Sombre bilan pour les Québécois

52% des Québécois présentent un surpoids, et 18% d'entre eux souffrent d'obésité.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir 52% des Québécois présentent un surpoids, et 18% d'entre eux souffrent d'obésité.

La croissance de l’embonpoint et de l’obésité notamment chez les jeunes Québécois préoccupe particulièrement le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, et ce, compte tenu du fait que le surplus de poids favorise le développement de maladies chroniques, telles que le diabète qui est en forte progression au Québec.

Le Dr Arruda déposait mercredi le rapport annuel sur la santé de la population québécoise qui montre qu’en 2013-2014, 52 % des Québécois présentaient un surplus de poids que l’on pouvait associer à l’obésité chez 18 % d’entre eux. Plus inquiétant encore est le fait que 6 % des jeunes Québécois de 12 à 17 ans, et 17 % de ceux qui sont âgés de 18 à 34 ans, sont obèses. « Cette prévalence découle de nos mauvaises habitudes de vie, dont une alimentation trop pauvre en fruits et légumes, mais riche en sel, en sucre et trop souvent composée de préparations industrielles », a fait remarquer le Dr Arruda avant d’ajouter qu’il faudra adopter des politiques qui rendront plus accessibles les fruits et légumes, et qui restreindront l’accès aux aliments industriels. « Si on améliore notre alimentation et on augmente l’activité physique, on diminuera le diabète, les maladies cardiaques et le cancer. Il nous faut aussi aménager les environnements urbains et les entreprises de façon à favoriser l’activité physique. Il faut rendre les parcs et les cours d’école plus adaptées à la pratique sécuritaire de sports, et ce, particulièrement dans les milieux défavorisés. Il n’est pas nécessaire de pratiquer du sport d’élite, il faut seulement que l’activité physique s’intègre dans notre vie courante. »

Le Dr Arruda se désole aussi de la hausse des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), dont la syphilis, la gonorrhée — qui a bondi de 90 % entre 2010 et 2015 — et la chlamydiose génitale — qui s’est accrue de 41 % —, et ce, d’autant plus que près des deux tiers des personnes atteintes de chlamydiose génitale sont des jeunes âgés de 15 à 24 ans. « Les précautions que les gens prenaient pour ne pas contracter le VIH se relâchent », déplore-t-il, avant de rappeler que « ces infections se soignent mais elles rendent souvent les personnes infertiles ».

Le directeur de la Santé publique se réjouit par ailleurs que l’espérance de vie des Québécois atteigne aujourd’hui 83 ans, alors qu’elle n’était que de 73 ans en 1975-1977. Il souligne aussi que la mortalité infantile et la mortalité prématurée, c’est-à-dire avant l’âge de 75 ans, ont significativement décliné depuis 1980. Il salue la baisse importante du tabagisme, mais précise qu’encore 20 % des Québécois sont des fumeurs quotidiens ou occasionnels. « Ces gains démontrent que l’on peut améliorer la santé des Québécois. Toutefois, nos données révèlent que la distribution de ces gains n’est pas égale dans tous les groupes de la population. Il nous faut notamment apporter plus de soutien aux parents des milieux défavorisés, sous forme de mesures compensatoires dans les écoles et les garderies », a-t-il déclaré en donnant en exemple le fait qu’environ 33 % des enfants qui vivent dans un milieu défavorisé éprouvent des difficultés dans au moins un domaine du développement global, mais que si ces enfants fréquentent une garderie, 50 % de ces difficultés disparaissent.

La prévention doit commencer tôt, notamment par l’allaitement. Bien que 89 % des Québécoises commencent à allaiter leur bébé dès la naissance, seulement 20 % le poursuivent de manière exclusive pendant six mois ou plus.
 

De plus, seulement 71 % des enfants de deux ans ont reçu tous les vaccins recommandés pour leur âge, ce qui est bien en deçà des 95 % qui sont requis pour enrayer la propagation de certaines infections très contagieuses, comme la rougeole.
 

Entre 2003 et 2014, près des deux tiers des utilisateurs de drogues par injection ont contracté le virus de l’hépatite C, et moins de 20 % d’entre eux ont reçu un traitement pour leur infection.

Pauline Gravel