Jusqu’où doit-on traiter l’Alzheimer?

Une dame atteinte d’Alzheimer, dans une maison de retraite de l’est de la France.
Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Une dame atteinte d’Alzheimer, dans une maison de retraite de l’est de la France.

La commission chargée de l’évaluation des médicaments en France a recommandé à la ministre de la Santé de ne plus rembourser quatre médicaments couramment prescrits aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer parce qu’elle les juge inutiles et responsables d’un « gouffre financier ». Ces mêmes médicaments sont couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) quand le médecin traitant en fait la demande, et pour le moment les experts québécois appuient pleinement ce remboursement.

Selon le chercheur Judes Poirier, directeur de l’Unité de neurobiologie moléculaire à l’Institut Douglas et professeur au Département de médecine et de psychiatrie de l’Université McGill, « les intentions » derrière cette recommandation de la commission française « sont surtout d’ordre économique et peu axée sur le bien-être des patients ». Ces quatre médicaments, l’Exiba, l’Aricept, l’Exelon et le Reminyl, ont été approuvés en s’appuyant sur les résultats de plusieurs études effectuées selon les règles scientifiques et qui ont démontré une certaine efficacité.

« Ces médicaments fonctionnent chez une bonne proportion des patients, mais ils ne sont pas miraculeux. Ils ne permettent absolument pas de guérir, ils ne font qu’atténuer les symptômes temporairement car ils n’agissent aucunement sur le processus menant à la mort des neurones. Ils ne font que stimuler les neurones toujours en vie à travailler plus fort. Ce qui se traduit par un bénéfice non négligeable puisque chez un tiers des patients, ils améliorent les symptômes pendant de 12 à 18 mois, voire parfois deux ans, et chez un autre tiers des patients, ils stoppent la progression de la maladie et stabilisent les symptômes. Ce n’est pas une victoire, mais ce n’est certainement pas une défaite », explique M. Poirier avant de faire remarquer que « certains, en l’occurrence les Européens, considèrent qu’une absence de déclin n’est pas un bénéfice ».

Et la dernière phase ?

Au Québec, le débat concerne davantage la dernière phase de la maladie, qu’on dit sévère. Doit-on continuer à administrer ces médicaments à des patients qui sont pratiquement perdus ? « Pour des raisons purement financières, les Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sont incités à couper dans les médicaments administrés aux patients, dont notamment ces traitements pour l’Alzheimer sous le prétexte qu’ils ne servent plus à rien. Or, quand on a cessé d’administrer ces médicaments qui semblaient n’avoir aucun effet chez ces patients en phase sévère, 20 % d’entre eux se sont écroulés », souligne M. Poirier avant d’ajouter que des études pharmaco-économiques réalisées par des universitaires ont estimé que ces médicaments permettent de reporter de 12 à 18 mois l’entrée d’un patient atteint d’Alzheimer dans un Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). « En termes concrets, cela représente une économie de 45 000 $ par année pour chacun des 125 000 patients québécois », précise-t-il.

Les défenseurs de la recommandation font valoir qu’il existe désormais des traitements non pharmacologiques qui s’avèrent efficaces. On sait que le traitement agressif des maladies vasculaires, comme l’hypertension, un cholestérol élevé et le diabète, atténue la progression de la maladie. On a aussi remarqué qu’une activité physique régulière et l’adoption de la diète méditerranéenne ont des effets positifs, mais qui sont nettement inférieurs à ceux que procurent les médicaments. Les thérapies cognitives et comportementales procurent également un bénéfice, mais l’adhérence à ces pratiques n’est pas très élevée. Toutes ces approches « ne stabilisent ni n’améliorent les symptômes comme le font les quatre médicaments. De plus, pour de nombreuses personnes âgées, il est difficile de faire 45 à 60 minutes d’exercice trois fois par semaine. Toutefois, il semble que combiner les médicaments à ces changements de mode de vie donne des résultats supérieurs à ceux du médicament seul », affirme M. Poirier.

