Médecine - Deux fois plus de spécialistes en région

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Une nouvelle entente sur le point d'être conclue entre les médecins spécialistes et le ministère de la Santé pourrait faire en sorte que deux fois plus de jeunes spécialistes aillent pratiquer hors des grands centres urbains, où certains postes de spécialité seront désormais accordés au compte-gouttes.

Le projet d'entente, actuellement sur le bureau du ministre de la Santé, Philippe Couillard, fixe en effet des quotas très précis dans chacune des spécialités pour chaque région et établit lesquelles seront d'abord favorisées lors de la répartition des effectifs. Cet accord vient s'ajouter à l'entente similaire signée la semaine dernière entre Québec et les médecins omnipraticiens pour mieux gérer la pénurie de médecins à travers le Québec.

Le Devoir a appris que la mise en pratique de ces nouveaux plans régionaux d'effectifs médicaux (PREM) en médecine spécialisée pour 2004 aura pour effet de doubler le nombre de jeunes spécialistes qui commenceront leur pratique en région au cours de la prochaine année.

Jusqu'à aujourd'hui, pas moins de quatre jeunes spécialistes sur cinq choisissaient de s'installer dans les régions urbaines puisque les hôpitaux universitaires dispensent la majorité des services spécialisés et surspécialisés à la population. Même s'ils existaient déjà, les plans d'effectifs n'avaient toutefois qu'une valeur symbolique et n'étaient pas respectés la plupart du temps.

Or la nouvelle entente plafonnera de façon stricte l'installation de nouveaux médecins dans certaines régions urbaines et fera bondir de 20 à 40 % le nombre de jeunes qui iront amorcer leur pratique dans les régions intermédiaires ou éloignées.

«L'effet de cette entente est que les endroits où les ressources manquent le moins seront fermées aux candidats», a confirmé la semaine dernière le Dr Yves Dugré, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Ces nouveaux plans auront pour effet, par exemple, de limiter à zéro le nombre de postes ouverts en psychiatrie dans la région de Montréal pour l'année en cours, et ce, parce qu'on estime que la pénurie de psychiatres est plus criante dans d'autres régions que dans la métropole. Seuls les postes laissés vacants par les départs à la retraite de psychiatres pourront être pourvus. Et là encore, pas en totalité.

«Si on se limitait à combler l'attrition en psychiatrie, toutes les ressources de cette spécialité iraient à Montréal. Il y aura donc des postes non pourvus à Montréal», a convenu le Dr Dugré.

Selon nos informations, l'impact de ces nouvelles mesures devrait aussi se faire sentir dans d'autres spécialités, notamment en radiologie diagnostique, où certains postes ouverts dans la couronne de Montréal seront abolis au cours des prochaines semaines.

Confirmant cette situation, le Dr Dugré a expliqué qu'il se peut en effet qu'un hôpital régional où deux chirurgiens sur dix sont manquants soit désormais défavorisé par rapport à celui d'une région où l'équipe n'est pourvue qu'à moitié. Ainsi, on s'attend à ce qu'une grande diversité de postes soient d'abord rendus disponibles dans les régions intermédiaires comme Trois-Rivières et Chicoutimi.

À Montréal, plusieurs postes seront aussi déjà réservés à des médecins de haut calibre sélectionnés à l'étranger, qu'on tente de recruter à des fins d'enseignement et de recherche.

«Le problème, convient le Dr Dugré, c'est que nous devons répartir les plus petites cohortes de finissants en spécialité qu'il n'y a jamais eu. Nous devons gérer la rareté, et ce n'est pas facile puisqu'il manque environ 1000 spécialistes dans la province», plaide le porte-parole de la FMSQ.

Gérer la rareté

En effet, seulement 250 nouveaux finissants se dirigeront en médecine spécialisée cette année. Il s'agit d'une des cohortes les plus faibles de nouveaux médecins des dernières décennies, une situation qui découle directement des limites à l'admission de jeunes étudiants en médecine imposées aux universités au début des années 90 par le gouvernement québécois afin de réduire les dépenses en santé.

Avec un nombre total de départs à la retraite évalué à 110 pour cette année, cela signifie que l'ajout net de médecins spécialistes ne dépassera pas les 140 pour l'ensemble des régions du Québec dans 33 spécialités, d'où l'importance de faire des plans dans le plus menu détail, souligne le Dr Dugré.

Pour s'assurer que les spécialistes s'installeront là où les besoins sont les plus criants, l'entente prévoit que les hôpitaux n'auront désormais plus le droit d'accorder de privilèges de pratique à un médecin si le plan d'effectifs de leur région affiche déjà complet. Puisque tous les spécialistes ont une pratique à l'hôpital, ces plans ne prévoient pas de pénalité financière, comme celle de

30 % désormais imposée aux omnipraticiens qui ne se conformeraient pas aux plans d'effectifs.

Même si ces nouvelles mesures doivent favoriser la pratique en région, le Dr Dugré rappelle que 60 % des jeunes médecins spécialistes continueront malgré tout de s'installer dans les régions urbaines compte tenu du fait que plusieurs spécialités ne se pratiquent que dans les hôpitaux universitaires. «C'est un pas important au chapitre des principes, mais en matière de nombre, cela représente encore un très petit nombre de médecins pour les régions», nuance-t-il.

Selon le Dr Dugré, les régions commenceront à ressentir l'effet de ces plans seulement lorsque les cohortes d'étudiants recommenceront à osciller autour de 300 finissants par année. Ces plans d'effectifs ne changeront rien à la rémunération des médecins, qui bénéficient déjà de primes équivalentes à 107 % du salaire régulier pour travailler dans les régions intermédiaires comme la Beauce ou Gatineau, à 130 % dans des régions comme Chicoutimi ou Mont-Laurier et à 145 % dans les régions éloignées comme la Gaspésie, la Côte-Nord et l'Abitibi-Témiscamingue.