Devoir de débattre sur les médecins: une cote d’amour en dents de scie?

Si la quasi-totalité des médecins interrogés se disent prêts à travailler avec d’autres, seulement 50 % de la population croit qu’ils sont disposés à le faire.
Photo: Spencer Platt / Getty Images / Agence France-Presse Si la quasi-totalité des médecins interrogés se disent prêts à travailler avec d’autres, seulement 50 % de la population croit qu’ils sont disposés à le faire.

Alors que la rémunération astronomique de certains médecins a récemment fait les gros titres et que Québec engage une nouvelle ronde de négociations avec la profession médicale, les médecins sont-ils réellement tombés de leur piédestal ?

C’est la question qui sera soulevée ce soir lors du débat organisé par Le Devoir à Québec, au Musée de l’Amérique francophone.

Fréquemment dénoncées ces dernières années, les largesses de l’État à l’endroit des médecins québécois, dont l’enveloppe consacrée à la rémunération atteint aujourd’hui 7,3 milliards, semblent avoir eu un effet plus que mitigé sur l’opinion des Québécois.

Question de confiance

Un sondage Léger réalisé auprès de 1000 personnes, et récemment publié dans Le Devoir, démontre que 45 % des Québécois jugent que les honoraires versés aux médecins sont « adéquats », alors que 34 % les estiment « trop élevés ».

D’autres coups de sonde démontrent également que, malgré les débats tumultueux qui entourent les sommes allouées à la profession médicale, la perception qu’ont les Québécois des médecins demeure très bonne.

Dans son Baromètre des professions 2015, la firme de sondage Léger affirme que les médecins spécialistes et les omnipraticiens se classent au 5e et au 6e rang des professions auxquelles les Québécois font le plus confiance, derrière les pompiers (1re place), les ambulanciers (2e place), les infirmières (3e) et les pharmaciens (4e). Un résultat très enviable par rapport à celui récolté par les policiers (28e), les juges (33e) ou les députés et ministres (53e).

Un clivage

Reste que la question de la rémunération et du rôle des médecins suscite des sentiments partagés dans la population. Dans un sondage réalisé auprès de ses propres membres et de la population en mars 2015, l’Association médicale du Québec (AMQ) a observé un clivage majeur entre la perception des médecins et celle du public sur plusieurs questions.

Pas moins de 57 % des personnes sondées jugent les médecins « fermés » à d’éventuels changements dans leur pratique, alors que plus de 85 % des médecins s’estiment ouverts. Si la quasi-totalité des médecins interrogés se disent prêts à travailler avec d’autres, seulement 50 % de la population croit qu’ils sont disposés à le faire.

Pour ajouter au débat, le rapport de la vérificatrice générale signalait en 2015 un dépassement de 800 millions observé dans la rémunération réelle allouée aux médecins entre 2010 et 2015, par rapport aux sommes prévues. Quelque 417 millions auraient été versés en trop par Québec, alors qu’un montant de 400 millions projeté en économies ne s’est jamais réalisé. Somme toute, les incitatifs financiers consentis aux médecins ne se sont pas d’emblée répercutés par une amélioration notable de l’accès aux services.

Alors que l’enveloppe liée à la rémunération médicale devait atteindre 9 milliards en 2020, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a déjà indiqué son intention de rouvrir les ententes et de stopper la hausse prévue. À son avis, le salaire des médecins québécois a d’ores et déjà rejoint celui versé aux médecins ontariens, et l’effort de rattrapage entrepris dans les années 2000 n’est plus justifié.

Toutes ces données serviront de toile de fond au débat public organisé par Le Devoir, qui réunira ce soir la Dre Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, la Dre Dominique Hotte, co-porte-parole du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée, Amir Khadir, député de Mercier et porte-parole de Québec solidaire en matière de santé, et Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit de la santé.

3 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 novembre 2016 08 h 13

    … débats !

    « … les médecins sont-ils réellement tombés de leur piédestal ? » (Isabelle Paré, Le Devoir)

    Oui et non, mais ?!?

    Oui et non si, du monde des médias et sondages favorable ou selon, la Maison du Peuple, déclarant son intérêt possible et s’excusant-s’abstenant ou pas, sollicite et délivre une Commission parlementaire sur et concernant la nature et les objets dudit Contrat social qui, liant le Monde médical à l’État, sont appelés à être revisités, modernisés et adaptés !

    Mais ?!?, outre les réactions susceptibles d’alimenter la réouverture des ententes prévue par l’actuel titulaire du MSSS, peu importe la hauteur du piédestal, est-il comme yahou d’espérer que le positionnement actuel-éventuel des médecins s’actualise-humanise là où ils se trouvent d’honneur et de compétence, et ce, dans le respect des droits-devoirs et des personnes concernées et, hélas ?!, du Système complaisant-valorisant ou selon ?

    Mais ?!?, également, est-il de sagesse de revisiter la médecine qui, d’origine psychiatrique, risque quelques surprises, notamment sur le plan d’orientation-application de service et d’approches ?

    Entre-temps, vive le monde de l’action et des …

    … débats ! - 23 nov 2016 -

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 23 novembre 2016 08 h 22

    l'Ignorance prévaut

    Le seul domaine qui augmente plus que celui des salaires des médecins dans le secteur de la santé est celui des maladies iatrogènes.

    Si la perception qu’ont les Québécois des médecins demeure très bonne, c'est que les Québécois sont ignorants des statistiques concernant les maladies iatrogènes.

    Aux États-Unis seules les maladies iatrogènes dépassent en nombre les décès par accidents de la route.

    Il faudrait une enquête publique pour mettre au courant la population des affres de la médecine en Amérique du Nord et en Europe.

    L'autisme (1/89 naissances), erreurs médicales, maladies iatrogènes sont en énorme progression et personne n'en parle. Pourquoi personne n'en parle ? Trop de milliards de dollars en jeu peut-être ?

  • Patrick Daganaud - Abonné 23 novembre 2016 08 h 29

    LA TROP GRANDE RICHESSE CONTRIBUE À LA PAUVRETÉ

    La trop grande richesse contribue à la pauvreté.

    Et, tous les médecIns le savent, enfin presque, la PAUVRETÉ contribue À LA MALADIE.

    La richesse contribue aussi à une sacralisation et à une consécration (que révèlent les sondages) qui plongent plusieurs médecins dans L'INCONSCIENCE DU BIEN COMMUN.