Cliniques financées par l’industrie de la marijuana: le Collège des médecins est inquiet

La culture de la marijuana médicale est en hausse au Canada.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La culture de la marijuana médicale est en hausse au Canada.

Les cliniques médicales qui se font financer par l’industrie de la marijuana médicale inquiètent le Collège des médecins du Québec. Mais celui-ci a les mains liées, car il ne peut sévir que contre ses médecins. Une situation que le Collège somme justement Québec de corriger.

Le Collège des médecins du Québec « déplore cette situation, car il est vrai qu’elle va à l’encontre des obligations déontologiques des médecins », a dit lundi sa porte-parole Caroline Langis. Le code de déontologie du Collège interdit aux médecins « toute commission, ristourne ou tout avantage matériel ».

Le problème, c’est que ces ententes sont conclues entre producteurs de marijuana médicale et cliniques — et non pas directement avec des médecins — « et nous n’avons pas accès aux ententes d’affaires qui lient les médecins aux entreprises (cliniques, dispensaires, boutique) », note Mme Langis. Ce qui permet d’esquiver les règles de l’association médicale.

Les représentants du Collège ont justement demandé à Québec, dans le cadre de son projet de loi 98 modifiant la gouvernance des ordres professionnels, de leur octroyer le pouvoir d’intervenir contre ce genre d’entreprises signant de tels contrats avec des médecins. Le bureau du ministre de la Santé Gaétan Barrette a renvoyé la balle à celui de la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, qui n’a pas été en mesure de faire de commentaires lundi après-midi.

Ententes financières

Le Devoir révélait lundi que plusieurs producteurs de marijuana médicale du pays avouent avoir conclu des ententes financières avec des cliniques prêtes à prescrire leur produit. Ils versent par exemple des subventions aux cliniques pour les aider à offrir des programmes d’éducation à leurs médecins et leurs patients sur les syndromes pouvant être soulagés par la marijuana médicale et les façons de la consommer. D’autres producteurs récompensent les cliniques qui partagent leur matériel de marketing.

Mais les producteurs de marijuana médicale contactés par Le Devoir ont tous refusé de citer les cliniques avec lesquelles ils font affaire. « Aucune enquête du syndic ne peut être ouverte sans le nom d’un médecin. Nous ne sommes pas non plus autorisés à “aller à la pêche” en simulant des visites médicales sous le couvert de l’anonymat », explique Mme Langis. Le Collège ne peut donc que rappeler à ses membres leurs obligations déontologiques.

Le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario — où se trouvent les deux tiers des producteurs autorisés de marijuana médicale du pays — n’a pas souhaité commenter les cas précis rapportés par Le Devoir. Mais une porte-parole a noté que, de façon générale, lorsque le Collège entend parler de pratiques inquiétantes il peut réitérer à ses membres leurs obligations professionnelles ou enquêter s’il apprend qu’un médecin pourrait avoir commis une faute professionnelle. Le code de déontologie du collège ontarien définit lui aussi que de « recevoir des retombées, à la fois directement et indirectement, d’un fournisseur de produits et services médicaux » constitue « une faute professionnelle grave ».

3 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 15 novembre 2016 06 h 18

    Un faux prétexte?

    L'argument du «voile corporatif» qu'on ne saurait juridiquement relever est à «prendre avec des pincettes» : on peut vigoureusement le contrer juridiquement en... se demandant réellement où va l'argent (follow the money) et en identifiant ceux qui en bénéficient directement ou indirectement...On peut aussi publiquement manifester la plus forte indignation à propos d'une situation, questionner les bonnes personnes (le monde médical est bien petit...) et vouer les délinquants à la géhenne: la radiation, de lourdes amendes, l'opprobe au sein de la profession médicale et de la population, autrement dit la mise en veilleuse d'une brillante carrière.

  • François Dugal - Inscrit 15 novembre 2016 07 h 54

    Le drame

    Des "patients" qui décident eux-même de leur médication, ignorant l'avis éclairé de leur "médecin de famille", est, pour le "collège" et ses membres, un drame inqualifiable.

  • Jean-François Trottier - Abonné 15 novembre 2016 08 h 01

    Mais impuissant... COmment ça, impuissant ?

    Le Collège des médecins est tout ce qu'on veut sauf impuissant.

    Il ne peut agir directement envers une clinique mais il peut certainement dénoncer publiquement leur position dans une clinique. C'est une question de probité et de retour auprès du public qui lui donne un ascendant incroyable sur lui-même et son gouvernement.

    Il peut défendre du bout des lèvres les médecins y mêlés, question de les mettre enfin face à leurs propres responsabilités.

    Il peut recommander au gouvernement de créer une Société de gestion de la marijuana dès sa légalisation, avec standards fixes en puissance et en formats, interdiction totale de publicité, contrôle de la distribution et taxation spécifique pour les producteurs contrairement à la TVQ, question de ne pas leur permettre le jeu des intrants et extrants.

    Le Collège peut beaucoup. En général il ne sort son armement lourd qu'au cours des négociations avec le gouvernement. Il serait temps qu'il joue un peu le rôle pour lequel il a été créé.