L’aura des médecins remis en question

Diane Francœur, Dominique Hotte, Amir Khadir, Me Jean-Pierre Ménard, ainsi que notre animateur, Antoine Robitaille (à gauche)
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Diane Francœur, Dominique Hotte, Amir Khadir, Me Jean-Pierre Ménard, ainsi que notre animateur, Antoine Robitaille (à gauche)

Hausses de rémunération, accès difficile aux soins, avantages fiscaux, frais accessoires… Les médecins sont souvent montrés du doigt pour expliquer les tares du système de santé. Or, le méritent-ils ? Le second débat du Devoir cet automne a cherché à répondre à cette épineuse question.

Pour y répondre, on avait convié trois médecins : la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur, la jeune Dre Dominique Hotte du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée et le médecin-député Amir Khadir. Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit de la santé, complétait le panel.

D’entrée de jeu, ce dernier a lancé qu’« au Québec, on n’a jamais eu autant de médecins aussi bien payés et aussi peu accessibles ». Et d’ajouter qu’il avait fallu faire des compressions partout ailleurs dans le système pour payer les hausses de rémunération des médecins.

Lourde tâche

Invitée à justifier ces hausses, Mme Francoeur a fait valoir que les médecins n’avaient pas de fonds de pension, devaient faire rouler leurs bureaux, payer du personnel, etc. « On m’invite juste pour parler d’argent, a-t-elle déploré. Ça me ferait plaisir de vous dire tout ce qu’on fait. »

Tout en disant la préférer à son prédécesseur Gaétan Barrette, Amir Khadir a fait valoir que les associations comme la FSMQ « prenaient trop de place » et que les médecins ne s’étaient pas assez battus pour défendre le système public.

À ses yeux, un ajustement du salaire ne permettrait pas de régler « l’ensemble des problèmes » du système, mais il fallait notamment s’attaquer à la privatisation en douce du réseau public. Il a notamment déploré le transfert de ressources des CLSC vers les groupes de médecine familiale.

Invités à dire si les médecins étaient « tombés de leur piédestal », tous semblaient d’accord pour dire que les relations entre les médecins et les patients étaient excellentes et que les problèmes étaient plutôt « systémiques ».

« Le système de santé ressemble à l’île de Montréal avec ses cônes orange », a fait valoir la Dre Dominique Hotte.

S’il est une chose sur laquelle tous s’entendaient, c’est sur l’inefficacité du système et sur les torts du ministre de la Santé, Gaétan Barrette. À un certain moment, Mme Francoeur a insisté pour qu’on cesse de l’associer à son prédécesseur à la FSMQ et aux autres médecins du gouvernement. « Est-ce qu’on peut lâcher les Barrette, Couillard et Bolduc ? » a-t-elle demandé.

Me Ménard a quant à lui reproché au ministre Barrette de résister à l’accès à certaines informations sur les coûts des soins. « On devrait permettre au patient de savoir combien son médecin a facturé », a-t-il souligné en déplorant que la Régie de l’assurance-maladie n’offre pas un tel service.

Le Devoir de débattre a été présenté au Musée de l’Amérique francophone à Québec et sera diffusé en janvier à Canal Savoir. Il s’agissait du second débat depuis l’automne, le premier ayant été consacré à la course à la direction du Parti québécois.

7 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 24 novembre 2016 09 h 24

    L'aura du patient mis en réponse

    Merci au Le Devoir.
    On a pris du temps, le temps : 120 minutes. Les invités ont eu du temps pour dire et nuancer leur croires et leurs dires.

    J'y fus. J'ai quitté avec des idées élargies, des intuitions secondées ou infirmées. Bref, content de ma soirée. Coeur et esprit.

    C'est à voir, bientôt.

    Merci Antoine.

    Fierté au Le Devoir.

    Un beau moment de vie débatif.

  • Stéphan Boivin - Inscrit 24 novembre 2016 09 h 42

    « On devrait permettre au patient de savoir combien son médecin a facturé »

    Merci, merci, merci, Me Ménard, il est absolument impensable que ceux qui paient pour les services médicaux ne sachent pas combien coûtent ces services. Il faudrait que les Québécois commencent à développer un intérêt pour les affaires de l'État au lieu de faire confiance aveuglément à ceux qui nous dirigent.

    • Bernard Terreault - Abonné 24 novembre 2016 13 h 28

      Ça aurait peut-être aussi l'avantage de responsabiliser certains clients qui, sachant ce que ça coûte, abuseront moins, comme par exemple en faisant la tournée jusqu'à ce qu'un médecin prenne finalement votre bobo au sérieux et vous prescrive une pilule.

  • Jean Piuze - Abonné 24 novembre 2016 11 h 48

    Jean Piuze, Abonné

    La médecine se féminise, pour le mieux je pense. D'ailleurs, «aura» est un nom féminin...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 novembre 2016 23 h 25

    … l’aura … ?!?

    « au Québec, on n’a jamais eu autant de médecins aussi bien payés et aussi peu accessibles » (Jean-Pierre Ménard, avct spécialiste en droit de la Santé, Mtl)

    De cette citation, cette douceur :

    De cet « aussi bien-aussi peu », que de mystères à redécouvrir et débattre ?

    Pour éviter, et relancer, ce genre de mystères, conviendra-t-il, ici, d’inviter les autorités compétentes à rouvrir, d’exemple, le Contrat social, liant représentantEs du corps médical et de la gouvernance du Québec, à des fins de modernisation, d’évolution et d’efficience ?

    Oui, mais avec courtoisie et rigueur !

    Entre-temps, écouter, regarder ou repositionner …

    … l’aura … ?!? - 24 nov 2016 -

  • Yvon Bureau - Abonné 25 novembre 2016 08 h 43

    Un spécialiste ou un service?

    Exemple.
    Vous avez une peau fragile.
    Vous avez besoin souvent et régulièrement de consulter un dermatologue.

    Selon moi, pour les problèmes mineures et moyennement sérieux, quelqu'un du service de dermatologie pourrait suffire, et coûterait beaucoup moins cher et serait plus accessible.

    Que d'économie sur bien des plans possible!

    Aussi, avec mon cellulaire, je pourrais envoyer une photo du problème ...