Les spécialistes donnent la chance au coureur

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Le 23 octobre dernier au parc Lafontaine, à Montréal, la ministre déléguée à la Santé publique et aux Saines Habitudes de vie, Lucie Charlebois, a dévoilé sa nouvelle Politique gouvernementale de prévention en santé 2015-2025.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le 23 octobre dernier au parc Lafontaine, à Montréal, la ministre déléguée à la Santé publique et aux Saines Habitudes de vie, Lucie Charlebois, a dévoilé sa nouvelle Politique gouvernementale de prévention en santé 2015-2025.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le gouvernement du Québec a dévoilé cet automne sa nouvelle Politique gouvernementale de prévention en santé 2015-2025. Une politique qui se veut englobante, puisqu’elle interpelle de nombreux acteurs de la société québécoise, et qui fixe des cibles à atteindre d’ici 2025, cibles que la politique qualifie elle-même d’ambitieuses.

Qu’en pense l’Association des spécialistes en médecine préventive du Québec (ASMPQ) ? « C’est une excellente politique, puisqu’elle repose sur les bons contenus et qu’elle reflète les plus récents principes en santé publique, avance Isabelle Samson, présidente de l’ASMPQ. Les orientations que l’on y trouve sont absolument les bonnes, et les cibles, mêmes ambitieuses, sont atteignables. Nous possédons au Québec le savoir nécessaire et nous connaissons les interventions à faire pour atteindre ces cibles. En définitive, on ne peut qu’applaudir la mise en place de cette politique. »

Rappelons que l’ASMPQ regroupe les médecins qui oeuvrent en santé publique, en médecine préventive et en médecine du travail. L’ASMPQ compte présentement 198 membres. Cette pratique médicale, qui est une spécialité exigeant cinq années de résidence, est qualifiée de médecine populationnelle. Contrairement à la pratique médicale curative, qui s’intéresse aux maladies des individus, la médecine préventive s’intéresse plutôt aux maladies qui affligent les populations. « Comment se dessinent les maladies qui affligent une population ou un segment de celle-ci ? Quels sont les facteurs sociaux, environnementaux et de santé qui sont les causes de ces maladies et quelles sont les interventions que l’on peut faire pour les prévenir ? »

La politique en santé publique

Cette nouvelle politique en santé publique s’articule autour de quatre grandes orientations : le développement des capacités des personnes dès leur plus jeune âge ; l’aménagement de communautés et de territoires sains et sécuritaires ; l’amélioration des conditions de vie qui favorisent la santé ; et finalement, le renforcement des actions de prévention dans le système de santé et des services sociaux. Ensuite, chaque orientation contient de deux à trois objectifs précis. Par exemple, celle de l’amélioration des conditions de vie a comme objectif d’améliorer l’accès à une saine alimentation. De plus, la Politique fixe neuf cibles à atteindre d’ici 2025. Parmi celles-ci, notons, entre autres, l’accroissement de 49 % de l’offre en logements abordables, la réduction du tabagisme à 10 % de la population, l’augmentation de 18 % du nombre d’aînés recevant des services à domicile, et l’atteinte d’une consommation de cinq fruits et légumes par jour chez la moitié de la population québécoise.

Financement

La mise en place de la Politique gouvernementale de prévention en santé s’accompagne d’un investissement de 76,1 millions de dollars sur une période de dix ans. Est-ce suffisant pour en assurer la réussite ? « Évidemment que non, croit Isabelle Samson. D’autant plus que la santé publique est le parent pauvre du système de santé du Québec. Le Programme national de santé publique accapare seulement 2 % du budget alloué au ministère. Sans compter que la Santé publique a subi d’importantes compressions ces dernières années, notamment en régions, où le financement a fondu de 30 %. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que la réussite de cette Politique gouvernementale de prévention en santé passe par un investissement plus important que celui annoncé. »

Une réussite qui ne dépend pas seulement des acteurs du MSSS, mais aussi des autres acteurs de la société québécoise. « L’un des mérites de cette politique est qu’elle saisit bien l’importance et la nécessité de l’intersectorialité dans toute politique en santé publique et de prévention en santé. Sa réussite repose donc sur l’implication de plusieurs secteurs de la société québécoise. » Par exemple, la cible de hausser de 49 % l’offre en logements abordables ne peut être atteinte sans le concours de tous les paliers de gouvernements, municipaux dans une certaine mesure, mais surtout provincial et fédéral, car ce sont ces instances qui financent les programmes de construction de logements abordables.

De nouveaux outils

Mais au-delà d’un financement accru, de la part du MSSS et des autres ministères et instances concernés, Isabelle Samson plaide aussi en faveur de nouveaux outils en santé publique, dont notamment ce qu’elle qualifie de leviers. « Les leviers sont des lois et des règlements qui nous permettent d’agir avec plus d’efficacité pour corriger une situation, et malheureusement, la santé publique en a bien peu. » Elle donne en exemple le cas des logements insalubres. « Une direction de la santé publique peut bien détecter des cas de logements insalubres et documenter les effets nocifs sur la santé pour ces résidants et ensuite les signaler à la municipalité, mais elle ne peut guère faire plus. Ce sont les municipalités qui, par la loi, ont la compétence reconnue pour agir, mais comme l’exercice de cette compétence est facultatif, certaines municipalités l’exercent, avec plus ou moins de vigueur, d’autres, peu ou pas. Rendre l’exercice de cette compétence obligatoire en renforçant la loi permettrait aux directions de la santé publique d’être plus efficaces. »

Pour le moment, si l’ASMPQ applaudit la mise en place de cette nouvelle politique, elle demeure toutefois sur ses gardes. « Nous donnons la chance au coureur. Le gouvernement a promis le dépôt d’un plan d’action et on verra si ce dernier s’accompagne d’un meilleur financement et de nouveaux outils. On verra aussi à l’usage si les autres acteurs qui sont interpellés par cette politique sont au rendez-vous. Sur papier, c’est une bonne politique, mais il va falloir que les bottines suivent les babines. »

L’un des mérites de cette politique est qu’elle saisit bien l’importance et la nécessité de l’intersectorialité dans toute politique en santé publique et de prévention en santé

1 commentaire
  • Diane Viel - Abonnée 5 décembre 2016 17 h 18

    Leadership ministériel

    Une politique intersectorielle sans financement adéquat et surtout sans leader politique fort est l'équivalent d'une promesse de campagne électorale, c'est-à-dire une chimère.
    À titre d'illustration, s'il y avait un ministère de la neuro-chirurgie au Québec, croyez-vous qu'un Cégépien en serait le ministre ?
    Michel Pelletier
    Québec