L’Église québécoise offrira les rites funéraires

Plusieurs Canadiens vivant dans des régions desservies par des hôpitaux catholiques, mais financés par des fonds publics, pourraient se voir nier l’accès à l’aide à mourir.
Photo: Ugurhan Betin Getty Images Plusieurs Canadiens vivant dans des régions desservies par des hôpitaux catholiques, mais financés par des fonds publics, pourraient se voir nier l’accès à l’aide à mourir.

Les prêtres de Montréal et de Québec ne refuseront pas d’offrir des funérailles religieuses ou d’autres rites funéraires aux personnes ayant requis l’aide à mourir, au contraire d’une directive édictée par des évêques de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest.

En réaction au tollé suscité par la prise de position stricte de six diocèses de l’Ouest, les archevêques de Québec et de Montréal ont fait savoir jeudi en marge de l’Assemblée annuelle des évêques qui se déroule à Cornwall qu’ils prônaient plutôt une approche « d’accompagnement », malgré leur opposition morale à l’aide à mourir.

« Je n’envisage pas de directives qui auraient pour but de refuser cet accompagnement ou encore l’accès au sacrement des malades et à la célébration des funérailles », a fait savoir le cardinal de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux.

Ce dernier a souligné qu’il souhaitait accompagner les personnes en fin de vie pour leur rappeler « leur dignité inconditionnelle aux yeux de Dieu ».

Il a rappelé qu’il prônerait toujours les soins palliatifs accessibles à tous plutôt que l’euthanasie « présentée sous le nom d’aide médicale à mourir », mais il convient que « cette nouvelle réalité au Québec et au Canada présente de nouveaux défis pastoraux ».

De la même manière, l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, lui aussi plongé dans ce débat à l’occasion de l’assemblée de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), exclut l’approche préconisée dans l’Ouest canadien et dit vouloir « accompagner les gens [dans leur choix], tout en reconnaissant la valeur de la vie ».

Le postulat des évêques de l’Alberta et des Territoires a déclenché ces derniers jours de vives réactions dans les organismes défendant les droits des patients et celles militant pour le droit de mourir dans la dignité.

Hôpitaux catholiques

Par ailleurs, cette semaine, l’Association des hôpitaux catholiques de l’Ontario, a elle aussi soulevé la colère en édictant des directives prévoyant qu’aucune conversation sur l’aide à mourir ni aucune forme de soutien à l’aide à mourir ne devaient avoir lieu dans les murs des 29 hôpitaux qu’elle représente.

En clair, cela signifie que plusieurs Canadiens vivant dans des régions desservies par des hôpitaux catholiques, mais financés par des fonds publics, pourraient se voir nier l’accès à l’aide à mourir. Ces patients seront plutôt transférés mourants dans d’autres établissements en raison des objections religieuses brandies par ces institutions.

« Nous ne participerons pas à l’évaluation de l’admissibilité des patients à l’aide à mourir, et nous allons nous assurer du transfert des patients vers d’autres établissements pouvant offrir une consultation sur cette option qui n’est pas accessible dans les établissements de santé catholique », a fait cette semaine valoir Ron Noble, président de la Catholic Health Association de l’Ontario, au Ottawa Citizen.

Au Québec, seules les maisons de soins palliatifs sont exemptées par la loi de l’obligation d’offrir l’aide à mourir. Tous les autres établissements publics de santé sont tenus de prendre en charge les patients optant pour ce choix. Quant à la loi fédérale, elle décriminalise le fait d’aider quelqu’un à mourir, mais n’introduit pas d’obligation pour les établissements de santé. Elle donne plutôt le droit aux « fournisseurs de soins de santé » de refuser d’offrir l’aide à mourir en raison de leurs croyances.

Une position intolérable

Pour l’organisme Dying with Dignity, équivalent canadien de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, la position des hôpitaux catholiques est d’autant plus intolérable que dans certaines régions, des communautés ne sont desservies que par des hôpitaux catholiques.

