Le Commissaire à la santé s’alarme d’un effritement des services

Les personnes en situation de handicap ou celles ayant une déficience intellectuelle ou physique requièrent des services sociaux variés, mais «ce secteur déjà sous-financé serait souvent la première victime des vagues de coupes et des réformes successives», écrit le Commissaire à la santé et au bien-être.
Photo: iStock Les personnes en situation de handicap ou celles ayant une déficience intellectuelle ou physique requièrent des services sociaux variés, mais «ce secteur déjà sous-financé serait souvent la première victime des vagues de coupes et des réformes successives», écrit le Commissaire à la santé et au bien-être.

Après le Protecteur du citoyen, c’est le Commissaire à la santé et au bien-être qui sonne l’alarme en affirmant que, du point de vue des citoyens, le panier de services en santé et services sociaux « s’effrite ». Ces derniers plaident pour un réinvestissement en prévention.

« C’est ce que les gens vivent sur le terrain », relate Anne Robitaille, la commissaire par intérim qui dirige l’organisme voué à disparaître, puisqu’il a été aboli lors du dernier budget, en mars. « Pour les citoyens, le panier de services s’effrite, certes, mais il leur semble aussi inadapté, comme s’il n’avait pas su s’adapter aux besoins contemporains. »

Le commissaire a consulté quelque 6000 citoyens sur le thème du panier de services, par le biais d’un sondage, de groupes de discussion en région, de rencontres de consultation et de séances de délibération du Forum de consultation. Des dizaines de mémoires d’organismes ont aussi été déposés, organismes regroupant les voix d’environ un million de personnes, estime le commissaire.

Une couverture incomplète

Plutôt que de déterminer dans le panier des services des interventions qui pourraient être retranchées, les citoyens ont au contraire souligné ses lacunes. La couverture publique est « incomplète, inadaptée, incohérente, inefficiente et inéquitable », soulève le commissaire à la lumière de leurs interventions.

Dans un système qui favorise « l’hôpital, des services médicaux et des médicaments au détriment de la prévention et des services sociaux », « les citoyens plaident pour un réinvestissement massif et immédiat dans les services sociaux, car la situation se dégrade », écrit le commissaire.

Tout comme le Protecteur du citoyen, il remarque que les plus vulnérables écopent davantage. Les personnes en situation de handicap ou celles ayant une déficience intellectuelle ou physique requièrent des services sociaux variés, mais « ce secteur déjà sous-financé serait souvent la première victime des vagues de coupes et des réformes successives », écrit le commissaire dans son rapport qui se veut un « état des lieux ».

On y souligne un manque de cohérence, puisque « des technologies et des médicaments coûteux sont intégrés au panier de services, alors que des solutions non médicales, souvent peu coûteuses et préventives, n’y sont pas ».

« Les services sont souvent difficiles d’accès, dans certains cas inaccessibles, ajoute le commissaire. Les citoyens dénoncent une offre de service variable selon le lieu et le territoire, alors que les mêmes impôts sont payés par tous. »

Les citoyens plaident aussi pour un réinvestissement en prévention. « En santé publique, le Québec stagne : il n’accorde à ce secteur que 2,8 % de son budget de la santé, par rapport à 5,5 % pour l’ensemble du Canada », rappelle le rapport.

Le commissaire sortant, Robert Salois, qui a pris sa retraite de l’organisation en août, signe la préface du rapport, sa dernière. « Des choix relatifs aux services à couvrir ou non par l’État sont faits sur une base régulière. Malheureusement, la transparence quant à la façon dont ces décisions sont prises n’est pas toujours au rendez-vous et les motifs sous-jacents, pas toujours évidents », écrit-il.

Il était prévu que cette démarche donne lieu à plusieurs rapports, un projet avorté étant donné l’abolition du Commissaire, indique Anne Robitaille. « C’est pour cette raison que nous déposons cet état des lieux. Pour que les propos des citoyens ne se perdent pas. Savoir ce que désire faire de leur système public un million de personnes, ce n’est pas banal. »

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a indiqué par la voix de son attachée de presse qu’il prendra connaissance du rapport.

De 23 à 4 employés

En abolissant le Commissaire à la santé et au bien-être pour des motifs « économiques » en mars, Québec a promis d’en intégrer la mission à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) et au MSSS. Plus de six mois plus tard, les travaux en ce sens ne semblent pas amorcés, à la connaissance de la commissaire par intérim Anne Robitaille. « Nous n’avons aucune information à ce sujet », précise-t-elle. Le projet de loi censé mettre un terme aux activités de l’organisme n’a pas été déposé. De vingt-trois employés, la commission n’en compte plus que quatre. Les fonctionnaires se sont réinstallés dans divers ministères et organismes publics. « Nous nous réorganisons au fur et à mesure que le personnel quitte leurs fonctions pour d’autres. Il nous reste quelques dossiers en chantier », indique Mme Robitaille. Alors que Québec les a autorisés à terminer les travaux en court, le commissaire n’a pas d’échéancier concernant la fin de ses activités.
1 commentaire
  • Christina Berryman - Abonnée 7 octobre 2016 13 h 48

    Couillard et Trump même combat

    L'abscence de commentaires signifie, pour moi, que les lecteurs et lectrices ont abandonné tout espoir de voir Couillard cesser d'imiter Trump avec ses nombreuses trumperies. Dorénavant,pour moi, je parlerai de couillarderies avec mes amis. Couillard s'exprime très bien en chambre comme son prédécesseur mais le poids infime de la morale et de l'éthique diminue dramatiquement la valeur de ses propos. Il est rapidement devenu un politicien qui sert à définir la médiocrité.