Un stress de plus pour les cardiaques

<p>Tous les patients opérés à coeur ouvert depuis le 1er novembre 2011 et qui ont été en contact avec l’appareil seront contactés.</p>
Photo: Julie Dessureault

Tous les patients opérés à coeur ouvert depuis le 1er novembre 2011 et qui ont été en contact avec l’appareil seront contactés.

Des milliers de patients opérés à coeur ouvert depuis 2011 sont à risque d’avoir contracté une bactérie en raison de sa présence possible dans un appareil utilisé lors des chirurgies. Les hôpitaux qui utilisent l’appareil en cause ont envoyé des avis à 23 042 patients concernés mardi, dont 1044 enfants.

La plupart des hôpitaux, qui ont été avertis une première fois du risque par la compagnie en juin 2015, continuent à utiliser l’appareil, faute de solution de remplacement. Les patients sont avertis du risque, que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) estime faible. C’est la publication d’un avis de sécurité par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américain le 13 octobre a poussé les hôpitaux à intensifier leurs actions dans ce dossier.

Seuls deux cas de contamination chez des patients sont confirmés pour l’instant. Ces derniers sont traités.

Le coupable de cette vaste opération de rappel de patients est un générateur thermique, fabriqué en Allemagne, qui aurait été contaminé par la bactérie Mycobacterium chimaera lors de sa fabrication. Le risque que cette bactérie infecte des patients varie de 0,1 à 1 %, selon les CDC américains. L’infection, bien que rare, peut être sérieuse.

Mycobacterium chimaera est omniprésente dans la nature, dont l’eau potable. Elle est normalement inoffensive et n’est pas contagieuse. Mais en contexte opératoire, elle peut infecter les patients et plusieurs années peuvent s’écouler avant l’apparition des symptômes. Les établissements demandent aux patients d’être attentifs à une fièvre importante, une perte de poids inexpliquée, des douleurs musculaires et articulaires, des sueurs nocturnes et de la fatigue.

Les appareils encore utilisés

Dans plusieurs établissements contactés par Le Devoir, ces générateurs thermiques sont toujours utilisés en prenant une série de précautions, car le risque de reporter la chirurgie est plus grand que celui que pose la bactérie, explique le MSSS.

Le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, qui a contacté près de 700 jeunes patients qui pourraient avoir été en contact avec la bactérie, doit continuer à utiliser ses deux appareils. Seulement quelques chirurgies non urgentes ont été reportées cette semaine. « On a dû opérer, explique le Dr Marc Girard. On aimerait bien mettre la main sur de nouveaux équipements, mais comme ça touche toute l’Amérique du Nord, c’est difficile. » Le directeur des affaires médicales et universitaires de l’hôpital pédiatrique assure que tout est fait pour « minimiser les risques au maximum ».Mycobactérium chimeara n’a jamais été détectée chez un patient de l’hôpital.

L’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec aussi utilise toujours ces appareils. « Ils sont soumis à des tests continus », indique le responsable des communications, Joël Clément. « Nous expliquons aux patients qui doivent être opérés, depuis la semaine dernière, le risque supplémentaire que comporte la chirurgie, lequel est faible », ajoute-t-il. Aucune intervention n’a été annulée. L’Institut possède six de ces appareils.

Même son de cloche au CUSM, où aucun patient infecté n’a été détecté. Les appareils sont toujours utilisés car il n’y en a pas d’autres de disponibles, indique la responsable des communications, Gilda Salomone.

L’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), qui a recensé deux personnes infectées parmi ses patients, a remplacé ses six appareils. L’ICM a été le premier établissement à contacter plus de 8000 patients, la semaine dernière. Deux patients opérés en mars 2015 ont contracté la bactérie, et ont été diagnostiqués en septembre dernier, indique la responsable des communications, Lise Plante.

Le CHUM a également décidé de ne plus utiliser ses deux appareils concernés par le problème ce mois-ci. Aucune chirurgie n’est reportée, indique la directrice des communications, Irène Marcheterre, car le CHUM possède quatre autres appareils non contaminés.

L’Hôpital de Chicoutimi et le CHUQ utilisent aussi ces appareils et ont contacté les patients concernés.

L’appareil n’est pas en contact direct avec les patients. Il agit un peu comme un climatiseur. Quand un patient est opéré à coeur ouvert, sa circulation sanguine est déviée vers un coeur artificiel. Le générateur thermique est utilisé de concert avec ce dernier pour abaisser la température du sang. La mycobactérie aurait contaminé l’eau qui entre dans la fabrication de l’appareil dans l’usine de fabrication. Elle pourrait être transmise aux patients en étant projetée dans l’air de la salle opératoire lors de l’utilisation.

Chronologie

Les Suisses ont été les premiers, en 2014, à faire le lien entre des patients malades et les générateurs thermiques. Deux patients suisses en sont décédés.

En juin 2015, la compagnie en cause, l’allemande Sorin-LivaNova, a envoyé un avis officiel sur les risques. À ce moment-là, tous les hôpitaux du Québec ont réagi, indique le Dr Jean Longtin, médecin microbiologiste en chef au Laboratoire de santé publique du Québec. « Des protocoles de désinfection et de minimisation du risque ont été mis en place, ce qui a grandement diminué le risque posé par les appareils », estime-t-il. Mais les patients n’ont pas été avertis.

Le 13 octobre dernier, devant de nouvelles preuves scientifiques, les CDC ont diffusé un avertissement. L’organisme a recommandé aux établissements qui possèdent des appareils fabriqués avant septembre 2014 de « fortement considérer » leur remplacement et de ne les utiliser que pour des interventions urgentes ou lorsque la vie des patients est en jeu. Mais même les appareils fabriqués après septembre 2014 peuvent être contaminés, selon les CDC.

Le Dr Longtin estime que « la réponse des établissements a été assez rapide ». « Nous sommes parmi les premiers à avertir les patients potentiellement exposés », dit-il.

Les hôpitaux du Québec possèdent 31 de ces appareils. « Dans un monde idéal, l’ensemble des dispositifs en question serait remplacé, indique la responsable des communications du MSSS, Noémie Vanheuverzwijn, mais la réalité est tout autre. Comme cette situation est mondiale, Sorin éprouve des difficultés majeures à répondre à la demande. »

Pour l’instant, le remplacement des appareils se fait aux frais des établissements.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 2 novembre 2016 02 h 40

    Quels irresponsables?

    Comment des choses semblables sont elles possibles, comment des compagnies de niveau internationale peuvent-elles faire de ces erreurs, qu'elle sont ces foutus chercheurs qui n'ont pas pris toutes leurs précautions, que faudrait-il leurs faire, les mette en prison pour le restant de leurs jours