Stabiliser les équipes pour mieux servir les patients

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’année 2016 aura été riche en gains pour la FIQ.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’année 2016 aura été riche en gains pour la FIQ.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec a remporté une grande victoire fin août lorsque le tribunal administratif a jugé que les établissements de santé sont les « véritables employeurs » des infirmières envoyées par des agences privées de placement dans des établissements publics de santé. Une décision qui devrait mener à une plus grande stabilité des équipes, grand cheval de bataille de la présidente du syndicat, Régine Laurent.

« Pour l’instant, c’est cependant silence radio de la part des établissements de santé, révèle Mme Laurent. Dans les prochains jours, nous allons nous organiser pour interpeller les employeurs des CISSS et des CIUSSS, car, jusqu’à présent, ils ont l’air de faire semblant de n’avoir pas vu passer la décision. Et s’ils continuent malgré tout à faire la sourde oreille, on portera le dossier chez le ministre. »

Il y a bientôt un mois, le tribunal administratif a donc donné raison à la FIQ sur un dossier porté devant les tribunaux en 2009. Comme le rapportait Le Devoir le 27 août dernier, la FIQ avait à l’époque déposé une requête pour faire reconnaître que les professionnels en soins infirmiers et cardiorespiratoires employés par l’hôpital Maisonneuve-Rosemont par l’intermédiaire d’une agence devaient être considérés comme des syndiqués. Sept ans plus tard, le juge s’est rendu aux arguments du syndicat.

« C’est une très, très grande victoire, savoure Régine Laurent. C’est une crainte qu’on avait depuis le début, celle de finir par être pris en otages par les agences privées. Ce qui est incompréhensible, c’est que le recours au privé, ça coûte plus cher et qu’on a été obligé d’aller devant un tribunal pour forcer le gouvernement à économiser des millions de dollars et améliorer les services à la population. »

Un jugement qui, croit la présidente de la FIQ, va permettre de diminuer les tensions dans les services qui ont recours à du personnel des agences privées.

« Le juge a clairement statué que les employés des agences doivent bénéficier des conditions prévues dans les conventions collectives publiques, ajoute-t-elle. Les marges de profit de ces agences vont donc être beaucoup moins intéressantes. Ce jugement pourrait donc sonner le glas du recours aux agences privées dans les établissements de santé du Québec. »


Rehaussement

D’où une meilleure stabilité des équipes, d’autant plus que cette décision intervient quelques mois après l’entente conclue entre le gouvernement et la FIQ pour la mise en place de la nouvelle convention collective. Convention qui prévoit notamment l’inscription au sein même du document, des taux d’employés à temps complet établissement par établissement. Des taux qui partout, vont être rehaussés.

« C’est une avancée fondamentale, commente Régine Laurent. Mais le travail va encore une fois être long. On travaille de concert avec les employeurs pour veiller à ce que, dans toute la réorganisation du réseau qui se met en place actuellement, ils aient déjà en tête le fait qu’ils vont devoir tenir compte des rehaussements. Il faut penser long terme… »

Mme Laurent compte sur l’engagement et le leadership du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, pour que tout le monde travaille dans ce sens. Condition sine qua non, selon elle, pour réduire les temps d’attente, dans les urgences notamment. Mais aussi, encore une fois, dans le but de stabiliser les équipes.

« Quand sur une unité vous avez la moitié du personnel qui est à temps partiel, c’est difficile d’avoir des équipes stables, souligne Régine Laurent. Le risque est alors grand de devoir avoir recours aux agences ou obliger le personnel à faire des heures supplémentaires. Surtout, il est prouvé que des équipes stables, c’est meilleur pour les patients. Si vous avez un patient qui se met à décompenser ou à aller mal, une équipe stable est capable d’intervenir sans avoir besoin de se parler ou presque. »

Ratios

La présidente en appelle donc au leadership du ministre dans ce dossier. Lui qui selon elle se montre très sensible à un autre des gains obtenus en février dernier lors de la signature de la convention collective et qui va véritablement se déployer cet automne : celui des projets-pilotes sur les ratios.

« Dans les prochaines semaines, on va enclencher le processus dans certains milieux, explique-t-elle. Ça va prendre plusieurs mois, car il faut les mettre en place, par la suite faire des ajustements, évaluer, avant de pouvoir l’étendre un peu partout dans le réseau de la santé. Les chercheurs à la fédération sont là-dessus. Il faut s’entendre avec le ministère sur les indicateurs que l’on va prendre pour évaluer les besoins des patients. »

Ainsi, à certains endroits, les besoins en infirmières auxiliaires se feront sentir, alors qu’ailleurs ce seront plutôt des préposés aux bénéficiaires, par exemple.

« Les ratios vont nous permettre de mettre assez de professionnels de soutien pour répondre aux besoins d’un groupe de patients, précise la présidente de la FIQ.

L’année 2016 aura donc été riche en gains pour la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. Reste maintenant à les mettre en oeuvre sur le terrain. En attendant, le personnel infirmier a commencé depuis le mois de juillet à réaliser de quoi avait l’air la majoration des primes obtenue — primes de soir, de nuit et prime de soin critique — sur leur chèque de paie.