et qui a fait couler déjà beaucoup d’encre. « Le ministre pense économiser des millions en centralisant des laboratoires médicaux. Pour la région de Lanaudière, ça signifie que, d’ici cinq ans, la majorité des technologistes médicaux de Joliette seront transférés vers Laval ou bien ils perdront leur emploi. »

Ce qui désole le plus la présidente est que « le ministre Barrette continue à prétendre que tout ça servira à optimiser les services, à réduire les coûts et être plus efficace. C’est de l’insensibilité », clame-t-elle. Elle ajoute qu’« elle a rarement vu une réforme aussi improvisée, un ministre qui se croit, persiste et signe. Et parce que le ridicule ne tue pas, il organise des dégustations de mets en CHSLD en affirmant que ce n’est pas un coup de relations publiques, mais bien pour informer. Les principaux intéressés, celles et ceux qui devraient manger cette nourriture, ne sont même pas présents ! »