Diagnostic alarmant sur le système de santé

Vancouver — Le système de santé tel qu'on le connaît ne durera pas encore 10 ans si Ottawa ne participe pas davantage à son financement, ont affirmé hier les premiers ministres provinciaux à l'issue de la première réunion du Conseil de la fédération.

«Le système de santé n'est pas viable et les principes de la Loi canadienne sur la santé sont en grave danger», a affirmé le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Pat Binns, lors d'une conférence de presse tenue à l'issue de la seconde et dernière journée de rencontre du conseil.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a renchéri.

«L'appréciation que nous voulons partager avec les citoyens aujourd'hui est la suivante: c'est qu'au rythme où nous allons avec nos systèmes de soins de santé, ils ne seront pas viables dans 10 ans d'ici. Ils sont sérieusement remis en question. Et le gouvernement fédéral ne fait pas sa part.»

«Mais on va poser un certain nombre de gestes dans les prochaines semaines qui vont nous permettre d'engager un débat avec les citoyens et, comme il y aura le budget fédéral bientôt et qu'il y aura une élection fédérale qui sera ensuite tenue, ce sera l'occasion justement pour nous de débattre de ces questions-là.»

M. Charest a déploré l'attitude d'Ottawa ces derniers temps, affirmant que, depuis la rencontre des premiers ministres provinciaux avec leur homologue fédéral tenue en janvier, trois choses avaient changé, à savoir l'annonce d'un surplus budgétaire fédéral plus important que prévu, l'annonce de dépenses du fédéral dans des domaines de compétence provinciale (municipalités) et une réduction des «transferts [de péréquation] de trois milliards».

«Ce que ça nous annonce, c'est que, du côté fédéral, on ne sait pas où ils s'en vont.»

De son côté, le premier ministre de l'Alberta, Ralph Klein, n'y est pas allé par quatre chemins: il a affirmé que si Ottawa «n'entame pas des négociations sur une réforme significative, alors nous sommes prêts à envisager de le faire seuls».

«Mais nous allons devoir examiner les chiffres pour déterminer si, par le biais de certains mécanismes, nous pouvons économiser autant que nous recevons en paiements de transfert.»

Aucun autre premier ministre n'a dit que sa province suivrait la même voie, mais Bernard Lord, du Nouveau-Brunswick, a affirmé que le fait que l'Alberta envisage cette solution est une mauvaise nouvelle pour Ottawa et le système de santé canadien.

«Si la plus riche province au Canada pense que le système peut ne pas être viable comme il est, imaginez ce que cela signifie pour les autres.»

À Ottawa, plus tôt hier, le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, a assuré qu'il ferait tout pour accroître encore les transferts fédéraux aux provinces pour la santé, mais il n'a rien pu garantir dans l'optique du prochain budget fédéral, qui sera dévoilé le 23 mars.

«[La santé] c'est la priorité numéro un, mais il y a aussi d'autres demandes pressantes [...]. Je dois essayer d'équilibrer tout cela. Mais je comprends très clairement ce que les Canadiens disent à propos du système de santé.»

De son côté, le ministre de la Santé et des Affaires intergouvernementales, Pierre Pettigrew, ne s'est pas montré surpris des requêtes formulées par les premiers ministres des provinces, à Vancouver. Il a rappelé que les ministres des Finances et de la Santé se rencontreront le mois prochain.

«Nous comprenons qu'il y a de nouvelles demandes. C'est tout à fait normal. C'est normal. C'est très rare que des provinces se réunissent sans demander de l'argent au gouvernement canadien.»

Le ministre Pettigrew a par ailleurs nié que les municipalités aient désormais préséance sur les demandes financières des provinces, notamment en ce qui a trait aux soins de santé.

Actuellement, le fédéral finance à hauteur de 16 % les services de santé au pays. Le rapport de la commission royale d'enquête menée par l'ancien premier ministre Roy Romanow a recommandé que la part du fédéral soit relevée à 25 %.