Nobel de médecine: l’autophagie, une clé pour vieillir en santé?

Yoshinori Ohsumi, 71 ans, a fait l’essentiel de sa carrière de biologiste à l’Université de Tokyo.
Photo: Toru Yamanaka Agence France-Presse Yoshinori Ohsumi, 71 ans, a fait l’essentiel de sa carrière de biologiste à l’Université de Tokyo.

La découverte du mécanisme de l’autophagie, récompensée par le prix de Nobel de médecine, pourrait contribuer à une meilleure compréhension des pathologies liées au vieillissement et peut-être permettre un jour de vivre plus longtemps en bonne santé.

Le Japonais Yoshinori Ohsumi a reçu lundi le prix Nobel de médecine pour ses travaux de recherche fondamentale sur l’autophagie, un processus de nettoyage et surtout de « recyclage » dans la cellule.

« Ce processus est très important, car si la cellule n’est pas capable de se nettoyer, on va avoir une accumulation de déchets », explique Isabelle Vergne, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en France, qui travaille sur l’autophagie.

« Si ce processus est complètement déréglé, ça peut entraîner de nombreuses pathologies », ajoute-t-elle. C’est le cas notamment des maladies neurodégénératives, comme Alzheimer ou Parkinson, des maladies infectieuses ou des cancers.

Mais d’autres pathologies comme l’obésité ou le diabète, certaines maladies cardiovasculaires ou intestinales, voire même l’arthrose seraient également concernées.

« La plupart des grandes pathologies sont liées à une insuffisance ou à un dysfonctionnement du processus autophagique », relève de son côté le Pr Guido Kroemer, autre spécialiste français qui travaille à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), en France.

Se manger soi-même

L’autophagie (qui signifie « se manger soi-même ») est un processus connu depuis les années 1960. Le Pr Ohsumi a identifié les gènes essentiels à l’autophagie dans les années 1990 en utilisant de la levure et en montrant qu’un mécanisme similaire était employé dans nos cellules.

Cette découverte a suscité une floraison de recherches, qui pour l’instant sont restées cantonnées aux plantes et aux animaux.

« Nous essayons de comprendre pourquoi ce processus diminue avec l’âge et de trouver des innovations capables de l’activer afin de maintenir nos cellules en bon état plus longtemps, et de pouvoir vivre une vie meilleure et plus longue », indique de son côté le Pr Ioannis Nezis de l’Université britannique de Warwick.

Dans la plupart des pathologies, l’autophagie doit être stimulée, comme dans les maladies neurodégénératives, pour éliminer les agrégats de protéines qui s’accumulent dans les cellules malades.

Il en va de même pour le diabète, l’artériosclérose ou les maladies infectieuses lorsqu’il s’agit de stimuler la réaction immunitaire.

« C’est plus complexe dans le cancer », selon le Pr Kroemer qui précise que, selon les cas, on peut envisager de « stimuler, voire au contraire d’inhiber » le processus d’autophagie.

Des travaux sur l’animal ont ainsi montré que des stimulateurs de l’autophagie pouvaient améliorer la réponse anticancéreuse, par l’entremise de la réponse immunitaire. Mais d’autres chercheurs se sont au contraire efforcés d’inhiber l’autophagie pour « réduire le stress cellulaire lié à la chimiothérapie », précise-t-il.

Selon Mme Vergne, qui travaille sur la mycobactérie à l’origine de la tuberculose, de plus en plus souvent résistante aux antibiotiques, la stimulation de l’autophagie permet de contrôler l’infection.

Une stratégie qui s’adresse également à une autre mycobactérie, très présente chez les patients atteints de mucoviscidose, et elle aussi très difficile à traiter. « On pense que si on arrive à augmenter l’autophagie, on pourrait l’éliminer […] en demandant à l’organisme, par l’autophagie, de la tuer », explique-t-elle.

