Les jeunes médecins s'engagent dans une chasse aux postes

Les nouvelles ententes sur les effectifs médicaux font grincer les dents des jeunes médecins. Craignant de voir leurs perspectives d'embauche limitées prochainement, certains se lancent même dans une chasse aux postes avant que les nouvelles règles du jeu n'entrent en vigueur.

Les jeunes médecins résidents sont loin d'être enchantés des nouveaux plans d'effectifs qui pourraient bientôt bloquer leurs espoirs d'embauche dans certaines régions urbaines. Leur fédération fait même campagne pour encourager ses membres à postuler à des postes qui risquent d'être abolis au cours des prochaines semaines dans la foulée de ces ententes.

Cette prise de position de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) survient alors que le ministère de la Santé vient à peine de signer avec les médecins omnipraticiens, et signera prochainement avec les spécialistes, deux ententes sur la répartition des effectifs médicaux qui aura pour effet d'expédier plus de jeunes médecins en région en 2004.

Or, dans une lettre expédiée le 13 janvier, la FMRQ incite ouvertement ses membres à postuler rapidement à certains postes avant que ces derniers, dont la liste est d'ailleurs fournie, ne soient abolis par le ministère de la Santé. «Certains postes des PREM [plans régionaux d'effectifs médicaux] 2001-2003 sont actuellement disponibles. Toutefois, le ministère [de la Santé] entend les abolir. Si ceux-ci vous intéressent, vous devez faire vos demandes de nomination immédiatement avant que les nouveaux PREM soient approuvés», explique cette lettre, envoyée aux résidents de huit spécialités différentes, notamment la radiologie-diagnostique, la chirurgie, l'orthopédie et la cardiologie.

Interrogé sur cette campagne d'information, qui pourrait avoir pour effet de court-circuiter l'impact des nouvelles ententes conclues, le Dr Patrick Garceau, président de la FMRQ a reconnu que certains aspects des nouveaux PREM mécontentaient grandement les jeunes médecins.

«Nous ne sommes pas contre les PREM, mais contre le fait que le ministère tripote les chiffres. Ce n'est pas aux résidents de payer pour les erreurs de planification des effectifs faites par le passé», a défendu le Dr Garceau, qui juge déplorable que les jeunes médecins voient leurs choix d'emplois limités, alors que le Québec vit sa plus importante pénurie médicale.

L'entente conclue avec les médecins omnipraticiens plafonne en effet le nombre de médecins qui pourront s'installer dans certaines régions mieux pourvues. Quant à l'accord qui reste à conclure avec les spécialistes, il a pour but de doubler le nombre de jeunes spécialistes qui iront travailler en région. Or, les jeunes médecins affirment que même en régions urbaines, le nombre de postes vacants correspond à des besoins réels.

«On est contre le fait de "fermer" certaines régions aux jeunes omnipraticiens, comme Québec ou l'Estrie. Pour nous, ça ne traduit pas la réalité sur le terrain», déplore le Dr Garceau.

Les résidents, qui ont pourtant participé aux négociations sur les PREM, ne se disent pas du tout opposés à la philosophie visant à mieux répartir les ressources médicales sur le territoire québécois, mais craignent les décisions arbitraires des fonctionnaires. «Quand on nous dit que les besoins en cardiologie sont plus importants à Gaspé qu'à Québec, nous ne sommes pas d'accord. Il y a aussi des décisions politiques qui se prennent», a commenté le porte-parole des résidents.

On ignore pour l'instant si plusieurs résidents ont répondu à l'appel de leur fédération. Selon le Dr Garceau, plusieurs des jeunes médecins qui commenceront à exercer en juillet ont trouvé du travail et concluent des ententes avec des hôpitaux, depuis plusieurs mois déjà.