Protectrice du citoyen: la réduction des services a atteint un point critique

La protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, exhorte le gouvernement Couillard à réduire impérativement les trop longs délais dans la livraison des services publics, une situation pouvant entraîner dans certains cas des conséquences néfastes sur la vie de citoyens parmi les plus vulnérables.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, exhorte le gouvernement Couillard à réduire impérativement les trop longs délais dans la livraison des services publics, une situation pouvant entraîner dans certains cas des conséquences néfastes sur la vie de citoyens parmi les plus vulnérables.

La preuve est faite que l’équilibre budgétaire a été atteint au prix d’une réduction des services directs rendus à la population, conclut le Protecteur du citoyen dans son rapport annuel 2015-2016 déposé jeudi à l’Assemblée nationale.
 

L’accès aux soins de santé, aux services sociaux et au soutien à domicile se transforme trop souvent en parcours du combattant, conséquence directe du cumul de deux années de dures compressions budgétaires, conclut l’organisme qui reçoit et analyse les plaintes des citoyens envers l’administration gouvernementale.
 

La situation est telle qu’elle a atteint un point critique, selon la présidente de l’organisme, Raymonde Saint-Germain, qui a lancé un cri d’alarme à l’intention du gouvernement en commentant son rapport en conférence de presse.

« La situation a atteint un point critique, dans le sens où de plus en plus de citoyens sont en liste d’attente pour recevoir des soins de santé, pensons à des chirurgies. De plus en plus de citoyens sont en liste d’attente pour des services de réadaptation », a-t-elle dénoncé.

Elle exhorte le gouvernement Couillard à se préoccuper davantage de l’impact de ses décisions budgétaires sur les services directs offerts aux citoyens, surtout dans un contexte où la demande ira en augmentant avec le vieillissement accéléré de la population.

« Signal d’alarme : il faut que les services publics soient vraiment axés sur le service et que l’essentiel soit fait pour réduire la bureaucratie, préserver toutes les ressources dans le service direct à la population », selon Mme Saint-Germain.

 

 

«Que du vent», dit Couillard

Son constat est cependant loin d’être partagé par le premier ministre Philippe Couillard, qui a rejeté du revers de la main toute critique de son approche budgétaire.

« Les discours sur les personnes vulnérables, les discours sur la solidarité avec des finances publiques déséquilibrées et un endettement chronique, ce n’est que du vent », a jugé le premier ministre, lors d’une mêlée de presse.

N’empêche, les délais d’attente avant de recevoir un service public se sont allongés au cours de la dernière année, au point de constituer désormais plus du tiers des plaintes fondées formulées au Protecteur du citoyen.

Le nombre de plaintes déposées à l’organisme a grimpé de 12 % au cours de la dernière année.

À Ottawa, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, contrairement au premier ministre Couillard, a accueilli favorablement le rapport. Il a cependant rejeté le blâme sur le gouvernement fédéral, accusé de se traîner les pieds dans le versement des transferts en santé au Québec. « Si le financement [fédéral] n’est pas à la bonne hauteur, il y a des choix qui doivent se faire », a dit M. Barrette, lors d’une mêlée de presse.

La protectrice du citoyen constate que les délais déraisonnables dans la livraison des services publics peuvent entraîner dans certains cas des conséquences néfastes sur la vie de citoyens parmi les plus vulnérables.

Ainsi, des personnes sont privées de services auxquels elles ont droit et dont elles ont cruellement besoin, en raison d’un manque de ressources ou de tracasseries administratives, explique Mme Saint-Germain, estimant que le gouvernement Couillard avait sous-estimé l’impact réel des compressions budgétaires imposées à l’appareil de l’État en vue d’atteindre l’équilibre budgétaire.

Deux propositions

Pour réduire ces délais déraisonnables, Québec doit faire deux choses, selon elle : réduire la bureaucratie et privilégier la qualité du service offert à la population plutôt que la performance de gestion. En clair, cela signifierait notamment d’ajuster les règles administratives à la situation réelle des personnes, souvent très vulnérables, qui ne correspond pas nécessairement aux normes établies.

La protectrice du citoyen note que l’écart se creuse entre les besoins de services de soutien à domicile et le nombre d’heures offertes par le gouvernement, qui tend à diminuer considérablement au lieu d’augmenter.

Par exemple, des enfants et des adultes handicapés peuvent devoir attendre des années avant d’obtenir enfin les services dont ils ont souvent un urgent besoin, comme des services de réadaptation, déplore-t-elle par ailleurs. Elle cite le cas d’une femme qui cherchait à inscrire son enfant autiste au centre de réadaptation de sa région. Après un an d’attente, elle s’est fait dire qu’elle devrait attendre encore deux années supplémentaires.