Doper son autophagie

Une autre pathologie, l’arthrose, qui touche essentiellement les personnes âgées, est également en première ligne. Selon Claire Vinatier, chercheuse à l’INSERM, des études précliniques sur des souris ont montré que l’activation de l’autophagie ralentissait l’apparition de l’arthrose et améliorait « les signes de mobilité ». « Mais on est loin d’en être à l’homme », explique-t-elle.

Parmi les molécules déjà testées sur l’animal figure la rapamycine, un médicament antirejet déjà utilisé chez l’homme lors des greffes. Pour éviter les effets secondaires de ce puissant médicament, il est injecté directement dans l’articulation.

D’autres candidats sont aussi sur les rangs, comme la protéine Klotho, que l’on trouve dans le corps humain.

En attendant les essais cliniques chez l’humain, ce qui pourraient encore prendre quelques années, on peut déjà doper son autophagie grâce à son alimentation, avec le resvératrol, un antioxydant contenu dans le vin rouge, certains fruits et le chocolat, ou encore la spermidine, une autre arme secrète anti-vieillissement, présente notamment dans le roquefort, avance Patrice Codogno, un autre spécialiste de l’INSERM.


Yoshinori Ohsumi: un parcours hors des sentiers battus

Tokyo — Le Japonais Yoshinori Ohsumi, lauréat du prix Nobel de médecine pour son apport dans la compréhension du renouvellement des cellules, dit avoir toujours fui les domaines de recherche les plus en vue.

« Je n’aime pas la compétition. Je m’amuse en faisant ce que les autres ne font pas plutôt que de faire ce que tout le monde veut faire », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse lundi à Tokyo après l’annonce de son prix.

« C’était mon rêve lorsque j’étais petit garçon, mais le Nobel m’était sorti de la tête depuis que j’étais chercheur », a-t-il ajouté. Il est le 25e Japonais à obtenir le prix Nobel et le quatrième en médecine, selon les médias nippons.

M. Ohsumi, 71 ans, visage souriant encadré d’une barbe blanche sans moustache, les yeux éclairés de lunettes à monture invisible, a fait l’essentiel de sa carrière de biologiste à l’Université de Tokyo. Il y a mené des expériences sur le processus de l’autophagie qui ont donné des clés essentielles à la connaissance du vieillissement et de la réponse du corps à la faim et aux infections. Le processus autophagique est impliqué dans plusieurs affections comme le cancer et les maladies neurologiques.

Ce champ de recherche « n’attirait pas beaucoup l’attention par le passé, mais maintenant nous sommes à une époque où il y a un accent plus fort là-dessus », avait-il estimé plus tôt sur la chaîne publique NHK. Il s’est dit « surpris » quand le secrétaire du jury Thomas Perlmann lui a téléphoné : « Lorsque j’ai commencé mes travaux il y a 27 ans, on comptait 20 articles [sur le sujet], il y en a peut-être 5000 » maintenant, a-t-il dit.

Interrogé plus tard lors de la conférence de presse sur les coupes budgétaires dans le domaine de la recherche fondamentale, il s’est déclaré « inquiet ». « C’est amusant de travailler sans savoir où on va. Il est difficile de savoir ce qui peut mener à un résultat. J’espère que la société va se préoccuper patiemment de la recherche fondamentale. »

Né peu avant la fin de la guerre dans la ville de Fukuoka, sur l’île méridionale de Kyushu, où son père enseignait l’ingénierie, il grandit dans un milieu universitaire. Il est le plus jeune d’une fratrie de quatre garçons. S’il dit avoir été « influencé » par son père dans son choix de carrière, il se sent rapidement plus intéressé par les sciences naturelles que les domaines industriels, expliquera-t-il dans une interview accordée en 2012 au Journal of Cell Biology.

Avant de rejoindre l’Université de Tokyo, il obtient un poste postdoctoral à l’Université Rockefeller de New York.


2 commentaires
  • Maxime Parisotto - Inscrit 4 octobre 2016 07 h 55

    Le dernier paragraphe est très largement extrapolé à partir de données non démontrées chez l'humain.

  • Jacques Morissette - Inscrit 4 octobre 2016 21 h 51

    Ce n'est peut-être pas une percée. C'est au moins une porte entrouverte.