« Cela enfreint le droit des patients à un traitement digne et humain. Les patients n’ont souvent pas le choix de l’hôpital où ils vont pour être soignés. On décide de les transférer au moment de leur vie où ils sont les plus fragiles et les plus vulnérables. C’est dénué de toute compassion », s’indigne Shanaaz Gokool, porte-parole de Dying with Dignity (DWD).

Cette décision contrevient aussi aux lignes directrices du Collège des médecins de l’Ontario qui oblige ses membres présentant une objection de conscience à confier les patients à un autre médecin. « Ce n’est plus juste de l’objection de conscience, c’est de l’obstruction. Une personne peut avoir une objection personnelle, mais pas une institution », dénonce Mme Gokool.

7 commentaires
  • François Beaulne - Abonné 30 septembre 2016 00 h 36

    Une Eglise progressiste

    Bravo pour la prise de position progressiste de nos prélats de l'Eglise Catholique. Ils font ainsi la démonstration qu'ils sont au diapason de la majorité progressiste du Québec et qu'ils s'inscrivent dans le courant de renouveau, de compassion et de modernité du pape François.

  • Yves Côté - Abonné 30 septembre 2016 02 h 54

    Comment donc en douter ?

    Que nos prêtres, évesques et cardinaux en soient génés, indifférents ou fiers, cela importe peu.
    Ils sont partie prenante de notre québécitude, la décision en question le montre clairement.
    Alors, comment donc pourrions-nous tous et eux au sein de nous, d'en douter ?

    Tourlou !

  • Christian Debray - Abonné 30 septembre 2016 07 h 39

    Assumer ses choix

    Les groupes qui se servent de la religion pour tenter d’administrer l’état sont dans l’erreur. Les évêques autant que le Conseil pour la protection des malades sont dans l’erreur. Les rites marquants les moments importants dans la vie sont malgré tout une nécessité dans les sociétés humaines, cependant ceux qui choisissent la religion doivent en assumer le choix jusqu’au bout ou choisir une autre sorte de rite. Ce débat est donc une tempête dans un verre d’eau.

    Les civils, qui sont comme moi opposés au suicide assisté et à l’euthanasie, doivent se servir surtout d’arguments légaux pour réfuter la fausse notion du droit à la mort, car la mort n’est pas un droit. La mort est simplement un fait découlant de la vie, qui elle est un droit. Un droit peut vous être retiré ou être suspendu. Les soins palliatifs universels sont la solution.

    En tentant de définir un ou des groupes de personnes ayant droit à la mort assistée, on crée une discrimination et les discriminations sont mauvaises pour les sociétés et les personnes qui en font partie. Cette discrimination met actuellement les personnes âgées et les personnes en situation de handicap en danger et bientôt nous débattrons d’élargir ce groupe avec des mineurs et des personnes avec des problèmes de santé mentale. Les lois sur la mort assistée sont dangereuses.

    Ferez-vous partie de ces groupes? Ferez-vous partie des suivants?

    Pensez-y encore.

  • Yvon Bureau - Abonné 30 septembre 2016 08 h 45

    Ça va mieux, ce matin, au Québec

    Le seul intérêt de la personne doit primer.

    Ainsi, au Québec tout comme au Canada, l'Aide médicale à mourir prendra sa place, progressivement, mais sûrement. Une question de temps. Une question de la diminution progressive de la stratégie + ou - subtile de l'obstruction à ce nouveau droit.

    Ainsi les Maisons et les Unités de SP s'ouvriront à tous les soins personnalisés et appropriés de fin de vie. Le cœur : le seul intérêt de la personne en fin de SA vie.

    Quelle noblesse d'accompagnement!

    Espoir : que le financement de ces Maisons et Unités soient totalement assumés par le MSSS. Tout deviendrait dans le normal. Comprend qui veut et peut!

    Merci à l'Église du Québec pour une hauteur de plus dans sa compassion et sa solidarité. Continuez à monter, dirigeants de cette Église.

  • Valérie Demers - Abonnée 30 septembre 2016 10 h 47

    Je vous invite à lire l'excellent éditorial publié dans le Ottawa Citizen cette semaine, intitulé A Public Funded Hospital Can't Refuse Assisted Death. Le titre dit tout.