Une dame atteinte de sclérose en plaques bénéficiait de 33 heures par semaine de services de soutien à domicile avant de devoir se contenter de seulement 12 heures, même si sa situation n’avait pas changé. Ne pouvant passer de sa chaise roulante à son lit sans aide, la dame a dû se résoudre à dormir dans son fauteuil roulant.

«Manque de compassion»

L’opposition péquiste a réagi en réclamant un réinvestissement dans le réseau de la santé. « Les compressions libérales sont allées trop loin », ont dit en choeur les députés Jean-François Lisée et Diane Lamarre.

« La protectrice confirme les craintes que nous exprimons depuis deux ans et dont témoignent les citoyens quant aux conséquences néfastes de la réforme Barrette sur l’accès aux soins pour les patients », a dénoncé Mme Lamarre, en point de presse.

« Le manque de compassion de ce gouvernement est flagrant et révoltant. Est-ce que le ministre [Barrette] juge que c’est humain de forcer des personnes handicapées qui veulent demeurer à domicile à dormir dans leur fauteuil roulant ? », a pour sa part questionné son collègue Jean-François Lisée.

La Coalition avenir Québec (CAQ) estime quant à elle que le gouvernement Couillard vient de recevoir le « pire bulletin de gestion gouvernementale depuis longtemps », a commenté le député Simon Jolin-Barrette.

« Le premier ministre Couillard doit agir immédiatement pour donner suite aux constats accablants émis par le Protecteur du citoyen », selon lui.

8 commentaires
  • Francois Cossette - Inscrit 29 septembre 2016 12 h 05

    Un constat !!!

    Quand le gouvernement couillard a dit que les coupures n'affecteraient pas les citoyens, il voulait aussi dire que les employés de l'état sont une gang de paresseux et qu'on peut en enlever 10 a 20 % et ca ne ferra pas de différence.

    Donc le gouvernement nous a menti ou il a peu de respect pour ses employés. Mais on sait tous que les paroles d'un politicien ca ne vaut guere mieux qu'une poignée de cent noir. Au moins ces dernieres ont en est débarassées.

  • Yves Côté - Abonné 29 septembre 2016 13 h 28

    Mais voyons...

    Mais voyons, Madame Saint-Germain ne sait pas compter comme il le faut !
    Enfin, pas de la manière couillardienne en tout cas...

    Tourlou !

  • Denis Paquette - Abonné 29 septembre 2016 14 h 47

    aveugle pas de naissance mais de culture

    ca semble évident ,je ne comprends pas que certains ne l'ont pas vue et ce n'est pas seulement nous, mais la planete au complet serait-ce que certains veulent etre tellement sur d'être dans le bon système qu'ils en sont aveuglés voila selon moi la vraie difficultée, n'est ce pas ce que l'on appelle les points aveugles

  • Nicole Delisle - Abonné 29 septembre 2016 16 h 57

    Aucune surprise!

    Ce rapport ne fait que valider ce que tout le monde a vu dès la mise en marche des
    compressions. Tout le monde se rendait bien compte et mettait en garde le gouvernement. Mais aucun avis, aucune mise en garde ne fut entendue. Le parti libéral savait ce qu'il faisait et acceptait de rendre moins de services, de mettre des gens au chômage, de chambarder toutes les structures dans toutes les sphères sociales. C'était une stratégie volontaire, assumée et en accord avec ses principes de
    néolibéralisme. Le citoyen était au bas de l'échelle de ses priorités et sauver des millions était son but ultime et cela par tous les moyens possibles. Donc, les classes moyennes et pauvres ont souffert et la classe aisée n'a même pas senti la vague passer. Car c'est essentiellement pour eux que les libéraux travaillent. Le rapport de
    Mme St-Germain ne fait que confirmer ce fait. Et les libéraux trouveront le moyen de
    nier, de chercher à s'expliquer, de remettre en question mais dans le fond, vraiment
    ils s'en balancent. Ils ont fait grossir le magot! Pour eux, tout mérite d'être massacré
    au nom du profit: environnement, éducation, soins de santé, justice sociale etc. Et les
    québécois les rééliraient encore! N'est-ce pas beau et encourageant tout cela!

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 29 septembre 2016 19 h 28

    Et qu'adviendra-t-il de l'excellent crédit reconquis?

    Il servira à l'État pour s'endetter de nouveau et progressivement selon les subven-
    tions et l'aide à distribuer et à sponsoriser,par-ci par-là,aux copains de l'idéologie néo-libérale...inestimables créateurs d'emplois en vue de la prochaine campagne électorale.
    La motivation profonde et le challenge du politicien donateur sont les retours
    d'ascenseurs noyés dans la complexité des transactions financières internationnales
    par le biais des paradis fiscaux.

    Si le prochain gouvernement élu était d'idéologie sociale-démocrate?Hé!bien cela
    annoncerait un retour du balancier pour des politiques sociales plus généreuses et
    humanistes.Mais celui-ci devra respecter les engagements contractuels de l'autre!