La clinique SABSA devient partenaire de Québec

Les quelque 1750 patients de SABSA viennent de retrouver leur service sans rendez-vous, fermé temporairement depuis le printemps.
Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir Les quelque 1750 patients de SABSA viennent de retrouver leur service sans rendez-vous, fermé temporairement depuis le printemps.

La coopérative de santé sans médecin SABSA a signé son entente avec le réseau de la santé. De « parallèle », la petite clinique infirmière qui a bousculé les façons de faire devient un partenaire officiel.


C’est dire le soulagement de l’infirmière praticienne spécialisée Isabelle Têtu, qui avait cru au printemps qu’il faudrait fermer boutique.


« Au fond de moi, je savais que ça allait se régler, lance l’optimiste infirmière. On a eu des hauts et des bas, mais on savait que notre modèle fonctionne et qu’on a l’appui du milieu et de la population. »


L’entente couvrira le tiers des frais de fonctionnement de la coopérative, qui sont d’environ 300 000 $ par an. Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS) s’est engagé à payer le salaire d’une IPS et d’une travailleuse sociale ainsi que les fournitures médicales comme les seringues ou les pansements.


Les salaires des autres employés de SABSA, comme une travailleuse de rue et d’autres infirmières, devront être assumés grâce à d’autres sources de revenus. Une campagne de sociofinancement, au printemps, a notamment permis d’amasser 250 000 $.


Le tout sera officialisé cette semaine, indique le CIUSSS de la Capitale-Nationale, avec la signature de son p.-d.g.


« Nous sommes très satisfaits de cette entente, indique la directrice des soins infirmiers du CIUSSS, Sylvie Bonneau. Ça répond à notre mission, qui est de rejoindre la clientèle vulnérable. »


Vers l’avenir


Isabelle Têtu a-t-elle conservé son photocopieur ? L’infirmière pouffe de rire. « Oui, et mon fax aussi. Mais je tiens à préciser que ce sont des dons ! » Rappelons que le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette avait d’abord refusé de financer la coopérative car il ne voulait pas dédoubler les ressources avec le CLSC situé non loin, comme les photocopieurs ou les réceptionnistes. Après avoir rejeté ce qu’il qualifiait de « réseau parallèle », il a fini par se laisser convaincre, annonçant en juillet dernier qu’une entente serait conclue.


Les quelque 1750 patients de SABSA viennent de retrouver leur service sans rendez-vous, fermé temporairement depuis le printemps. Et Isabelle Têtu caresse des projets. Elle voudrait par exemple s’associer à l’ouverture d’un site d’injection supervisée en basse ville de Québec. « Ce serait connexe à SABSA », indique-t-elle.


Elle aimerait aussi conclure un partenariat avec un médecin pour le suivi de patients sous méthadone puisque les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ne peuvent pas prescrire ce produit utilisé pour contrer la dépendance aux drogues opioïdes. « L’entente avec le CIUSSS nous permet de voir plus loin, de développer de nouveaux services où il y a des besoins qui ne sont pas comblés ailleurs dans le réseau de la santé », se réjouit Mme Têtu.


D’autres cliniques infirmières pourraient-elles voir le jour ailleurs maintenant que la porte est ouverte aux partenariats ? « Chaque cas est particulier, il faut que ça cadre avec notre mission », indique Sylvie Bonneau, du CIUSSS de la Capitale-Nationale.


Un portrait dressé par des chercheurs a montré que la clientèle de SABSA est composée à 40 % de patients présentant au moins une vulnérabilité. Ce sont 14 % de ses patients qui vivent avec le VIH/sida ou l’hépatite C.


De « parallèle », la petite clinique infirmière devient un partenaire officiel.


De projet pilote à partenariat officiel

Juin 2014. La petite coopérative SABSA opère depuis 2011 dans la basse ville de Québec, auprès de patients vivant avec l’hépatite C. La Fédération interprofessionnelle de la Santé (FIQ) la prend sous son aile et la finance à hauteur de 150 000 dollars. Le but : démontrer que les infirmières peuvent fournir sans problème des soins de première ligne auprès de clientèles vulnérables.

12 avril 2016. Le financement de la FIQ se termine, mais Québec refuse de prendre le relais. Le ministre Barrette dénonce la volonté de la FIQ de « créer un système de santé parallèle d’infirmières ». Il voit dans leur financement un « gaspillage de fonds publics ».

1er mai 2016. La coopérative se voit forcée de fermer son service sans-rendez-vous, faute de fonds.

Fin juin. SABSA est « sauvée » par un mystérieux donateur qui allonge les 130 000 dollars manquant pour atteindre l’objectif de 250 000 de la campagne de sociofinancement.

Mi-juillet. Changement de cap du côté de Québec. On annonce une entente officielle avec le ministère. « Ensemble, nous allons pouvoir assurer la poursuite des activités de l’organisation, tout en agissant à l’intérieur de notre réseau de santé et de services sociaux », déclare alors le ministre Barrette.

Mi-septembre. Le CIUSSS et SABSA signent officiellement une entente qui permet d’assurer le tiers des dépenses de la coopérative.