Prendre en main notre système de santé

Claude Lafleur Collaboration spéciale
L’Institut de recherche de première ligne vise entre autres à favoriser la personnalisation des soins et des services sociaux. Il s’agit d’établir un dialogue entre le patient ou l’usager et l’intervenant.
Photo: iStock L’Institut de recherche de première ligne vise entre autres à favoriser la personnalisation des soins et des services sociaux. Il s’agit d’établir un dialogue entre le patient ou l’usager et l’intervenant.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé

Dans la foulée de la profonde restructuration du réseau de la santé ordonnée par le ministre Barrette, il importe que nous — usagers, citoyens et communautés — nous engagions dans la gouvernance des hôpitaux, centres d’hébergement et autres institutions de santé et de services sociaux. Par ailleurs, on cherche aussi à « personnaliser » les soins de santé, c’est-à-dire à ce que le monde médical prenne en compte ce que vit un patient ou un usager au moment d’être soigné, hébergé ou pris en charge.

Voilà l’objet du colloque organisé par l’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux du CIUSSS de l’Estrie le jeudi 8 décembre à Sherbrooke. Ce colloque s’intitule justement : « Agir pour et avec l’usager, ses proches et la population pour de meilleurs services sociaux et de santé ».

Selon les organisateurs, l’engagement des citoyens et des communautés doit constituer l’une des dimensions fondamentales du nouveau réseau des CISSS et des CIUSSS — les centres intégrés de santé et de services sociaux et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux. « Au moment où le réseau public vit une transformation majeure, il est d’autant plus important de consolider le patrimoine d’expériences que nous avons en ce domaine », indique-t-on.

« Au Québec, nous avons une longue histoire — un patrimoine — d’implication des citoyens dans le réseau de la santé, et nous pensons qu’à l’heure actuelle, avec la réforme, il est d’autant plus important de faire valoir la participation et l’engagement », déclare Paul Morin, directeur de l’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux du CIUSSS de l’Estrie. C’est pourquoi cet institut organise le colloque.

« Dans les années 1970, poursuit-il, nous avions une gouvernance assez démocratique, puisque la moitié des conseils d’administration des CLSC était constituée de citoyens. Mais maintenant, nous sommes passés à autre chose, puisque, si je puis dire, il y a moins d’engouement à Québec pour cet aspect de la gouvernance. »

L’institut veut, par conséquent, faire « oeuvre utile » et exercer un leadership en ce qui a trait à la participation citoyenne. « Dans un monde idéal, nous dit Paul Morin, nous souhaitons un équilibre entre les différents types de gouvernance et l’implication du public et des usagers. Mais à l’heure actuelle, cet équilibre m’apparaît plus difficile à trouver avec la réforme. »

L’institut universitaire que dirige M. Morin est l’un des deux mis sur pied dans le cadre de la « réforme Barrette ». L’un est situé à Sherbrooke et l’autre à Québec. « L’une de nos particularités, c’est que les recherches que nous menons en première ligne sont directement injectées dans les pratiques, indique le directeur. Nos travaux visent à être le plus près possible des pratiques. » Paul Morin est d’ailleurs un sociologue qui provient du milieu communautaire. « J’ai travaillé une vingtaine d’années comme praticien en santé mentale », précise-t-il.

Personnalisation des soins

L’Institut universitaire de première ligne vise en outre à favoriser la personnalisation des soins et des services sociaux. Il s’agit d’établir un dialogue entre le patient ou l’usager et l’intervenant.

« La personnalisation des soins est au coeur de notre programmation scientifique, indique Paul Morin. Cette personnalisation vise d’abord l’implication des usagers et de la population dans les services. Autrement dit, on se met tout le monde ensemble pour coproduire des services », résume-t-il.

On cherche aussi à valoriser le savoir et les expériences accumulés par le patient ou l’usager. « En fait, il y a différents savoirs, explique M. Morin. Il y a le savoir de formation et scientifique et le savoir professionnel des intervenants, mais également l’expérience et le vécu des usagers. Il s’agit donc de faire un pont entre l’expertise des usagers ou des patients et les services sociaux et de soins de santé. »

Projet Baromètre

L’institut a par ailleurs mis au point un outil d’évaluation de l’efficacité des soins et services unique au monde, rapporte son directeur.

« Dans le réseau, on exerce ce qu’on appelle un gouvernement par les nombres, commence par dire Paul Morin. C’est-à-dire qu’on est dans le quantitatif : tant de clients à voir, tant de services à donner… et le suivi se fait par statistiques. »

« On n’a rien contre les statistiques, s’empresse-t-il d’ajouter, mais la question qu’on devrait également se poser est : qu’en est-il de l’effet qu’une intervention a sur la vie de la personne ? »

Pour cette raison, l’institut a conçu un outil d’intervention clinique qui permet de suivre en temps réel l’évolution de la personne. Il s’agit du Projet Baromètre.

Grâce à ce Baromètre informatique, l’intervenant travaille de concert avec l’usager afin de mieux cerner ce qui se passe dans la vie de celui-ci. On cherche ainsi à cibler les aspects sur lesquels on devrait travailler et à voir par la suite comment la situation a évolué.

« Au Québec, on est à l’avant-garde en ce domaine, déclare fièrement M. Morin. Nous sommes en effet les seuls à avoir développé un tel outil. Pour l’heure, on en est à un stade de développement, mais déjà, les utilisateurs trouvent fort intéressantes les possibilités offertes par notre Baromètre. »

Cet outil est déjà utilisé au Département de psychiatrie du CHUM et commence à l’être dans le milieu communautaire en santé mentale. « Il y a aussi un secteur psychiatrique en France qui l’utilise », rapporte Paul Morin.

Enfin, il faut également considérer la communauté dans laquelle vit la personne dont on s’occupe, ajoute-t-il. « Si, par exemple, celle-ci vit dans une communauté dévitalisée, on doit également se préoccuper du développement socioéconomique de la communauté. »

Comme quoi la « personnalisation des soins » passe autant par le dialogue patient-intervenant que par l’implication des citoyens et de la communauté — les deux grands aspects qui, justement, seront abordés lors du colloque organisé par l’Institut universitaire de première ligne de l’Estrie.

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