Les effets secondaires

La première vague de médicaments était administrée par voie orale et indisposait du coup le système gastrique. Plus récemment sont apparus les timbres que l’on colle sur la peau et qui préviennent ainsi le dérèglement du système digestif et la majorité des effets secondaires.
2 commentaires
  • Eric Lessard - Abonné 20 octobre 2016 10 h 14

    Analogies

    Je serais tenter de faire ici quelques anologies. L'alzheimer fait peur dans les années 2010 comme le sida faisait peur dans les années 1980.

    En réalité, c'est que la santé, qu'elle soit mentale ou physique, repose sur un équilibre que la science officielle risque d'être la dernière à admettre.

    Autre analogie, le gros de la population, fait une confiance aveugle au système médical officiel. Le contrôle des médecins risque d'ailleurs de s'aggraver. J'ai entendu dire qu'on pourrait empêcher de donner par des employés d'un hopital ou d'un CHSLD des médicaments qui ne sont pas sur la liste officielle des médicaments reconnus.
    Ce qui veut dire que si vous aviez convaincu les responsables de votre CHSLD de donner un médicament ou même un produit naturel comme le curcuma et l'huile de noix de coco à votre parent Alzheimer avancé, qui n'est plus en mesure de le prendre par lui-même, les employés seraient obligés de vous refuser ce service, même si vous payer une somme non négligeable pour qu'on s'occupe de lui.

    J'ai lu dans des magazines français genre Le Point ou L'Express que l'Alzeimer, dont on s'attendait à une explosion de cas, serait plutôt en nette régression en France et aux Etats-Unis. Il circule un protocole de produit naturels qui pourrait aider beaucoup à tout le moins à prévenir, voire à soigner la maladie. Elle comprend entre autres du curcuma, du bacopa ou du gotu kola, de l'ashwagandha, de l'huile de noix de coco, de l'huile MCT (Medium chain triglicirides), etc. Il y a aussi un régime alimentaire à suivre qui ressemble beaucoup à celui qu'a trouvé Nathalie Champoux pour renverser l'autisme de ses deux enfants, dans son livre "Etre et ne plus être autiste".

    Je connais une enfant qui avait un simple problème de constipation, probablement dû a une alimentation trop pauvre en graisse. Ses parents sont allés voir un spécialiste qui lui a donné un médicament aggressif avec des effets secondaires non négligeables, alors qu'un peu d'huile aurrait pu.

  • Eric Lessard - Abonné 20 octobre 2016 10 h 55

    Suite de ma réflexion

    ...un peu d'huile aurait pu résoudre son problème de constipation.

    Autrement dit, souvent, une bonne partie de la population croit que la santé est une question de chance. Les gens en connaisent souvent davantage sur la mécanique automobile que sur la manière de s'occuper de sa propre santé.

    Ce sont très souvent des gens hors système qui ont prévenus des dangers du tabac, des dangers du sucre, et qui aujourd'hui essaient de sonner l'alarme concernant le gluten ou qui essaient de sensibiliser sur les bienfaits de certaines médecines millénaires comme l'ayurvéda ou la médecine traditionnelle chinoise.

    Heureusement, avec le big data et les autres progrès, il est de plus en plus facile pour monsieur tout le monde de savoir comment prendre soin de sa santé ou de soigner et prévenir certaines maladies.

    La science ne sera plus le privilège d'un petit groupe qui essaie de contrôler, un peu comme autrefois l'église catholique pouvait imposer son dogme sans que personne ose la questionner.

    La naturopathe Louise Tenney, dit dans son livre "Today's herbal health" que la maladie d'Alzheimer est une maladie lié au désespoir. Je crois qu'il y a une dimension psychologique à ne pas négliger dans cette maladie.

    Les naturopathes et autres spécialistes des médecines alternatives comme les chiros, les acuponcteurs, ainsi que des gens ordinaires qui font des recherches ont beaucoup de potentiel pour améliorer la santé globale de la population.

    Evidemment, l'homme est mortel, mais l'espérance de vie grimpe de trois mois par année. Il faut donc garder l'espoir qu'un jour on parviendra à mieux soigner ses terribles maladies.